Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
  • Contact

Recherche

8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 10:00

La Charité sur Loire fermera bientôt son festival des mots sur ce choix inévitable du mot de l'année : « dégage ». Ce choix résonne en ouvrant les perspectives sur l'horizon de l'espoir, en précisant que les marches vers la liberté se confondent parfois aux points de fuite dont se sert l'architecte pour croquer un avenir urbain, un vivre ensemble.

 

Peu de liens entre le coup magique du crayon, dont la trace anime le papier, et le coup tragique du canon, dont la marque trahit toute l'horreur de l'ordre maintenu. Peu de liens, si ce n'est l'événement historique d'une ouverture, l'événement historique d'un dégagement vers autre chose. Comme l'architecte brosse un projet et dégage les allées sur un nouveau lieu de vie, le peuple créateur s'ouvre une fenêtre sur la liberté par cette injonction à l'adresse du dictateur : « dégage ».

Chacun peut entendre là son propre souffle. Il enfle et se dégage après le douloureux encombrement de ses bronches. Chacun peut entendre ici la clef tourner dans la serrure des entraves qui empèchaient sa marche.

On reprend son souffle. On reprend sa marche. On se sent libre !

 

La liberté, oui ! Mais aussi la mise à mort, l'ordre donné pour mettre fin aux souffrances ! Le prix qu'il faut payer pour se libérer de ses gages, pour se dégager de ses dettes.Il faudra payer. Et certains ont déjà payé de leur vie !

 

Dans le mot même, « dégage », il y a la chasse et la casse. Chasse à l'homme, prédateur immoral, et casse des contrats, casse des tirelires, casse de la structure financière de la société. Là, par contre, c'est une atteinte morale aux habitudes,  une déconstruction de ce qui soude la société marchande, une remise en cause de ses principes mêmes.

 

D'un trait tout est barré, mais par quels traits construire le nouvel horizon ?

La perspective du dessin s'appuie sur le point de fuite. Il en sera question tout autant dans la perspective des peuples à maîtriser leurs desseins. Souhaitons que nul ne tente de fuir devant ces bouleversements.

 

Nous serons plus précis je l'espère en 2012 en criant non pas « dégage » mais « casse-toi ... » quand bien même ce ne serait pas moral !

Partager cet article
Repost0
7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 22:48

 

Maléfique, ton absence infiltre ma peau qui hurle sous ses brûlures vives, assaille mon dos et flagelle mes membres. Mes tissus distendus secouent cette absence qui terrorise tout mon être. Que vais-je devenir, broyé par cette vibration sourde dont toi seule anime les brins ?

Que tu me fais mal ! Ne prolonge pas ton séjour car mon âme sera consumée sous la terreur de cette monstruosité implacable, tentaculaire, dévorante, qui ne me lâche pas, tapie dans l’ombre inexistante de l’errance. Elle me guète pour détruire mes jours en grignotant mes os, aspirant mon sang vers des profondeurs indésirables et mystérieuses. Elle pénètre au plus profond de mon épiderme jusqu’à violenter mes viscères. Elle m’intime de ne plus être sinon elle-même, absence retournée sans cesse pour une quête d’un envers qui n’est pas, cruelle et vide de tout autre vivant. L’injonction m’est renouvelée perpétuellement de me fondre dans la douleur jusqu’à lui faire l’ombre d’un irréel au fond sans fond d’où nulle trace ne peut donner espoir. Au contraire, chacune me soumet à d’autres tortures comme une flèche venimeuse dont l’arc serait ce manque, bandé sans arrêt par tes soins méticuleusement dosés.

J’imagine que tu sais à quel point ta cruauté me ronge jusqu’à l’os. Mais déjà, tu vivais loin avant ton départ, et je cherchais ta présence en vain. Je cherchais ton regard mais ne trouvais que cette toise qui jugeait mes actes et mes sentiments. Je minaudais pour ton bonheur et pour ta fierté mais ne recevais qu’humiliations et insignifiantes distractions. Cependant, fatigué, distant, froid, exécrable, haineux, fourbe, menteur, pervers, tu étais là. Aujourd’hui, ton absence hurle et me hantes à me faire plier, pleurer, mourir dans ce désert de toi. Ma vie n’est plus que trace de souvenirs effacés lentement auxquels s’accroche la pensée d’un passé vrai.

Tu me maltraitais mais j’étais vivant. Maintenant, tu me maltraites mais je ne vis plus ! Je suis resté avec toi, réincarné en vide, retourné comme une peau morte dont l’image a disparue du miroir, la surface même où tu me voyais en souriant à l’adresse des marques de coups portés. Tu es un monstre d’absence, un Vaudou de la négation. Tu me faisais rire avec tes incantations et tes aiguilles mais dorénavant tu me lacères de toutes les griffes aiguisées d’un monstre invisible qui habite mon ventre et mes poumons, qui mord quand je respire, qui brûle quand je mange et bois, qui m’étouffe quand je vomis et me tétanise quand je veux hurler ma mort.

Je te hais, j’écrirai ton épitaphe en niant tes dernières volontés, comme pour moi-même :

« Mort pour rien, moi qui aimais tant ce que je n’ai jamais pu être, absent permanent ! »

Partager cet article
Repost0
23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 16:29

 

Cher toi, qui pense que le nombre d'entrées fait le bon film !

Cher toi, qui croit que le nombre de disques vendus fait la qualité de la musique !

Cher toi, qui souffre de n'avoir jamais atteint le podium durant tant d'années de compétition !

 

L’amour des nombres, la numérotation, le dénombrement, le décompte, le chiffrage, les classements, les compétitions, autant d’éléments qui ne conviennent pas à l’enrichissement ni à la richesse de la singularité de chaque être humain.

 

Nul ne peut comparer deux êtres sans grignoter de leur singularité. En effet, ni les lignées, ni le vécu, ni l’environnement, ni l’expérience, ni les souffrances ne peuvent se ressembler, C'est au point que toute comparaison est parfaitement inutile, voir dangereuse. Même des jumeaux restent incomparables tout au long de leur vie, bien qu’ils aient vécu dans des situations similaires.

 

Le singulier se distingue de l’unique parce qu’il n’appartient à aucune collection.  Quand des humains sont pris pour des objets, ils peuvent être collectionnés, numérotés, enrôlés, embrigadés, emprisonnés, expatriés, exilés, exterminés... Dans une exposition d’objets rassemblés, chacun d’entre eux peut paraître unique à sa place de second, de cinquième ou de centième. L’unique suppose un second et toute la série numérotée qui suit. Mais le singulier n’est pas un numéro. Tout être est singulier. Bien souvent nous apprenons que tel ou tel avait la place numéro deux ou dernière dans la fratrie. Mais que nous apprend cette nouvelle ? Rien. Dire que c’est le petit dernier ne peut que nuire à sa singularité car cela ne participe aucunement à le mettre en valeur. Preuve en est que nous le chargeons de tous les présupposés qui nous semblent s’adapter à cette place dans la fratrie. Le petit gâté ! On lui a tout passé !

 

Je déteste l’humiliation supportée par le quatrième de la compétition, celui qui ne monte pas sur le podium. Il est tout aussi merveilleux que les meilleurs, (si je peux m’autoriser cette comparaison), mais ce jour-là, sa course était plus difficile, ou n’avait-il pas la forme de la veille.

Je déteste le classement des élèves. Chacun avancent à son propre rythme. Faudrait-il que tous aient les facilités identiques au même moment de leur croissance ? Que faut-il penser du dernier qui néanmoins tenait la note moyenne ?

 

Il est plus grand. Il est plus petit. Il est plus ceci ou cela. Et la stupidité, se compare-t-elle à quoi que ce soit ? Brassens l’a résumé sans comparaison aucune. « Quand on est con, on est con. »

Saint Exupéry commence « le Petit Prince » en parlant de ces adultes qui aiment les chiffres, au point de repousser une rencontre pour terminer les comptes.

 

Drame dans notre actualité, si je décris mon ami ou encore ma maison, tous ne peuvent pas l’imaginer. Mais si je leur dis combien gagne mon ami ou combien coûte mon toit, alors ils les trouvent beaux.

 

Si je râle après l’usage des comptes, si je m’insurge contre la gestion comptable des affaires humaines, c’est parce que les dérives de ces pratiques ont des conséquences très graves. Je pense particulièrement aux statistiques, à toute forme de statistique. Bien souvent, leur lecture donne à croire que les pronostics qui en découlent ont une valeur de vérité. L’évaluation des futurs délinquants dès le primaire est une dérive scandaleuse née de ces techniques statistiques. Si dix pour cent des enfants sont maltraités physiquement ou affectivement, formeront-ils les dix pour cent de délinquants ? C’est absurde. Pas une conférence sans une affirmation statistique dont l’apport me semble inutile, sinon pour asseoir le savoir du conférencier ! Pas une nouvelle journalistique sans une approximation statistique ! Pas une décision gouvernementale sans une étude statistique!

 

Non vraiment, je préfère penser que votre singularité vous rend incomparable, ce qui enrichit notre rencontre. Aujourd’hui, c’est la première fois dans toute l’histoire de l’humanité que se rencontre deux êtres incomparables. Et demain, ils se rencontreront encore pour la première fois car ils seront encore incomparables, avec une journée en plus d’expériences diverses et enrichissantes, que chacun aura vécues singulièrement.


Sur les blogs, il est souvent proposé de voter, c'est-à-dire de donner un point à l’auteur de tel ou tel texte. Cela peut être encourageant, mais l’envers de la médaille existe aussi. Le plébicite d’un texte n’en détermine pas sa valeur, et le classement des sites par leur seul nombre de visites n’en dit rien de leur qualité toute subjective. C’est pour ne pas nuire au singulier qui s’aventure à écrire comme il veut que je ne vote pas. Je vote en fait pour chacun quand je le lis, mais je ne veux pas voir le classement qu’imposent les nombres inutiles, voire trompeurs…

Partager cet article
Repost0
23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 12:02
 

 

Depuis quelques heures, je suis réveillé et prends mon temps. J'ai lu un petit texte et vous confie ce moment où se plie la vie comme un soufflet d'accordéon, respirant letement.

J'ai pris un train. Du monde qui passe devant les baies je n'ai rien emporté. Et je prends mon temps. C'est le mien. Il ne se compte plus comme dehors. Il ne se compte plus. Il ne compte plus. J'inspire. Je souffle. Je n'ai pas mal. J'ai tout mon temps. Je suis mon temps. Je vis mon temps. Je chante mon temps. Je déplie mon temps et je le replie en respirant.

Quelques douleurs m'accompagnent sur ma promenade solitaire, sentier des douanes entre le monde et moi. Mon corps et moi, nous allons. Mon corps est moi, tôt ou tard, chaud ou froid, allongé ou debout, las ou alerte, faible ou fort ! Il est moi, tout ça à la fois. Je passe dans la nuit. Les mots signent mon parcours et scellent l'enveloppe.

Voyage dans ma présence ! Mots éclairs dans une ombre sombre ! Mèche allumée ! Halo chaud qui ne permet que l'approche des paumes pour un regard fasciné ! Mots sensibles qui m'emportent au delà du site où je me repose, mots dociles qui aménagent ma quiétude, là, encore et en corps. Corps mystère, centre de mon être, antre de mes maux, chantre de ces mots.

Je sais que tu auras fait un bout de chemin avec moi. Ca fait plus d'une heure que je prends mon temps pour passer sur ta toile.
Je lis tout doucement pour accorder mes inspirations et le jeu me comble. C'est un fondant qui fond inlassablement. Un tout petit moment infini.

Partager cet article
Repost0
18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 15:27

De toi, je veux un enfant.

De cet enfant naîtra un autre enfant que je désirerai tout autant.

 

Dans ces mots saisis à l’improviste, un réel surgit qui se nomme désir, inaccessible désir d’une jouissance impossible qui se tient là, presque à portée de cœur, de corps peut-être, de chair sûrement où se logent nos rêves les plus fous, tirés de ces tensions fulgurantes parfois déchaînées.

 

De l’autre, il me faut être pleine. Je l’aime à me blottir, envahie. Je le sentirai dans ma peau, dans mon ventre, dans les secousses de cette vie qui commence au plus profond du mystère. C’est mon homme ! Il est à moi, consumé dans mes entrailles jusqu’à me tendre de la femme à la mère, grossie de bonheur et de promesses. Pleurant toutes mes larmes, j’ai déposé mes armes et m’offris toute entière aux feux de cette passion, à ses tortures et ses délices, enlevée par l’élan et fascinée par les bois du cerf dans sa mâle et intransigeante majesté. Il s’est emparé de tout ce que j’ai abandonné. C’est pour lui que je me suis emballée. C’est sur lui que je me suis empalée, comme une lourde vague sur le rostre de granit. J’ai osé l’explosion, le saut vertigineux dans la fureur du désir en folie, en sortie, en fête, en tempête. C’est un jet d’artifice qui m’inondait par le menu jusqu’à m’assaillir de tous ses feux dans un bouquet lumineux où je fus princesse et reine de l’explosion du monde. J’étais la naissance même de ce monde en explosion, et le monde lui-même où explosait la naissance. Je serai cet enfant et la chair de cet enfant. Je vivrai sa chair comme il se nourrira de la mienne.

 

Pourtant, cet homme, je ne le connais pas.

Je ne sais rien des hommes sinon que ce sont des mâles comme l’étais mon père, fragile et fort, contrariant et aimant, fier et amère, osé mais maladroit. Je sais qu’il était amoureux de la fillette que je fus, toute vibrante d’adoration pour sa puissance et sa protection, apprêté auprès de moi quand je sautais sur ses genoux et lui montrait ma grâce en cherchant son admiration et l’exclusivité de ses regards. Je sais que déjà le féminin se cachait en mystérieuses interrogations dans ses yeux et ses oreilles, au point que parfois il se résignait à éviter de comprendre. Il me paraissait alors bien autoritaire, mais la frontière de l’infranchissable servait de clé à mes fenêtres sur l’envie. J’aimais qu’il me pointe sur sa carte le passage de mes taquineries. J’aimais qu’il s’emporte à l’orée de mes excès où se nourrissaient nos échanges et planait son amour de père, objet volant mal identifié. J’aimais ses précautions devant les jeunes chasseurs qui en voulaient à mes atours. J’aurais aimé qu’il fût à moi, l’homme qui m’a grandie, qu’il fut à mes côtés dans les situations délicates qui signalaient son absence. J’aurais aimé qu’il m’apprenne tout de l’homme, et qu’il m’épargne ce temps perdu à s’abstenir d’oser par ignorance et par crainte de l’inconnu.

 

Je me suis abandonnée et l’homme m’a aimée, cet autre que j’adore et que je crois avoir choisi. Ne fait-on jamais le choix ? Croyons-nous pouvoir le faire ?

J’aurai un enfant de toi ! Et cet enfant sera mon petit homme ! Il me fera à son tour le plaisir de m’offrir un petit enfant. Du mystère, on ne saura jamais rien de plus ! Mystère !

Partager cet article
Repost0
16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 07:53

Si j’entreprends de montrer la futilité des choses, des rêves et des actes, je doute déjà de l’utilité d’une telle entreprise, ressentie plus en réflexion perdue qu’en acte résolument impossible. Mais le désengagement me serait plus douloureux encore que l’engagement parfaitement inutile à la tache de décrire ce petit rien qui nous tient tellement à cœur et nous soutient en son cœur. Chacun a déjà posé la question à un proche : « qu’est-ce que tu as ? – Rien ! »

 

Chaque mot pourtant s’avère déjà inapproprié avant d’être choisi, en désespoir de cause, - comme le laisse souvent dire notre traître inconscient - d’être choisi dans la liste des incongruités à épeler. Tant pis ! C’est encore pire de décevoir que d’être déçu ! – Je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs ! –

 

Il faut donc s’acharner, comme si c’était vivre, quitte à reconnaître la vanité de cette vie, ou, pareillement, la futilité des choses, malgré la fluidité des démonstrations. Il faut se battre pour donner à prendre, plus qu’à comprendre, que l’être humain n’est qu’une illusion, plus vite disparue qu’elle n’apparaît à la conscience. La saisir, en prendre conscience, ce n’est qu’une illusion. A la nommer « l’être humain », on lui dessine un contour, très flou au demeurant et peut-être à dessein, qui s’efface en un éclair à émietter ses sonorités jusqu’à en faire « lettre u main », ce qui souligne toute notre candeur à nous accrocher aux phonèmes pour tout expliciter jusqu’à l’illusoire indécence de l’illusion même.

Car, oui, elle témoigne de l’indécence, notre capacité à bâtir du sacré sur d’illusoires contours mal ébauchés, encore moins ébavurés. « L’être humain, c’est sacré ! » Hum ! L’autre peut-être, encore qu’il soit difficile de le définir sans tomber dans l’incommensurable bêtise de penser l’autre en se croyant soi ! Que l’autre soit, et je suis ! J’en doute !

Réflexion faite, et donc en soi totalement dépassée, l’animal précité serait bien le seul à se croire. Et qui plus est à se croire sacré !

Quelle pauvreté de l’esprit le prévient-elle de plutôt se voir tout prochainement et inéluctablement massacré ?

 

Insanité que cette paupérisation de l’esprit ! Insoutenable décrépitude de la pensée qui n’a de cesse de panser sa lèpre en s’accrochant à ses souvenirs illuminés du Siècle des Lumières dont il embaume les seuls rots qui témoignent encore de sa survie dans le noir absolu de son non-être persuasif. Il est beau son rot comme était beau son lavabo dont le succès chanté sur les toits donnait l’échelle de la dégénérescence du soi !

Et moi – qui sait ? - je me plais à balancer la démonstration au-delà de l’absurde pour m’ensevelir avec délectation dans la vanité de ces propos dont j’aurais, au moins, et sûrement ri ! Mais si ! Ri ! Assis !

Partager cet article
Repost0
4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 03:45
Ma fille avait quinze ans. Sa dernière lettre fut préservée avec soins par mon frère Jean dans la campagne duquel je l'avais envoyée. Je la croyais plus en sécurité !




Cher père, chère mère, aujourd'hui, le 6 Mai 1942, je suis dans une situation terrible et je vous écris pour me rassurer. La petite maison de Tonton Jean et de Tante Josette se trouve au milieu d'une campagne maintenant dévastée. Hier encore, j'avais pu l'admirer sans savoir que ce serait le dernier jour. Les avions ont tout bombardé, tôt, ce matin. Et nous qui pensions que cette campagne serait épargnée.

Les bombes ont ouvert la terre sans discernement. Tout n'est que désolation. J'ai regardé par la fenêtre et n'ai plus vu un seul arbre debout. Toute la rangée de peupliers qui bordait la route est allongée dans un grand désordre et la route est elle-même coupée par un cratère. Le courant est aussi coupé. Mais il est dix heures, et j'y vois assez malgré le ciel assombri. L'oncle et la tante sont dehors pour barricader les animaux dans la grange. Nous avons encore la chance d'avoir deux bâtiments presque intactes. Presque parce que la pièce tout au Nord, la chambre d'amis que vous occupiez lors de votre dernière visite, a reçu un obus qui a ouvert le mur.
J'ai peur. J'entends les avions. Le tsf indiquait que les bombardement ont fait des dégâts énormes dans la région.
J'ai peur. Peut-être que cette lettre sera la dernière ! Je ne comprends pas pourquoi on fait la guerre. J'espère que vous êtes encore en vie sur les bords de la Marne et je vous envoie des baisers pour vous dire que je vous aime avant qu'il ne soit trop tard.

Là, un fracas énorme vient de pas loin. Les murs ont tremblés et je vois par la fenêtre un gros nuage de poussière. Peut-être que les voisins, de l'autre côté de la route ont reçu la bombe. Je voudrais sortir pour aider l'oncle Jean mais je veux finir cette lettre que quelqu'un, plus tard, vous fera parvenir. Le facteur ne passera sûrement pas. La grange ! Mon Dieu ! Tout est par terre ! Le ciel est tombé ! Le petit vent souffre l'épaisse fumée opaque vers le Nord. Pourvu que l'Oncle et la Tante ne soient pas ensevelis !
Maman, les hommes sont-ils fous ? Pourquoi tout détruire ?

Aïe ! Encore une bombe ! Sur la route ! Je ne voudrais pas rester là. Mais c'est trop tard pour sortir. Je suis prisonnière d'un enfer qui se referme sur moi. J'ai l'impression que les avions sont plus nombreux  Ca tombe de partout ! Là ! La moitié de la maison est descendue. Je ne peux pas bien respirer. Je me mets sous la table et je vais continuer à écrire malgré la peur pour que tout le monde sache. Vous, en premier ! La table est très épaisse, Vous savez, c'est l'émorme table en chêne de la cuisine, avec quatres pieds solides. C'est Tonton qui l'avait faite. Tonton que j'aime. Il n'est pas là. Ils ne sont pas rentrés. Je suis seul avec ma peur, a genoux, avec une serviette  sur le nez pour respirer. Mais la poussière commence à me dessécher la bouche. Mes narines sont bouchées, Je me mouche avec difficulté, et c'est comme du plâtre.
J'ai pensé à mettre une bassine d'eau à côté de moi et une grand seau. Je suis obligée de m'essuyer le visage. Ne faites pas attention s'il y a des taches sur la papier. Maman, comme je voudrais être avec toi. Tu me donnerais du courage ! Mais qui sait ? Vous êtes peut-être bombardés à Joinville ? Et Papa ? Peut-il encore faire sa menuiserie dans l'atelier ?

Je n'en peux plus. Le plafond s'est effondré sur la table. Elle résiste encore, mais sur trois pieds. Les vitres ont explosé. L'eau coule de partout. Mes réserves sont renversées. Je suis trempée. La poussière me brûle les poumons. Je respire encore un peu en mettant ma jupe sur le nez. Elle est moins épaisse que la serviette. Ca filtre. Mais je ne pourrai pas tenir longtemps. Les bombardiers continuent le massacre. Je vais devenir folle ! Mes yeux se collent. Je me passe la serviette trempée sur le visage. Il doit être dans un état ! J'écris difficilement. J'ai du papier et je peux mettre encore des mots.

Boum ! Encore une ! La poutre est tombée. La table pèse une tonne. A quatre pates, j'ai tout le poids sur les reins. Quelque chose écrase mes mollets. Je ne peux plus bouger les chevilles. Je ne sens plus mes pieds. Du sang se mêle à l'eau. Je peux encore mettre une feuille sur un bout de bois pour qu'elle ne se trempe pas.
Je n'entends plus les avions. Ca pèse. Je crois que quelqu'un vient. Des pas !

- Il y a une jeune fille la dessous. Coupez la poutre... A la hache, tant pis... Vous n'avez pas de passe-partout ?
- Non ! Il est sous les décombres de la grange. Vite ! Taillez ! Calez ici pour que les coups ne lui soient pas fatales !

Je reconnais la voix de l'Oncle. Il sait que j'aurai eu l'idée de me glisser sous la table. On en avait parlé.
Que cette lettre puisse vous parvenir ! Je n'en peux plus.
Qu'il n'y ait plus jamais la guerre !
J'étouffe.
Des pierres tombent tout autour. Des tuiles. Des chevrons. Papa m'avait bien expliqué.
Je crie.

- Je suis là !

J'étouffe.
J'arrive de plus en plus mal à respirer.
J'ai mal dans tout le bassin.
Mes fémurs résistent encore.
Mais je crois que je perds beaucoup de sang.
Ca cogne.
Ils font ce qu'ils peuvent !
Baisers.
Baisers.
Je vous aime.



Baisers.__________________________________________________________________________
Partager cet article
Repost0
26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 21:55

Il pleut !

L’important n’est pas de savoir qui, ni quoi !

Il pleut ! C’est tout !

Un dimanche de pluie, en Provence, sans soleil, le jour du repos !

Il pleut !

Sortir ? C’est la barbe ! S’habiller pour ! S’habiller parce qu’il pleut ! Mais qui commande ? Jour ennuyeux pour qui n’aime pas quand il pleut, pour qui préfère quand il rit, ou chante ! Se prendre au plaisir de pester, de se plaindre, de penser que ce serait mieux s’il ne pleuvait pas ! Mais on n’en sait rien !

Peut-être qu’il neigerait !

Peut-être qu’il soufflerait un vent terrible ! Mais au moins, là, on saurait qui souffle ! Même si le vent n’a plus qu’un seul nom depuis le nivellement par le bas du beau parler notre langue ! On dirait : il fait Mistral ! Et quand on ne sait pas, on dit que c’est le vent d’Est ! Tiens ! Justement, celui qui nous porte la pluie, en Provence !

 

Pester ! Ca occupe une bonne partie du temps ! Râler, c’est comme bénir ! Il ne faut pas beaucoup d’énergie pour pratiquer cette activité de manière à se satisfaire joyeusement, et le temps passe plus vite ! Parfois, on se demande s’il est nécessaire de faire passer le temps ! Et puis, le faire passer où ? C’est alors que l’idée vient de la faire passer par un trou. Et pour cette opération délicate, il convient de trouver un trou.

 

Le trou, chacun le sait, pour l’avoir eu quelque fois, que c’est très personnel. Là, une des grandes difficultés tient au fait qu’il n’est pas toujours possible de se faire comprendre quand on veut en parler. Il ne suffit pas de déclarer avoir un trou pour que l’interlocuteur, interloqué, saisisse bien le sens de cette affirmation. Tenter de l’expliquer devient un véritable labyrinthe dans lequel tout le monde se perd, comme dans un espace manquant de tout, sauf de trou, justement. Dans le trou, en effet, il n’est guère possible de découvrir un autre trou.

Mais, tout de même, c’est désolant de constater que mon partenaire, celui qui est présent, auquel je parle de mon trou, se met à rire bêtement, comme d’un rire nerveux pour éviter je ne sais quelle mauvaise interprétation de ma part à son incompréhension. L’imagination, pourtant, suffit à nous faire voyager ensemble dans un monde où le trou par où passe le temps serait comme peint en bleu nuit, avec quelques touches de turquoise plus claires pour accélérer son mouvement. On le voit passer ! C’est plaisant ! On imagine même que de râler avec conviction permet de le faire passer plus vite encore.

 

Dehors, il pleut ! Dedans, ça passe à une vitesse folle ! J’ai tout de même l’impression d’avoir tout le temps ! Je flâne, je râle, je cuisine, je rêve tout éveillé, je prépare quatre légumes que je ferai revenir comme un illusionniste sur la plaque bien chauffée, je boucherai le trou qu’il nous plait d’appeler « petit creux » autour de la mi-journée de pluie. Je me demande par quelle illusion j’ai tout mon temps, encore et encore, alors que je fais tout pour le faire passer dans le trou ! J’aurais voulu jardiner mais ce n’est pas utile d’arroser. Quel temps gagné sur mon emploi du temps ! Je suis en avance. C’est ce qui me donne cette impression d’en avoir encore plein. Et le temps, ça compte ! Pour certains, c’est de l’argent ! Les pauvres ! Je comprends qu’ils n’aiment pas les trous !

 

Il pleut ! Pour avoir le plaisir de râler plus et mieux, je vais sortir ! En même temps, je vais vérifier si les autres se promènent dans leur labyrinthe, à la recherche de ce qu’ils perdent.

Partager cet article
Repost0
9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 07:51

Je ne cherche pas l’émotion, elle s’exprime comme venant d’ailleurs, d’un écran imposé, ou d’une projection involontaire, elle s’infiltre par des intervalles mystérieux qui s’ouvrent sur quelque profondeur insondable de mon être dont je ne sais rien d’autre, sinon que l’émotion l’inonde quand il ne sait comment la contenir. Est-elle plaisir, est-elle rassurante, est-elle preuve de vie ou de ce que certains nomment authenticité sans y accorder le moindre soupçon d’illusion, est-elle désirable comme l’enrichissement d’un partenariat permanent, hormis  toute question sur la subjectivité des choix qu’il modifie, est-elle haïssable à se faire source de bonheur éphémère ou de malheur parfois suave et exquis, d’autant qu’elle se dresse en dictat de la bonne « vivance » (horrible mot très mode !) de sa vie de co-humain, est-elle enfin un simple leurre qui nous offre la sécurisante impression de vivre pleinement sa vie, alors que probablement chacun vit, par procuration, la vie de quelqu’un d’autre, sans jamais le savoir de façon assurée ?

La grande déception, pour quelques uns, ou le grand bonheur, pour d’autres, c’est d’apprendre dans la force de l’âge, avec ce doux équilibre que donne la satisfaction d’avoir réussit, (on ajoute souvent « pas trop mal » !), maison, famille, boulot, sa petite organisation précaire ou pérenne suivant le degré d’appréciation du petit monde concentrique qui réchauffe la solitude, c’est d’apprendre, disais-je à cet endroit, que cette réalisation épanouissante n’est autre que la concrétisation des envies ou des ambitions de l’un des parents, voire des deux, sur des modes différents. « Tu as réalisé ce que j’aurais toujours aimé être capable de réaliser. » Qui n’a entendu cette phrase de l’aïeul, convaincu de son bien fondé ainsi que de l’affreuse certitude qu’il manifeste de renforcer le degré de satisfaction de sa digne progéniture, sans se douter une seule fraction de seconde de l’impact dévastateur de ces quelques mots, dans la mesure où ils remettent en cause toute une vie d’efforts pour réaliser ce que souhaitait finalement réaliser quelqu’un d’autre que soi. Eh oui ! Je suis devenu responsable de mon entreprise d’expertise comptable alors que mon objectif premier, celui dont je me souviens le plus, était de devenir explorateur et anthropologue ! Eh oui ! Me voici charpentier architecte en ayant renoncé à ma carrière de musicien du monde ! Eh oui ! Me voilà cantonnier, le vieux rêve de mon grand-père ingénieur, alors que ma vie devrait être la vie de pilote d’hélicoptères !

        On le voit, le plus gros des efforts, c’est la frustration, celle que toute société privilégie pour se préserver d’éclater en morceaux, cette frustration dont elle fait toute sa fierté à l’ériger comme seul chemin vers la stature d’être social selon, ses ambitions réfléchies. (Peut-être !) La frustration se dresse comme porte solennelle d’entrée dans la ville de toutes les merveilles sociales où seule une poignée de fortunés, (au sens de chanceux), auront le privilège de ne pas savoir qu’ils obéissent à des maîtres invisibles qui dominent à jamais sur toute leur vie. Qu’ils soient heureux, ces innocents dont la seule certitude se résume à penser qu’ils n’ont que le juste retour de leur travail assidu et la récompense méritée de tous leurs efforts ! Quant aux autres neuf dixièmes qui restent sans réussite, qu’ils soient heureux de jouir simplement de leur activité, laquelle s’appelle travailler.

L’émotion est-elle bien celle que je suis à même de ressentir au moment où je prends conscience de n’être pas moi, n’est-elle pas justement ce leurre qui fait croire que je suis bien moi ? Ne pourrait-elle pas bouleverser l’être qui ne s’est pas encore constitué en tant qu’être propre, si un hélicoptère par exemple fait des arabesques dans le ciel sous la maîtrise de son pilote alors que le cantonnier que je suis n’a rien d’autre à organiser que le ramassage des feuilles d’automne ? Ne me comblerait-t-elle pas d’aise à contempler le tas de feuilles alors que mon être ne rêve que du pilotage ? Personne n’oserait s’avancer à prétendre autre chose que l’émotion vient d’ailleurs et que rien ne permettra jamais d’assurer qu’elle est propre à chaque être. La raison en est que l’être n’est pas assuré d’être ce qu’il devrait être. Il y a autant d’émotion à écrire de la poésie en prose, dont la seule musique nous berce, qu’à se laisse saisir par l’Héroïque de Beethoven. Qui sait ! Deux facettes émues d’un même moi !

Partager cet article
Repost0
14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 22:39

 

 

 

Gémissant à la porte de notre amour, je frappe mon âme d’une jalousie flamboyante comme le feu saisit le fer d’une forte braise claire. Ma blessure béante, pourpre et sang, rythme en syncopes les battements irréguliers de mon être abattu.

 

      A te percevoir dans le mouvement éperdu de ce dernier tango, telle une méduse souple et frémissante dans un bleu profond, détaché du fracas des regards enivrés de nos convives étonnés, j’ai laissé poindre la colère sur mes tempes rougies. J’ai bousculé nos amis musiciens pour qu’ils cessent de t’envoûter par leur danse maudite. J’ai ramassé la fine écharpe de tulle mauve échappée de tes épaules nues. J’ai saisi durement la main frêle que tu m’as donnée. J’ai tiré brutalement ton bras, ton bras si blanc, jusqu’aux longs murs sombres du jardin assoupi.

 

    Le soir s’étendait sur les ombres, lianes tourmentées. Ton corps échauffé, pressé par ces mains frémissantes que je sentais sauvages, se tordait comme un serpent rageur, pris au piège d’une passion terrifiante. Te serrant, te désirant couler dans mes veines, tes lèvres miennes, uniquement miennes, je te fis vénus, follement nue, de tout bord enlacée, noyée d’ardentes caresses, blanches comme ta peau.

       Emporté par l’amour jaloux, je te baignais dans l’herbe humide. Mon amour, mon opale, ô toi seule qui vibrait au froissement de nos heures intimes !

 

     Comme je redoute ces vies sans toi, éteinte à jamais sous mon étreinte pourpre et noire ! Brûlante comme les étincelles de ton regard accusateur, tu hantes mes jours captifs dans cette cache de mort où se fermeront mes yeux accablés sur un cœur délavé.  
Partager cet article
Repost0