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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 21:55

Je t’écris parce que je n’arrive plus à te parler de vive voix. Ton sourire entame l’ampleur de ma respiration et m’intime de baisser les yeux. Ton regard profond et pénétrant disloque en moi les restes de cette complicité si longtemps partagée. Je ne sais pas ce qui se passe ! Je ne suis plus moi ! Surtout, ne me réponds pas ! Laisse ! Lis cette lettre et laisse moi !

Nos vies se séparent malgré nos serments, nos envies divergent comme si nous devions perdre notre gémellité quand s’efface notre jeunesse. Je crains que tu ne coures vers ce bonheur auquel j’aspire depuis tant d’années tout en le redoutant. Ta jeune épouse me paraît trop parfaite pour imaginer qu’elle puisse m’avoir été destinée… Comme je l’aurais souhaité pourtant ! Ta santé de grand sportif me donne à pleurer sur mes douleurs de gringalet. Tes débuts de carrière me poussent aux regrets amers de n’avoir pas comme toi persévéré. Tes talents de musicien arrosent mes pensées de larmes incandescentes qui brûlent mes joues.

Tout ce que tu es, tout ce que tu vis, tout ton être témoigne de ce que je ne suis pas. Pourtant tu es mon jumeau, mon partenaire de toujours, mon soutien impérieux. Je te sais, présent et chaleureux, attentionné et généreux. Je partageais avec toi les plus beaux souvenirs d’une enfance heureuse, les plus grands moments de connivence dans la candeur de notre adolescence… Mais j’en suis là !... Je passe du coq à l’âne... Tout s’embrouille… 

            Je refuse de te voir heureux, frère, je n’en peux plus de te savoir en pleine réussite. Je voudrais qu’il t’arrive un malheur afin de pouvoir voler à ton secours, pour n’avoir plus à percevoir l’arrogance de ta vitalité enthousiaste, pour que tu ais besoin de moi et me remercies encore d’être ton indispensable jumeau. Je souhaiterais, et j’en ai vraiment honte, que cette jeune beauté qui te tient le bras pour un tendre baiser… Je souhaiterais qu’un accident l’enlaidisse… Je souhaiterais qu’un chien la morde… Qu’une maladie l’assaille…

            Non ! Je suis monstrueux d’envisager de telles horreurs ! Mais je me réveille chaque nuit depuis ton départ ! Je hais les impressions de bonheur que tu me renvoies ! Que ne puis-je m’en libérer pour trouver la quiétude et la disponibilité envers les autres ? Qui sait, parmi eux se trouve aussi ma future épouse. Mais cet élan pour mon cher frère barricade tous les chemins, ferme toutes les ouvertures. Il me faudra pourtant les découvrir… Et sans toi ! Je le sais !

            Je suis tourmenté sans arrêt par ces images en relief, ces images que les instantanés ne gardent pas, les images de ton bonheur, de tes danses, de tes élans dans les bras de celle que tu aimes et qui te rend si beau. Je suis tout près de te haïr, je préfère éviter les bains dans la piscine quand il faudrait en partager le plaisir avec vous deux. Je vais jusqu’à fuir quand tu prends ton saxo pour nous reposer d’une balade légère et jazzy. Je ne supporte plus ta présence, sauf par égard pour notre chère mère dont la fierté s’affiche sur son visage patiné.

          Mais je me dévore les entrailles et me révulserais les yeux si je le pouvais. Le plus souvent, je prétexte un travail quelconque pour éviter de te rejoindre, de te voir, de t’entendre, surtout quand tu es fier de ta jeune épouse.

           Tu vois, ton bonheur ne fait pas le mien. Je t’aime néanmoins, mais loin. Je t’aime comme tu aurais dû rester pour que nous puissions prolonger notre adolescence complice.

            Je suis resté sans grandir. Je suis resté là où nos chemins se sont perdus, dans la jungle du monde adulte. Ne cherche pas à me revoir. Il me faut du temps pour apprendre à marcher seul. Oublions un peu de faire valoir nos liens. Je ne suis plus garant de mes réactions tellement je déteste ton allant, et même ta simplicité !

Ton frère jumeau.

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 13:02

Que de temps passé avant ta réponse ! Tu sais que je n’apprécie guère les chichis de riches qui se font attendre et trouvent normal d’être attendus. Mais toi, mon amour, tu es si simple et si présente d’habitude ! J’aime tant le rire qui éclaire ton visage et fait briller tes yeux ! Je me languis de revoir ton sourire, tes jolies lèvres et ces colliers de perles qui se mettent à briller quand tu t’offres à mes baisers fous.

Mais pendant tout le temps de ce voyage, je guète la facteur et ressens le supplice des jours silencieux. J’ai l’horrible impression que tu m’abandonnes, que tu me trompes avec tes amis étudiants, ceux qui t’accompagnent et qui se ressourcent à tes enseignements. Ils te sont si dévoués ! Sais-tu que je pense à ces moments que tu passes dans l’autocar au milieu de ta cour, avec ces admirateurs que tes charmes émoustillent. Mes jambes se font molles, mes yeux pleurent et mon cœur se répand en lamentations. Que n’es-tu près de moi ? Que n’es-tu à moi ? Jusqu’à quand cette souffrance de te savoir courtisée par des jeunes, beaux et ardents ?

 

Peut-être pensent-ils que je ne suis pour toi que ce paysan à fuir dont tu ne pourras jamais élever le niveau ! N’imaginent-ils pas que cette brute au cœur calleux comme ses mains n’a rien à faire avec toi ? Mais cet amour n’a pas vacillé depuis notre rencontre. Et je t’aime à ne plus pouvoir me passer de toi. Ton absence pompe toute mon énergie au point que je délaisse mes animaux.

Tous ces jeunes loups ! Ils te désirent. Ils boivent ta beauté. Ils dégustent ton charme. Tu es si douce, si attentionnée, si délicate et intelligente ! Mon cœur, détourne-toi de leurs mensonges. Ils te courtisent et font les galants, non pour apprendre, mais pour te prendre. Même ce voyage, tu l’as organisé en réponse à leur enthousiasme, mais c’est un piège. Ils te veulent toute entière avec eux, ils ont persuadé les quelques jeunes filles à jouer les complices. Ils vont tout faire pour te serrer dans leur filet. Je t’imagine abandonnée à leur empressement, heureuse et inconsciente, saisie par leur étreinte, tendue jusqu’aux reins, offerte à leurs regards, enveloppée de leurs caresses, muette dans l’extase.

 

Tu reviens bientôt ! Le tout petit mot que tu as glissé dans l’enveloppe me fait si mal ! « Pas le temps ! A bientôt ! Ton amour ! » Pourtant, je sais bien que tu penses à moi ! Mais je suis dans l’angoisse. J’ai trop peur de te décevoir à ton retour. Je redoute les difficiles retrouvailles après ce long voyage. Tu me diras qu’il était très enrichissant et je suspecterai le pire. Si tu savais ce que je te crie depuis ma modeste campagne ! Ce que j’écris n’est rien… Mais je sens bien que la jalousie m’emporte. Elle se justifie pourtant. Tu es si séduisante !

 

Pour ne pas tomber, je travaille beaucoup. Je ne suis pas efficace, mais je ne pense pas. Pendant ce temps, tu voyages. Je sais bien que tu le fais pour ton travail, pour « non seulement grandir en connaissance, mais encore pour améliorer les relations entre les étudiants et leur enseignant ! » comme tu me l’as répété maintes fois, avec cette autre phrase :  « c’est dur pour moi, et je dépense beaucoup d’énergie pour que ce soit réussi ! » Je passe et repasse ces paroles en boucle dans ma tête. Je crains de ne pas les comprendre ! Pour moi, c’est l’enfer ! Je suis seul, je me languis. Je te vois rire avec eux. Je te vois… Mais ! Non ! Je ne veux pas !

 

Je t’écris cette lettre pour que tu saches à quel point je souffre de ton absence. Je souhaite que tu touches du doigt cette blessure qui risque de laisser des traces pendant longtemps. Il restera une cicatrice profonde que la moindre anicroche réveillera, jusqu’au sang. Je te l’écris parce que tous ces mots ne pourraient pas sortir de ma bouche. Tu sais combien il m’est difficile de dire, de m’exposer. Mais là, je n’en peux plus. J’explose. Je ne veux pas que tu me trompes avec ces minus qui savent parler mais ne sauraient même pas reconnaître une vache d’un taureau.

 

Je t’écris parce que je suis tout chamboulé dans ma tête. Cette lettre est le seul moyen de rester en contact avec toi qui semble me fuir. J’espère que cette adresse en poste restante te permettra de me lire. Pardonne moi pour tous ces soupçons. Assure moi que tu les reçois d’un esprit simple et bien disposé. Dis moi encore que tu m’aimes. Crie le très fort pour que je l’entende jusqu’à ton retour. Sans toi je ne suis rien. Reviens ! Ne leur cède pas !

 

Tu m’a fait découvrir le bonheur d’être aimé. Tu m’a tout appris, depuis les petits plaisirs des simples ébats de la jeunesse naïve, jusqu’aux délectations sublimes des moments à vivre, ensemble, toi et moi. Tu m’as promis ta fidélité. Tu m’as habitué à la confiance jusqu’à ce voyage. Il est trop long. J’imagine le pire. Ne me laisse pas sans nouvelles. Et quand bien même ! Il est trop tard ! Je commence à haïr ceux qui te regardent, ceux à qui tu parles, ceux que tu enseignes, ceux qui t’approchent. Je commence à me haïr moi-même parce que je ne suis pas digne de ton attention. Je te vois reine du monde et je le hais, me voyant parmi les soupirants éconduits et haïssables. Juste une petite carte postale, avec trois mots ! L’enfer ! Tu me laisses dans mes tourments. Je hurle dans le silence et même la nature m’est odieuse. Reviens !

 

Tu critiques ceux qui n’aiment pas la nature, mais sans toi, je ne peux plus la supporter, j’étouffe, j’ai envie de mourir, je voudrais me tuer. J’en serai capable si je ne reçois pas de tes nouvelles. J’ai armé la carabine. Fais moi signe, très vite ! Dis moi que tu as reçu la lettre, rassure moi, ouvre moi ton cœur pour que je m’y réchauffe.

Ne reste pas muette. Dis moi que j’ai tord, qu’il ne peut rien se passer, que tu es toujours ma tendre épouse, qu’il n’y aura jamais personne d’autre dans ta vie.

 

Dis moi que mon délire est sans fondement. Dis moi que ton voyage est si prenant, si intéressant qu’il t’est difficile de prendre le temps de m’écrire un gros je t’aime. Je t’aime.   

Je t’aime, mon amour.

 

 

P.S. Le facteur a sonné. Enfin ! Une petite lettre ! Je te ferai lire celle-ci à ton retour, peut-être ! J’ai honte ! Je suis content ! Un peu inquiet tout de même ! Je vais traire. Je t’aime.

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 06:08

La brûlure qui me dévore ne peut plus durer. Je suis tellement blessée de t’imaginer avec les autres, tout souriant et sautillant alors que tu es si morne et si triste avec moi.

Ai-je mérité de vivre ce déchirement permanent ? Ne pourrais-tu faire ce pas de t’intéresser à moi qui t’ai tout donné, à moi qui ne désire qu’oublier pour te plaire et qui évite sans cesse de pointer tout ce que tu me dois.

Ose te plaindre de toutes ces années passées ! Regarde plutôt ta fascination pour ces jeunes femmes qui ne savent même pas réfléchir alors que mon amour est mûri et travaillé pour notre enrichissement commun, pour ton épanouissement depuis la fac jusqu’à présent. Oh ! Tant d’heureuses années !

Tu m’as forcée à devenir cette ombre rampante qui se dit ta femme alors que tu ne me présentes même plus à tes nouveaux amis. Le choc des pensées, de la douleur, des regards, de mes tourments accroît dans mes tempes les migraines qui me laminent. Je passe mon temps à pleurer, à te chercher, à t’attendre, à te voir faire le beau devant ta cour de jeunes écervelées. Je te vois et je les hais. Tu les embrasses au café. Tu les serres les unes après les autres contre le flipper, pour leur apprendre à jouer, soit-disant. Tu consommes leurs éclats de rire et tu succombes à leurs déhanchements malicieux.

Je suis à bout. Je tressaille de fureur et de haine et tu ne le vois pas. Heureux de tes journées jubilatoires, tu rentres comme la veille pour que je te serve, transparente. Mais je préfèrerais la mort plutôt que l’indifférence. Ton silence me harcèle et pourtant je continue à vivre parce que je t’aime, parce que j’espère qu’un jour tu donneras corps à mes plaintes, parce que j’espère qu’un jour tu prendras ma main pour me montrer que tu as besoin de moi. Ce sera comme un biscuit dans ma bouche à défaut d’un fondant d’amour. Tu saisiras mon bras pour que je ne me détourne pas. Je serai heureuse de t’être utile.

A présent, ton attitude me paraît floue, les mots que tu m’adresses sont mielleux, et même baveux, dignes d’un amour fourbe et trafiqué. Tu ne me donnes rien d’autre qu’une pseudo fidélité dont tu te sers pour me rassurer. Mais il y a un poison violent qui rampe dans tous mes membres. Une humeur acide m’attaque à l’intérieur quand je vois ces contextes érotiques dans lesquels tu t’ébats. Je regarde, je sens, j’entends tous les moments pendant lesquels tu crois que je ne suis pas avec toi. Mais je suis toujours là. Tu es ma peau, mon ventre, mon corps tout entier. Il vit à chaque instant les traces de nos années heureuses, ces années durant lesquelles l’hypocrisie n’empoisonnait pas nos amours. J’ai l’impression que tu me trompes. Je sais que tu me trompes. Tu n’es plus celui qui m’a aimé. Mais je t’aime. Je suis confuse d’avoir été dupe.

Tu me détruis les reins, tu me fais porter des fardeaux si lourds que ma dignité de femme se disloque comme un miroir éclaté. Tu m’abandonnes. Tu me laisses au bord du chemin, dans cette campagne qui m’étouffe, dans cette campagne que tu avais idéalisée pour tes jeux de fermier alors que tu mènes une vie de citadin, là-haut dans ton paradis. Moi, je trime pour garder les bêtes que tu oublies. Je redoute le jour où tu décideras de ne plus rentrer. Tu reviendras en week-end ! Et je me contenterai de laver ton linge.

Toute fatiguée que je suis, atteinte du plus profond des mépris, je reste là, pour toi. Oh ! Que je serais heureuse d’accueillir un petit sourire, une seule des roses que tu offres à tes copines ! J’ai un petit espoir ! Tu seras peut-être licencié bientôt ! Tu reviendras quelque temps ! Je te chérirai tant que je le pourrai ! Et tu aimeras encore ta campagne !

 

J’arrête là cette longue lettre parce que j’entends tes pas sur le pavé de la cour. Mon pauvre mari, comme tu dois être fatigué de nourrir tes bêtes en rentrant le soir après ta longue journée de travail dans l’agence. C’est vrai que je me sens un peu lasse ces temps-ci, mais je vais reprendre du poil de la bête, très bientôt ! Je te le promets ! Je t’aime.

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 17:14

Tout au fond de moi, cette brûlante déchirure qui ne cesse de jaillir et de m’inonder, comme un cratère de feu d’où s’échappent le souffre et l’obscure odeur de l’inacceptable ! Une arme étrange s’acharne à me dépecer, s’acharne sur la plaie déjà ouverte, sans cesse ouverte, dont nul mot ne peut dire la douleur, comme si la souffrance vidait ma langue depuis l’intérieur, détournait ma voix en la pliant vers le dedans, la contraignant à la torsion du mutisme.


La main même de ceux que je chéris, la main sanguinolente de celui vers lequel pousse mon plus intime désir, cette main, comme étrangère à l’autre, comme dirigée par des forces occultes et ombrageuses, manipule l’arme invisible et me torture là même où se propage la destruction et l’humiliation. Mon corps, en son centre, en son ventre, en sa matrice, brûle comme un foyer rougi dont la fumée acre lacère mes poumons. Et pourtant, il n’a d’autre combustible que l’ineffable source de palpitation, ma vie de femme, ma vie de souffle, d’ardeur et de courage pour renverser les torrents violents, pour barrer les fleuves de boue afin de protéger les miens.


Je suis seule avec le feu. Je cherche l’eau, je cherche la mer, je cherche l’amour et la passion tempétueuse qui viendrait à mon secours, qui dominerait sur le brasier et renforcerait mon être autour des cendres sublimées alors en poussières d’étoiles. Nul ne le peut. Le vide même attise les flammes, mon ventre est broyé de tous ces viols et de toutes ces humiliations qui obturent les ouvertures. Mes lèvres sont cousues d’horreur et brûlent de terreur. Elles saignent de se vider des cris étouffés. Ils me veulent vide et creuse, silencieuse, sans issue, sans voix, sans seins pour leur dire mon amour et leur donner ma tendresse. Les monstres mordent, les monstres s’essoufflent et s’évaporent pour laisser place aux suivants.


Je me sens révulsée, toute retournée dans mes chairs jusqu’à l’exposition de mes os douloureux, explosée sous la mitraille de leurs regards qui me mutilent et me séquestrent dans l’absence, exhibée à tous. Ma pudeur bafouée, mon temps ignoré, mon être raillé ! Je n’ai plus pour murs que châtiments et ignorances. Le sol même m’écrase après m’avoir ensevelie. Je suis poussée à l’extrême sanction de croire qu’ils auraient de bonnes raisons de me châtier, pour la faute d’être femme. Oui ! Ils m’ont poussée à transformer mon corps en poussière de combustible qui alimente sans arrêt le bûcher qui me consume à l’infini.


Ils m’ont dit de me taire. Mes forces brûlent d’un feu que le silence anime sans cesse. Mon âme se viderait si mon corps ne me réveillait pas, et cela très souvent, par les souffrances qu’il doit subir, mystérieusement, inéluctablement. Mes genoux s’écorchent, mes pieds se dérobent, mon sexe s’exile, ma poitrine se vide, ma tête hurle dans son enfer.


Je voudrais sortir de la plaie. Je meurs de ne pas vivre.

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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 20:38
Marseille est une ville immense, une mégapole. Elle a néanmoins cet énorme avantage que sur la mer rien n'est encore bâti. Ce qui fait que Marseille sera toujours la moitié d'une Megapole, l'autre moitié restant heureusement inoccupée. La mer nous permet toujours quelques moments de rêve et d'évasion.
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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 08:09
A ceux qui passent par là, j'écris cette lettre parce que un jour elle restera pour marquer le temps après moi.

Le petit se jette dans les bras du grand-père dès qu'il arrive. "Regarde mon Spiderman. Il est le plus fort !" Après, je ne sais plus ce qu'il dit parce qu'il ne s'arrête pas et parce que je l'embrasse tout plein serré.

Il n'est pas encore à l'äge des SMS ou autres tchat qui donnent l'impression de communiquer. Aussi ses attentions, son sourir, sa colère, ses baisers, ses petits gestes pour dire au revoir, ses regards sont purs et donnent quelques instants de fraîcheur dans un monde aride. ( Qui assèche le monde sinon nous-mêmes, avec nos besoins inutiles de confort et de luxe ?)

L'âge de raison se manifeste par des mots durs, généralement empruntés aux discours d'adultes, ou par des semblants, exemples : 
Le grand-père
-"ne tape pas comme ça sur le chat !"...
La petite
-"Mais non, je fais semblant, Papy !" ou encore : 
Le grand-père
-"Ah ! Non ! On ne répond pas comme ça aux grandes personnes !" ... 
La petite
-"Mais c'était pour de rire, je faisais la grande !"

Le tout petit ne sait pas encore faire semblant. Il ne sait pas encore combien les adultes sont mal fichus et pas très clairs. Il ne sait pas encore qu'on va lui enseigner le compétition, la performance, la bataille, la guerre, le "comme tout le monde", le "si on gagne pas, on est moins que rien !", le "laisse tomber le travail manuel", le "c'est plus facile de gagner sa vie le cul sur une chaise !"...

Il est sain. J'espère qu'il le restera longtemps si ses parents lui montrent le chemin de l'humain, l'importance des valeurs, toutes celles qui ne se monayent pas, toutes celles qui n'ont pas de prix. C'est dire qu'il ne doit pas en rester beaucoup puisque les valeurs autres que les valeurs boursières semblent n'intéresser que peu de monde. Même la culture, l'art, la musique, la scène... sont maquillés pour devenir rentables.
Pour satisfaire le profit, pour amasser l'oseille, l'instrumentalisation de l'autre est la base de toute démarche, de toute approche, de toute rencontre. En effet, le premier enseignement dispensé dans les stages de technico-commercial, bien qu'il ne dise pas son nom, le voici : l'instrumentalisation de l'autre.
-"C'est dans votre famille et parmi vos proches que vous ferez vos premières affaires, mêmes si c'est un petit commencement. Ensuite, profitez de votre carnet d'adresses sans arrière-pensée."
Qui n'a jamais entendu cette horreur dans ce genre de groupe ?

L'instrumentalisation de l'autre, c'est en faire un objet ou un instrument dont  on peut se servir pour réaliser un profit personnel et le plus souvent à court terme. (Il se fera avoir une fois, et pas deux !)

Mais les règles essentielles du commerce ne sont pas celles-ci. Là, il ne s'agit que de tromperie.
Les règles veulent que les deux parties qui "font commerce" s'en sortent grandies et satisfaites.
(Cela se rapproche du commerce dit équitable bien qu'il y ait d'autres critiques à ce sujet.)

J'espère que mon fils et mon petit fils ne penseront jamais que "du vieux, on peut tirer profit".
Ce serait mieux qu'ils pensent que tant qu'il est là, "on peut se régaler de tout ce qu'il raconte, de tout ce qu'il sait faire ou du peu de musique dont il a encore le goût !"
Mais il ne faut pas se fourrer le doigt dans l'oeil ! Il seront influencés comme chacun de nous par cette civilisation en décrépitude et penseront que les vieux ne servent plus à rien. Pire, ils coùtent cher à la société !
(Ceci dit en passant, n'oublions pas d'avoir une pensée émue pour tous ceux qui se gavent sur leur dos, à commencer par les professionnels de la santé qui usent et abusent des largesses de la sécu...)

L'afrique a encore plein de choses à nous apprendre sur le respect des anciens.
Fatou Dioum parle de sa grand-mère avec une poésie que nous avons perdue depuis des lustres :
            -"Ma grand-mère ! Elle venait fleurir mes déserts !"


Retrouverons-nous de tels rapports à nos anciens ?

Les anciens sont des êtres dont la présence s'inscrit dans nos cellules. Les négliger, c'est se mutiler...
Beaucoup déjà sont dans la rue parce qu'il ne peuvent plus... Beaucoup seront encore plus mal lotis dans les années à venir parce qu'il ne pourront plus se soigner. (Il n'y a pas longtemps, une vieille anglaise s'est arraché deux dents toute seule !!!) Que peut-on attendre d'une telle société ?
Pour les pousser au suicide, malgré leur convictions, on ne peut pas faire mieux que d'augmenter les prix de ces quelques produits dont ils ont besoin :  l'énergie  électrique, le gaz, le fioul, la farine ou le pain.
Qu'on ne nous dise  pas qu'on ne peut rien faire  !
Eh  bien si ! On nous le dit. Et on crit que ce n'est pas de notre faute ! D'ailleurs on ne sait pas qui gouverne ! Gouvernement impuissant sous la botte d'une Europe inféodée aux Etats Unis.

Le pays ne sait plus quoi faire de ses vieux.
Il ne sait pas quoi faire !
Il ne sait pas !
Il........................mutilé................l'incompétence !

Courage à vous, les jeunes, car vous devrez réparer tout ce que vos anciens auront détruit par cupidité, réinventer les liens sociaux jusqu'à pouvoir honorer ceux qui auront fleuri vos déserts !




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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 23:07
http://img79.imageshack.us/img79/1167/sanstitre1at1.jpgL'image “http://img79.imageshack.us/img79/1167/sanstitre1at1.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Ca, c'est le lien pour cette image.
Ensuite c'est podechagrin qui m'a tagué en trouvant que le jeu est idiot. Mais bon !
Dans son article sur le tag c'est bien expliqué.

http://podechagrin.over-blog.com/

Toute petite devant les injustices de la vie et si battante !
Je lis volontiers ses coups de gueule et son style me rend joyeux.

http://litterrances.over-blog.com/
Lumineuse dans ses rêves et si simple dans son écriture qu'il m'arrive de me laisser bercer sous la caresse légère de sa plume. Clo fut la première à m'aider dans les difficultés techniques du nouveau blogueur.

http://aliciabx.over-blog.com/
Documents indispendables pour ceux qui désirent s'informer autrement chez cette journaliste parfaitement documentée dont l'humour ne trahit en rien le drame de notre situation et de la précarité de notre monde.

http://r-sistons.over-blog.com/

Remplissons le seul espace qui reste encore libre d'expression avant qu'il ne soit trop tard. C'est l'impression qu'il me fait et je l'accompagne volontiers. La course fait déjà arme de résistance. Eva nous donne l'information, la réflexion et la pèche. Un blog des plus importants.

http://la-plume-de-jonathan.over-blog.com/
Poésie mathématique sur fond de joutes phonétiques et sémantiques qui ne sont pas pour me déplaire !
Mais la mathématique rejoint ici l'abstraction poétique pour qui, sensible, sait lire dans les blancs.

http://walterlewino.unblog.fr/
Une observation quotidienne toute singulière dans le choix de sa lorgnette pour illustrer la dérision de notre monde bancale.

http://arthur.over-blog.org/ et http://pochop.over-blog.org/
Alors là, on tombe sous le charme. Un magicien est né. Pourvu qu'il réussisse à enchanter notre monde !
Déjà, il a transformé sa maman en une grande piscine de bulles et d'amour dans laquelle il plonge avec son grand frère. C'est fort, les mecs ! Mais les bulles, ça demande du travail ! Dommage pour le shtroumph fainéant !
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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 06:32
Ce jour est comme les jours passés. Pourtant tout est présent pour qu'il soit entièrement nouveau. N'ai-je pas, ce matin, avant le lever du soleil, entendu sonner les heures poussées par le vent du sud ? N'ai-je pas été surpris par le silence  alors que les oiseaux  chantaient hier avant l'aube ? N'ai-je pas décidé finalement de jeter ce vieux teeshirt qui me poursuit depuis plus de dix ans comme s'il me collait à la peau ? Et le café ! Un régal ! Comme si je n'en avais jamais bu ! Et la petite tartine avec du beurre demi-sel, hum ! Que c'est bon !
Oui, c'est vrai, la radio donne les mêmes infos qu'hier : attentat en chine ; poursuite du programme nucléaire iranien ; baisse de notre pouvoir d'achat... Ah ! Ni Cola ni Carla ! Les vacances ! Ca change !

Tout est là ! Les petites douleurs aux genoux ! Le réveil lent qui s'éloigne quand la conscience reprend la veille et se met à surveiller la respiration. Les articulations s'animent et l'homme tient debout. Une chance dont il faut se saisir à chaque instant pour avoir le plaisir de faire quelques pas. Faire un pas rien que pour le plaisir ! Respirer profondément rien que pour un autre plaisir ! Entendre miauler le chat ! Voir sourir le nouveau-né ! Un instant de vie dont la présence ne dépend que du regard que l'on y dépose ! Tout est là ! Bonne journée à vous !
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 00:00
Cher toi


J'avais vingt temps quand j'ai commencé à les perdre.
Non ! Pas les kilos ! Les temps ! Pourtant, j'en avais soigneusement cachés certains.
Celui de ma plus tendre enfance est trop bien caché. Je ne le retrouve plus.

J'ai ressorti le temps de l'école communale, avec les roudoudoux et les mistrals gagnants que nous allions acheter pour quelques centimes en nous précipitant à la fin de la classe. Les carambars à cinq centimes. Ca fait rêver !

J'ai beaucoup regardé le temps du lycée, le temps de mes premières amours, le temps des séparations quand finissent les vacances. Le temps dune caresse ! Le temps des lettres ! Le temps des courses dans la campagne ! celui des bêtises dans les bois, sur le torrent, sous les châtaigners. Le temps qui change, le temps maussade.

Il faut compter aussi le temps des arcs, le temps des lance-pierres, le temps des outils pour fendre le bois, pour tailler des crayons, pour dessiner, et le beau temps. Ah ! J'ai retrouvé le temps des premières émotions au volant de la 2 CV, puis de la 4 CV, puis de la Dauphine, de la 4 L, de la R 8, de la 203, de la 403, de la 404, de l'ID 19, de la DS 21...

Impossible de compter tous les temps cachés ! Tous les temps passés ! Tous les grands temps ! Tous les temps forts et les temps morts ! On n'a pas tout le temps !
Le temps d'un soupire, le temps du point d'orgue ! Le temps d'une ronde et celui d'une blonde ! Le temps d'un tango et le temps d'un t'en fais pas ! Pas le temps de continuer !

Il faudrait un temps fou pour en dresser la liste ! Et le temps fou, c'est comme le mistral, il ne faut pas en abuser !
C'est sans compter que je ne vous parlerai jamais de certains temps que j'ai gardé intimes, comme... Non ! Non ! Pardon !
J'en avait dix huit en 68. Alors !
C'était le moment de décider de vivre en Provence. J'ai quitté le temps gris de Paris pour un ciel meilleur. Le temps d'un coup de foudre !

J'ai soixante ans, je les ai tous perdus. Au moins mes cinquante neufs temps précédents !

Il me reste un seul temps, celui de la vieillesse.
Si je perds mon temps, il me manquera.
Si par contre je gagne du temps, je serai plus vite à la fin de mon temps.
Donc, je prends mon temps.
Je suis bien, comme l'araignée sur la toile. Elle tisse et j'écris.
J'ai le temps d'être un instant qui prolonge le temps.

L'inspire alterne avec le soupire. Saisissons-le avant le pire !
Le temps, tout prochainement, ne nous appartiendra plus. C'est déjà arrivé ! Il fut un temps !
Le temps bourrin qui plait au fifrelin !
Le temps pête qui plait à Gaspar !
Le temps pis qui sent le lait !
Le temps attendu qui ne vient jamais !
Le temps pourri qui surprend !
Le temps d'aime qui roule !
Le temps Tra cher aux asiatiques comme le temps Go !

Bon ! Aller ! J'arrête de passer du bon temps.
Je préfère le café. Pour le moment ! J'en ai encore !





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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 00:14
A toi,

Maléfiquement, ton absence infiltre ma peau qui hurle sous les brûlures vives qui m'assaillent le dos. Distendue, ma peau secoue cette absence qui terrorise tout mon être. Que vais-je devenir, broyé par cette vivance sourde dont toi seul anime les brins ?

Que tu me fais mal ! Ne prolonge pas ton séjour car mon âme sera consumée sous la terreur de cette monstruosité implacable, tentaculaire et dévorante. Elle ne me lâche pas. Tapie dans mon ombre, elle me guette pour détruire mes jours en brûlant ma peau. Elle pénêtre au profond de l'épiderme jusqu'à violenter mes viscères. Elle m'intime de ne plus être sinon elle-même, cruellement absente, vide de tout autre. L'injonction m'est renouvelée sans cesse de me fondre dans la douleur jusqu'à lui servir d'ombre, de cette ombre d'un irréel, au fond sans fond. Nulle trace ne me donne espoir. Au contraire, chacune me soumet à la torture comme flèche venimeuse dont le manque serait l'arc puissant que tu bandes de toutes tes forces.

J'imagines que tu sais à quelle point ta cruauté me ronge les os. J'imagine que tu te délectes à tendre les rets qui me prennent et me gardent dans l'attente de rien. Déjà tu vivais loin avant ton départ. Je cherchais ta présence en vain. Je cherchais ton regard et ne trouvais que toise. Je minaudais pour ton bonheur et ta fierté mais ne recevais qu'humiliations et déconvenues. Néanmoins, fatigué, distend, froid, harogant, haineux, exécrable, fourbe et menteur, tu étais là. Aujourd'hui ton absence hurle et me hante jusqu'à me faire plier, pleurer, mourrir dans ce désert de toi. Chaque grain, chaque parcelle de poussière, chaque souffle, chaque odeur n'est rien sinon toi. Ma vie n'est plus qu'une trace qui témoigne d'un passé vrai. Tu me maltraitais mais j'étais vivant. Aujourd'hui tu me maltraites mais je ne vis plus là. Je suis avec toi, incarnée en absence à cause de tes dons maléfiques, enchaînée à ton Vaudou qui me faisait rire. Il me lacère désormais de toutes ses griffes de monstre invisible. Je hais cette absence innéluctable.
Je te hais. Je me fous de tes dernières volontés. J'écrirai ton épitaphe : "Mort pour rien !"

                                                 Moi qui aime ce que tu n'as pu être
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