Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
  • Contact

Recherche

20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 22:05
Certains jours sont comme ça ! Le réveil n'a pas sonné !
Déjà cinq minutes de retard sur les horaires habituels ! Il faudra que je pense à acheter des piles !
Merde ! Je ne trouve pas mes chaussons ! Tant pis ! Je descend pieds nus.
Aïe ! Je me suis tordu le petit doigt de pied dans ces foutus escaliers alambiqués !
Plus de café moulu ! Bon ! Je vais prendre une douche rapide et je partirai avec le creux !
Qui c'est qui a pris ma serviette ? Tu l'as mise au sale ? Je vais tout mouiller !
Je sens que la journée va mal tourner !
Mes clefs ! Où sont encore ces clefs ? Chérie ? T'as pas vu mes clefs ! Dans la poche de mon veston ? Bon ! Je ferme ! A ce soir !
Les clefs de la voiture ? Sur la commode ! Je rentre !
Oui ! C'est encore moi ! Les clefs de la voiture ! J'y vais, cette fois ! A ce soir !

Pas le temps de faire de l'essence. Je suis sur la réserve mais ça devrait passer. Saint Zacharie Marseille ! Je ferai le plein pendant la pause déjeuner. Je sens qu'il va y avoir des bouchons. Après Aubagne, la Valentine. Bouchon ! Pourtant j'ai sauté le petit déj. et je  suis dans le même créneau que d'habitude. Merde ! On est vendredi ! On roule moins bien le vendredi ! J'en étais sûr ! Je vais me mettre sur la troisième file.
Vé ! Lui ! Faut pas se gèner !
Remarque, j'ai fait pareil juste avant !
La radio ! Info trafic ! Je vais voir ce que ça dit ! Enfin ! Entendre ! "Bouchon à La Valentine" Ralentissement sur trois kilomètres !
Oui ! Je sais ! Les infos ! C'est toujours pareil ! Quand le bouchon est à Saint Antoine, on s'en fout, on y est pas. Quand il est à la Valentine, on n'a pas envie de l'entendre. Ce n'est pas une info ! On le sait ! On y est !

J'ai oublié ma malette ! Voilà ce que c'est ! Un petit retard et tout est dérèglé ! Je ne sais plus où j'en suis !
Faut téléphoner à la boite. Qu'ils ne m'attendent pas !
Mon téléphone ! Il était dans la poche de mon veston. J'ai changé de veste !
Il fait déjà chaud ! J'ai même pas les papiers de la voiture. Je le savais. Tout m'annonce que la journée va être une journée folle. Pourtant, si j'avais changé les piles, il aurait sonné, ce putain de réveil ! Oh ! Et puis qui change les piles de ces petits réveils bas de gamme, qui les change avant qu'elles ne soient usée jusqu'à l'arrêt ?
Un quart d'heure, la Valentine la Pomme ! A sept heure et demie ! J'ose pas imaginer ce que ce sera dans une heure ! Le poste de CRS. Pourvu que j'évite la panne sèche !
Eh ! Merde ! Pas ici ! S'ils me demandent mes papiers, je suis foutu ! 
Evidement, garé ici, ça fait désordre, pour ceux qui sont chargé de son maintient.
Il s'avance ! C'est comme les animaux de compagnie. Ils viennent sentir !
Messieurs, bonjour ! Heureusement que j'ai pu me garer chez vous, je suis en panne d'essence. J'aurai pas osé vous le demander, mais les circonstances sont telles que je vous le demande aujourd'hui. Je suis déjà en retard pour pointer au boulot, alors pourriez-vous me dépanner pour que j'aille jusqu'à la Timone pour faire le plein.
C'est fou, ce qui m'arrive ce matin.
Un pressentiment ! Le réveille ne sonne pas. Je me coupe en me rasant. Plus de café moulu ! Je cherche mes clefs. J'oublie ma serviette avec tous les documents intispensables, même les papiers de la voiture, ma carte d'identité, mon permis de conduire, plus rien sur moi ! Pas de monaie non plus d'ailleurs ! Voilà, Messieurs, je n'ai que ma parole, et ma bagnole !

Je me suis mis sur le parking des CRS. Bien rangé, avec ce pressentiment que je ne serai pas reparti avant un bon moment.
Pourrais-je téléphoner, si ce n'est pas trop vous demander ? A mon employeur !
Non ! Bon ! Excusez-moi ! Vous faites des recherches ?  Mon nom ? Baston !
Oui ! Baston ! Vues les circonstances, c'est plutôt drôle ! Vous ne riez pas !
Bon ! Que je me taise ?
Comme vous voulez, Monsieur !
(...)

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 22:35

Le discours politique rabaché par les médias ne prète guère à la poésie. Il est certain pourtant qu'une pointe de parfum le rendrait audible.

La créativité qui donne goût à la vie devrait être enseignée dans les grandes écoles afin de transformer toute austérité en juste frugalité et tout emprun toxique en odeur macabre. Si l'impôt se présente comme la douce contribution aux éléments du vivre ensemble, si la taxe sur l'audiovisuel devient cette heureuse participation aux distractions familiales, nous avançons dans un monde poélitique où toute intervention magistrale se veut politésie.

La très prochaine règlementation européenne qui concerne les vieilles automobiles, celle qui défavorisera les plus pauvres encore une fois, n'aura pas la chance de partir en campagne de communication sur d'autres thèmes que celui de la sécurité. Nul n'ignore plus ce que l'autorité peut faire subir au nom de la sécurité !

La poélitique voudrait que le communicant éclairé se lance dans une belle description du parc automobile du futur avec force plaidoirie pour l'économie des vies humaines et le renouvellement des liens sociaux par le transport propre et convivial. Il donnerait goût à l'acquisition facilitée des engins électriques dont les perturbations sonores ne rivalisent qu'avec le doux murmure des colombes et qui respectent le sommeil des tous petits tout autant que la qualité de leur respiration. Il comparerait les nouveautés aux carosses dorés d'antant et préciserait qu'il ne sera plus nécessaire d'être pressé tant le confort changerait les usages. 

Nous le voyons déjà, la politésie fait de nos élus les nouveaux créateurs de la vie.

Vivre, c'est créer, et créer c'est faire de la poésie.

Partager cet article
Repost0
4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 19:17

 

 

 Le grand coup de sifflet m’anéantit. Je tiens en équilibre mais ne peux plus bouger. Deux hommes cagoulés me dirigent délicatement dans l’espace de récupération. Ils ne m’ont pas touché, mais j’ai senti les forces qui m’ont transporté. Avant que je ne retrouve la parole, mes poches furent vidées sur l’étagère transparente et le petit objet qui m’accompagne toujours fut scanné sur toutes ses faces, analysé au rayons X, puis envoyé au laboratoire d’imagerie spectrale. - « J’y tiens beaucoup ai-je murmuré » en recouvrant un filet de voix. Mais je n’entendis aucune réponse alors que je percevais le mouvement de leurs lèvres sous le tissu fin de leur masque.

Un peu secoué, je peux finalement m’asseoir sur la chaise qui glisse vers moi. Très vite je découvre que la situation empire. Impossible en effet de faire le moindre mouvement des membres inférieurs et je me sens prisonnier d’un simple siège. Le constat me désole. Aucune raison ne m’est avancée qui pourrait me faire comprendre la situation. J’attends que les questions arrêtent de se bousculer dans ma tête afin de rassembler mes esprits et de peut-être pouvoir sélectionner les mots à employer.

 

« Nous savons qui vous êtes mais n’avons aucune preuve de votre identité. »

 L’homme le plus petit a parlé. La voix déformée que j’entends paraît discrète et sourde comme si mes os vibraient en synchronie à ses propos malgré le décalage de deux ou trois secondes entre le mouvement de la bouche et la réception de mon squelette.

 

«  Il s’est écoulé quinze ans depuis mon dernier passage en ville. » Ai-je osé après réflexion.

 

«  Nous le savons mais nous n’en avons aucune preuve. »

 

«  Je suis venu pour échanger l’objet que vous avez gardé contre un couteau dont j’aurais grand besoin. »

 

« Cela correspond à nos informations mais nous n’en avons aucune preuve. »

 

«  Avez-vous la preuve que je suis vivant ? » Ai-je demandé énervé.

 

« Nous le voyons mais le GPSA ne signale pas votre présence. »

 

«  Qui est-ce ? » Ai-je avancé en le regrettant simultanément.

Une parole automatique anime mes os sur une autre fréquence et décline le sens des lettres. « General Power Securite Analyser.  Tapez étoile pour d’autres informations. »

 

Tout se complique en un instant. Le second agent d’information selon l’idée que je me fais de leur fonction, le plus grand, s’éclipse en devenant transparent et mes os remuent sous de plus amples sollicitations.

 

« Vous êtes en surveillance prolongée. Vous faites l’objet d’une enquête pour le motif que vous ne laissez aucune trace informatique. Cette mise sous surveillance peut s’arrêter si vous vous souvenez du mot de passe qui nous permettra de retrouver vos traces. »

Je ne sais pas de quoi parle ce cauchemar et n’ai jusque là aucune connaissance des traces qui me sauveraient. Je crains que les agents ne profitent de cette heure où la faim commence à creuser l’estomac pour organiser un chantage incroyable. Je m’apprête à ne pas manger. Et surtout je n’en parle pas.

 

« Nous savons à quoi vous pensez. Ne vous inquiétez pas. Si vous nous déclarez par quel mot de passe nous pouvons accéder aux données confidentielles, vous êtes libre. »

 

« Puis-je penser librement ? » me suis-je demandé intérieurement.

 

« Aucun problème ! Nous ne jugeons pas mais nous sommes chargés de contrôler. »   


« Vous lisez alors mon désarroi à ne pas savoir de quoi vous parlez. »

 

« Parfaitement ! Cependant nous n’avons aucune preuve de votre bonne foi et devons découvrir si vous n’êtes pas capable de détourner les programmes pour cacher vos traces. »

 

« Je ne sais plus quoi penser. »

 

« C’est bien. Ne pensez pas. Pensez plutôt au mot de passe, ou au code secret, selon ! »

 

Je pense qu’en plus il est un peu juste, cet homme là ! Et j’aurais bien envie de prendre mes jambes à mon cou. Mais pourquoi ai-je besoin d’un couteau ? Là, j’entends mes os. Sans variation dans le ton, ils me disent que je ne devrais pas penser cela et que l’homme n’est qu’un fonctionnaire ni plus ni moins zélé que d’autres. J’ai faim. Je me sentais si bien ne serait-ce qu’une heure auparavant, dans ma campagne. Finalement je n’aime pas la ville.

 

Là-bas, à deux heures de marche par le petit sentier qui serpente le long de la colline, le marginal, comme il est nommé dans les hameaux alentour, connaît une vie simple en profitant de sa modeste retraite de la légion étrangère. Il y était entré à quinze ans parce que sa scolarité ne laissait présager d’aucun avenir sérieux selon les propos de l’oncle qui l’a recueilli après l’accident de ses parents. Il en est sorti à trente ans sans avoir fait parler de lui, et reçoit régulièrement son dû. Peu de gens sont informés de ses activités au sein de cette organisation, mais il est probable que la légion garde jalousement sa mémoire informatisée. Bien sûr, ni le pouvoir, ni la gendarmerie, ne pourrait briser les portes du secret.

Les archives accessibles, celles du monde normal, semblent s’arrêter au moment où il entre dans la maison de feu ses parents pour s’y installer. Il travaille son petit potager, troque quelques menues broutilles avec les voisins et passe le plus large de son temps à contempler la nature, les plantes comme les animaux. Tout à ses rêveries, assis sur son rocher favori, il façonne des bâtons, des cannes, des manches divers, avec le couteau dont il ne se sépare jamais et qu’il affûte avec le plus grand soin en tirant de sa poche une pierre à aiguiser trouvée dans la remise. De temps en temps, des voisins l’ont vu faire sa lessive succincte dans le ruisseau et s’y laver tout nu quand il fait beau. On le soupçonne quand même de braconner parfois mais jamais nul ne l’a surpris à vendre ses prises à qui que ce soit. D’autres rumeurs sont alimentées par sa discrétion et s’étouffent seules avec le temps. Une question traverse souvent les esprits : que fait-il de ses sous ? S’il les cache, il est sûr que personne ne les trouvera. S’il les dépense, comme il ne dispose pas de compte en banque, nul ne sait comment.

 

« Une question se pose. Comment dépensez-vous l’argent que vous verse la légion tous les mois ? » La créature qui avait disparu se trouve présente à nouveau. Même déformée, sa voix est la voix d’une femme. Leur combinaison spéciale ne permet aucune distinction dans l’apparence des attributs singuliers de leur sexe. Mais leur voix sont peut-être croisées au point qu’il ne faut pas que je m’y fie. D’ailleurs, ils me le confirment. Toutes les communications sont masterisées… Je ne sais pas le traduire et ne souhaite pas en savoir plus.

 

« Vous ne souhaitez pas répondre. Tout est enregistré, y compris votre manque de coopération. » Ont continué les vibrations osseuses.

 

«  Vous allez passer le restant de votre vie en cyber-normalisation contrôlée, avec astreinte à présence virtuelle permanente. Vous avez nié les progrès de la démocratie pendant ces quinze dernières années. Nous sommes obligés de vous soupçonner de résistance aggravée avec préparation probable d’une grande force révolutionnaire et terroriste. Toutes nos investigations convergent et le juge d’application des sanctions immédiates vient de prononcer le verdict, le seul pour lequel aucune procédure d’appel n’est possible tant la mise en danger d’autrui est grande. » Les vibrations n’ont pas la même fréquence et les trains de secousses me fatiguent au point que je ne réfléchis plus. D’ailleurs, il vaut mieux. Elles continuent : « l’objet que nous avons examiné ressemble à une ancienne montre à gousset, sûrement la propriété de votre père et le seul souvenir que votre oncle ait pu vous confier. Quand on l’ouvre cependant, il n’y a pas d’aiguilles mais des photos, vous-mêmes sur une face à l’âge de quatre ans, et votre mère sur la face opposée, deux ou trois ans avant l’accident. L’appareil que vous avez portés avec tant d’affection n’est autre qu’une géniale invention de votre père pour que vous ne soyez pas sujet à la normalisation. Il est bourré d’une électronique de pointe extrêmement miniaturisé dont les Brésiliens seuls en possèdent la maîtrise. Et nous savons avec quelle détermination ils s’opposent à la mondialisation depuis longtemps. »

 

L’opération s’est déroulée le lendemain alors que je me trouvais à jeun : dans la fesse gauche, un  carbo-émetteur pour le lien permanent au GPRS qui m’empêche de rester assis trop longtemps, sous l’omoplate droite, une puce hybride à capture d’hydrogène pour autoriser la cyber-sidération, ce qui m’alerte de tous mes éloignements de la norme par une douleur pénétrante qui me rappelle entre autre qu’il vaut mieux être droitier, et enfin, des implants stomacaux qui analysent en continu mon alimentation et transmettent en instantané l’importance que j’accorde aux légumes génétiquement modifiés, des petits riens selon les chirurgiens qui me font souscrire à un contrat d’entretien et me soumettent à un contrôle tous les deux ans.

 

La maison appartient désormais à l’état et je suis devenu contrôleur, le seul boulot que j’ai trouvé pour vivre en ville. Quand un contrôleur n’arrive pas à boucler le mois, ce qui pourrait m’arriver parce que la solde n’est plus indexée, il obtient un poste mieux rémunéré, celui de juge d’application des sanctions immédiates. Maintenant, j’ai peur de vivre et sous une telle surveillance de tous les instants et gestes, je doute d’arriver à mettre volontairement fin à mes jours. Une forte douleur dans l’épaule, sous l’omoplate droite me punit d’avoir pensé à une telle sortie.  Le mieux c’est que je me persuade d’être déjà mort ! Plus de raison d’avoir peur ! Plier sans penser ! Une bonne mort !

 

 

     

 

              

 

 

Partager cet article
Repost0
19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 15:58

J'ai tant de choses à faire !

Jamais je n'aurais le temps !

Tant qu'on a la santé, on peut toujours faire des projets !

Top ! On s'arrête ! La panne ! Le lumbago qui me pétrifie ! La vie quand même !

Ca va se réparer ! Repos ! Je le savais ! Faut pas s'en faire !


C'est reparti ! Doucement reprend le mouvement !

Doucement, alternent les efforts et le repos ! La marche, la toilette, le déjeuner !

La vie reprend et les soucis avec !

Partager cet article
Repost0
20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 23:15

 

 

Dans ce petit lieu dit de Visemoux, sur la route d’une France profonde et Bourguignonne, chacun connaissait Monsieur Rumeur pour sa bonhomie et son optimisme contagieux. Son nom lui venait d’un père breton que l’on disait costaud, travailleur aussi, surtout pour la pomme de terre dont il savait tous les secrets. Sa mère, née Courreau, la plus ancienne famille du lieu, avait apprécié cet homme depuis son plus jeune âge car il louait déjà ses services aux notables du coin, âgé de seize ans à peine. Bien avant leur mariage, les copines jouaient avec son nom, devant les roucoulades des tourtereaux en murmurant : « la benette ! Elle court aux rumeurs ! » Gentillette et sans malice, Bénédicte en riait et acquiesçait en trouvant là quelque particularité à ses fiançailles.

 

De cette union, joyeusement fêtée dans la petite chapelle de La Motte sur Mesvrin, naquit un garçon qu’ils appelèrent Pierre. Jules Béchard, le curé de La Motte eut plus tard ce mot pour alléger l’atmosphère : « de l’amour des patates et de Bénédicte, de la dérision des rumeurs les plus sottes, est né un beau petit Pierre que nous baptisons aujourd’hui, dans la joie, sur la butte de La Motte. Comme quoi la course au Rumeur fut féconde ! »

 

On se souvient que dans l’école communale, les garçons riaient en l’appelant Pierrot. Il était en effet doux et avenant, plutôt comme une fille qui détestait la bagarre et la balle au prisonnier. Souvent, il était montré du doigt et boudait dans son coin parce que les copains se moquaient de lui en criant : « La Pierrot Rumeur ! La Pierrot Rumeur ! » Aussi décidait-il un jour de ne pas trop tenir compte des quolibets et de devenir le plus gentil des garçons, comme son père. Prévenant, toujours préoccupé de la santé des amis, poli et joyeux, il gagnait la confiance de son entourage au prix de quelques résolutions parfois contraignantes. Il lui arrivait d’accompagner son père aux champs et même au marché pour le commerce des patates dont la renommée ne cessait de grandir.

 

Malheureusement, un villageois fut tué dans une partie de chasse au sanglier, régulièrement organisée durant les automnes interminables du Morvan. Mais nul ne sut jamais de quel fusil partit la cartouche fatale, dans un brouhaha de rumeurs hasardeuses.

Bien sûr, les noms prennent une consistance toute particulière dans les atmosphères suspicieuses. Monsieur Goret n’était pas si fier d’avoir tué un sanglier ce jour là, ni même Monsieur Cartouche dont la visée faisait l’unanimité. Monsieur Labattu se sentait observé dans ses moindres gestes. Quand à Monsieur Dubois, chacun taisait volontairement ses anciens démêlés avec Monsieur Chevrette, celui là même qui fut abattu. Abattu aussi le fut pendant longtemps Pierrot Rumeur dont c’était la première sortie avec un fusil, aux côtés de son père, sortie qui vira au cauchemar. Il avait bel et bien tiré sur un sanglier, gros et gras, rapide aussi comme le vent au point qu’il croyait même l’avoir raté. Mais sait-on jamais ? Un autre peut-être l’aurait descendu à quelques mètres de là !

 

Il ne s’en remettait pas. Pierrot n’allait pas bien et rendit visite au médecin de campagne, le Docteur Decepas, afin de trouver remède à son état perturbé. (En ce temps là, il y avait encore des médecins de campagne !) C’est dans ce même cabinet que le Docteur eut à répondre de ses prescriptions quand les gendarmes l’interrogèrent.

- « Connaissez-vous cet homme ? » Lui demandèrent-ils en présentant une photo.

- « Bien sûr ! C’est Pierre Rumeur, un brave gars ! Répondit-il de ce pas ! »

- « Nous sommes très inquiets ! Cet homme n’a pas de pièces d’identité sur lui et ne répond pas à ce nom. Il prétend s’appeler Jean Sauveur.  Mais nous ne savons pas d’où il vient ! »

- « Reconduisez-le chez son père. Sûrement reconnaîtra-t-il la maison familiale ! »

- « Nous ne pouvions inventer son nom ! Dans le pays n’existe aucun Sauveur, ni aucun Jean, car il aurait pu inverser les noms ! Mais Docteur Decepas, depuis combien de temps le soignez-vous ? »

- «  Oh ! Depuis sa naissance ! C’est un enfant du village ! »

- «  Mais, plus récemment, y aurait-il quelques raisons pour qu’il soit venu vous voir ? »

- «  Ah ! Messieurs les gendarmes, nous frôlons ici le secret  médical ! »

- « Lui auriez-vous prescrit quelques … Docteur Decepas, nous reconnaissons votre droiture et partons de ce pas enquêter dans d’autres directions ! » Ont-ils conclu devant le geste ferme et négatif du professionnel.

 

La rumeur eut vite fait de courir que Decepas couvrait Rumeur, au point que le bon Docteur Decepas dut migrer vers une région lointaine et Sauveur être interné à Auxerre dans la Maison des fous, comme on disait au village. On dit aussi que son père échappa à la justice jusqu’à sa mort, et que, seulement à ce moment, Sauveur se souvint qu’il s’appelait Rumeur. Mais il ne revint jamais au village où Bénédicte s’éteignait doucement dans le silence.

 

A Visemoux les ruelles sont si étroites que chacun passe encore en rasant les murs.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 18:29

Je ne me reconnais pas ! Pourtant, j’en ai abusé ! C’était la première fois !

 

Je m’en suis délecté comme des flammes sur les pins. J’en ai extrait, jusqu’à la dernière seconde, les saveurs subtiles de ses sucs acidulés. J’ai roulé ma langue jusqu’au bord de ses lèvres, senti la nacre de ses dents immaculées, à l’extrême limite entre torpeur et sommeil. J’ai hérissé le doux duvet doré de ses joues et tamponné son visage du velours de mes doigts. J’ai serré sur son cou le nœud fatal de mes solides articulations et me suis laissé, dans l’épreuve d’un dernier effort, peser de toute ma langueur sur celle que je ne retrouverai jamais plus.

 

Elle s’est éteinte ! Demain, je rencontrerai l’autre, celle du second jour. Chaque weekend, je me ferai fort d’être le tueur en série de toutes celles, profondes ou légères, qui, naïvement, viendront se plier à mes exigences.

 

Le gros matou ronronne sur mes genoux et m’accompagne jusqu’à l’excès auprès de la merveilleuse sieste d’une demi-heure.

Partager cet article
Repost0
10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 01:14

 

 

 

 

 

Si Mistral tourbillonne au jardin, le jeu du feuillage, des peupliers aux chênes, entonne la valse des bourrasques qui claquent tuiles et persiennes. Abandonnées par les herbes, mélisse et luzerne, menthe et citronnelle, aneth et jasmin, les effluves sautillent en volutes. A l’heure du goûter, les chats se glissent dans le lierre rampant comme des chasseurs dans une jungle sombre.

Deux noirs ! Lui, imposant, Charlot, elle toute menue, Noiraude ! Selon les vœux de l’enfant ! Deux blancs ! Elle menue, Neige, et son petit, Flocon ! Selon les vœux de l’enfant !  

 

Moi, je sais bien qu’ils courtisent le voisin. Sentir leur présence à plus de cent mètres ne m’est pas difficile. Mais le mistral, très orienté, retient certaines informations. Et cette procession féline me pose question. Comment se donnent-ils rendez-vous, sans même que la cuiller ait fait tinter la gamelle en fonte ? L’odeur du menu n’a pu leur parvenir ! Alors ?

 

Pour questionner mon maître, j’aboie, en direction des chats.

Partager cet article
Repost0
16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 08:59

Béatrice en combinaison de ski cherchait la clef du studio.

Ludovic étonné cherchait la combinaison de son cadenas.

Sur le pallier, dos à dos, deux jeunes, cognés devant leur porte.

Derrière la porte, les vocalises de l’aïeul impotent amusaient Ludo.

Dedans son sac, « comment la clef se volatilise-t-elle ? » se demandait Béa. 

J’étais là, sauterelle sur la feuille au dessus du poussoir, sur le verbe « oubliez » ;

« N’oubliez pas de refermer la porte d’entrée pendant la nuit. »

Doucement, Béatrice me souffla dessus en appuyant sur le poussoir.

L’éclairage permit à Ludovic de remarquer que la punaise était tombée,

Libérant la feuille griffonnée qui reposait maintenant sur la moquette.

Je restait ébouriffé sur le verbe « oubliez » du papier.

Béa, délicate, ramassa la notice, oubliant la punaise.

Elle se piqua le doigt et Ludo s’excusa en pressant le poussoir.

Les regards se sont croisés. Les visages ont souri.

La punaise retomba. Au chewing-gum la feuille fut recollée.

Je me suis envolée, égarée, dégageant « oubliez ».

Chacun d’eux retrouvait ses esprits, qui la clef, qui la combinaison

Sur laquelle l’un et l’autre attentivement avait posé les yeux.

Ludovic et Béatrice sont maintenant mariés, les soucis oubliés.

Leur enfant curieusement collectionne les sauterelles

Qu’il punaise sur des feuilles joliment colorées. Eric pique.

Au bout de son doigt un grain de beauté comme s’il s’était piqué.

A sa ceinture un petit cadenas dont il donne toujours la combinaison.

Partager cet article
Repost0
11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 11:44
 

- Salut ! J'ai reçu le petit livret hier ! Il nous permet de commencer le boulot ! Mais si le scénario me paraît facile à retenir, les notes écrites dans la marge le sont moins !

- Fais voir ! Me dit Cécile en piétinant.

 

- Tiens, là, regarde. "Henri et Paul doivent être séparés de trois mètres et demi." Et là ! "Paul aura le pied droit en avant".

 

- Et ici ! "Une petite marque blanche sera faite sur les planches pour que Jules s'y arrête et soit ainsi visible de plus de la moitié des spectateurs."... C'est incroyable. Pas une seule page de ce  livret qui soit vierge d'annotation marginale.

 

- Oh ! C'est bien dit ! Et la suite ? Her Professor  ?

 

- Cécile ! Tu me taquines mais je vais te donner une suite. Ce sont les annotations d'un metteur en scène dont l'absence sera vécue comme une présence redoutable. En page sept, il écrit : "méfiez-vous : la notation en marge ainsi que les notes de bas de page sont aussi importantes que les textes, sinon plus. En effet, mes notes représentent l’œil que je développe pour que la pièce puisse être vécue au plus près de mon imaginaire."

 

- J'aurais préféré qu'il soit là pour nous aider à monter ce spectacle. Finalement n'être pas là encombre encore plus que la présence. Et puis, il y a plusieurs manières de n'être pas là. Lui a choisi la pire des absences. Il a choisit celle qui oblige chacun de nous à le faire vivre ici plus que s'il était présent. Avec ces notes, il nous contraint à le faire vivre ici ! Paul place une main sur sa hanche. L’autre main cache le livret dans son dos.

 

- D'ailleurs, il y a déjà cinq minutes que nous ne parlons que de lui ! Provoque Cécile.

 

- Que veux-tu ? La marge est toujours assez grande pour y laisser ce qui encombre. Elle devrait servir à y loger ce qui doit enrichir le menu. Dans le cas de ce livret, le menu s'est fait si petit qu'il se pourrait bien que la marge le remplace ! C’est renversant !

 

- Eh ! Voilà une riche idée ! Acceptons entre nous que, pour travailler cette comédie, le dialogue ne soit que dans la marge parce qu'il est moins important que la mise en scène, et que le reste, qui rend notre metteur en scène si présent soit finalement la structure du spectacle. De cette manière, nous ne réfléchirons plus sur ce qu'est la marge ou sur ce qu'elle n'est pas.

 

- Le théâtre n'est-il pas l'activité de la marge par excellence ? Je note la question en bas de la page !

Partager cet article
Repost0
18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 11:55
Il est tard. Les yeux piquent, la tête penche, il faut partir !
Allez ! Partez ! Laissez moi me coucher ! Ma famille, mes amis, mes collègues, partez !
Peut-être vous retrouverai-je demain, après ce bon repos !

Le monde s'en va. Il s'en va dormir, lui aussi !
Mais le chien, au moins, il attend que je sois endormi pour veiller !
Partager cet article
Repost0