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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 17:04

Octobre 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Le tracé du grand mur de l’apartheid se précise de jour en jour à Marseille. Les habitants du Boulevard Dahdah furent délogés dans les jours derniers, et tous ceux des rues citées plus loin le seront bientôt. Ils ont reçu les avis préfectoraux, avant-hier et découvrent ensemble l’horreur de la construction que l’occupant appelle le mur de sécurité, et l’horreur de chacune des situations familiales qui en dépend. Boulevard Leccia, Rue Raymondino, Boulevard Boyer, Rue Séry, Rue Sainte Victoire, Avenue Bellevue, Avenue Edouard Vaillant, Traversée sous l’Autoroute Nord, Rue Auphan, Rue René Cassin. Telles sont les zones expropriées afin de permette au mur de rejoindre l’Avenue Roger Salengro.

 

Il ne vous a pas échappé que le Téâtre Toursky sera intégré à la bande de Paca, et plongé de fait dans l’espace de non droit créé par le pouvoir dans la seule perspective de mâter les terroristes qui s’y trouvent. Toute subvention lui est supprimée, et dans cette première soirée de résistance, où se sont rendus tous les sympathisants du quartier comme tous les amis de Marseille qui prétendent que Marseille sans le Théâtre Toursky ne serait plus Marseille, dans cette soirée spontanée, il est arrivé ce que nul encore n’avait pu imaginer.

 

Sous les applaudissements nourris d’un auditoire au complet, quand la salle était bien chauffée après ces trois heures de prises de paroles improvisées, des cris déchirèrent coulisses et hall d’accueil qui mirent fin brutalement aux effusions de joie. Des coups de feu rabattirent l’ambiance festive au rang de l’horreur et de la stupeur commune. Des hommes et des femmes armés et cagoulés firent irruption dans les gradins et simultanément sur la scène, menaçant d’abattre le moindre participant en mouvement, et maîtrisaient en premier l’ordonnateur des réjouissances et le leadeur de la contestation, tous deux engagés dans une grève illimitée de la faim. Ils ordonnèrent de vider les poches et les sacs pour confisquer toute clef, tout portable ou carnet d’adresse qu’ils entassèrent dans de grands sacs et séparèrent les femmes des hommes. Sur leurs brassards, un logo rouge sur fond blanc avec ces quelques lettres brodées de fils d’or : Section Spéciale d’Intervention Anti Terroriste, S.S.I.A.T. abréviation dont la seule sonorité laisse perplexe. Nous apprendrons plus tard, qu’il s’agissait d’une milice spéciale d’anciens Marins Pompiers retraités de leurs services respectifs, mais encore prêts pour toute intervention musclée et rapide en milieu urbain. (Moyennant salaire attractif !)

Beaucoup de résistants étaient venus à pieds ou en vélo depuis l’autre bout de Marseille. Mais quand toutes les femmes furent serrées dans un tiers du théâtre, les hommes furent transférés, un par un dans les fourgons qui s’étaient engouffrés dans la traverse Léo Ferré. Ils ne sont toujours pas sortis de prison !

Les femmes, par contre, furent enfermées dans les locaux que la milice a pris soin de fermer avec chaînes et cadenas bien dimensionnés. Avant de partir, en saisissant les vélos dont ils pourront toujours tirer quelque profit, ils prirent un malin plaisir à jeter quelques grenades lacrymogènes dans l’enceinte afin de prolonger la stupeur des prisonnières.

 

France Invest raconte les faits dans son journal du matin.

« Dans la nuit, la grand messe des terroristes acharnés fut interrompue sans effusion de sang. Les plus intellectuels de la ville de Marseille, réunis pour préparer la lutte armée contre le gouvernement, s’étaient en effet spontanément rassemblés au Théâtre Toursky pour un vibrant hommage à leurs leaders engagés dans une grève de la faim. Les hommes furent emprisonnés et les femmes sommées de passer la nuit dans les lieus pour éviter qu’elles ne risquent l’agression nocturne sur le chemin du retour vers leur foyer, et pour éviter qu’elles ne dérogent aux règles de couvre-feu.

 

L’armée d’occupation s’est montrée magnanime en faisant appel à la S.S.I.A.T. milice spécialement formée pour ces interventions surprises qui n’ont jusque là jamais fait de victime grave. Seulement deux femmes diabétiques ont eu plus de peur que de mal en vivant un petit malaise auquel leurs comparses d’une nuit mirent fin très rapidement. »

 

On se demande jusqu’où pourraient aller les forces d’occupation dans la course contre les intellectuels et dans la démarche de destruction de la culture !

 

 

 

 

 

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:56

  Septembre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Des chars sont alignés tout le long du Prado. Cela ne laisse présager de rien de bon ! Depuis le David, jusqu’au Rond Point, ils occupent le beau milieu de la chaussée tandis que des transporteurs blindés se serrent sur les bas côtés. Très ordonnée, la colonne Sud, côté Saint Giniez, Borely, libère ses troupes qui forment une barrière ininterrompue sous les arbres du trottoir, soldats en arme, prêts à tirer. Côté Nord, côté Paradis, les soldats s’engagent dans les rues, Rue des Mousses, Rue des Riantes, Boulevard de Tunis, Avenue de la Cadenelle, Rue Paradis, Rue Jean Mermoz, Avenue Gabrielle, et mettent en joue tout ce qui bouge. Mais dans le même laps de temps, les habitants se sont terrés chez eux.

Ce n’est pas un quartier populaire bien que la précarité commence à s’y installer à cause du blocus des denrées et de l’énergie. On ne remarque plus aucune voiture en stationnement, et les immondices ont pris leur place le long des trottoirs. Les autorités ne dépensent plus rien pour enlever les déchets depuis plusieurs années. Et la seule solution reste le feu que les riverains n’hésitent pas à allumer pour faire fuir les rats et brûler les ordures. La bande de Paca se trouve dans un état de délabrement et de crasse comme elle n’a pas connu depuis la peste.

 

Cette journée sombre d’une saison peu ensoleillée, en cette mi-novembre, s’annonce mal. Les soldats frappent aux premières portes de chaque rue, à gauche et à droite. A l’ouverture de celle-ci, ils s’engouffrent par groupe de quatre et font sortir les hommes que d’autres soldats plaquent contre les façades, en les poussant avec la pointe du fusil mitrailleur. Quelques hommes sont encore en pyjama. Des cris d’enfants et de femmes transpercent les vitrages. Ils prennent des coups tandis que les hommes sont tenus de rester immobiles. Mais l’humiliation ne s’arrête pas là. Les fenêtres s’ouvrent et les soldats s’amusent à jeter dehors les vêtements de ceux et celles auxquels ils imposent la nudité. Ils jettent les sous-vêtements des femmes pour montrer leur toute puissance. Sur le trottoir, un homme n’y tient plus. Il bouge. Il est abattu. Deux balles dans la tête !

Le même scénario se déplace dans l’immeuble voisin. Puis au prochain. Les hommes humiliés n’osent plus bouger sous les sarcasmes et les éclats de rire des soldats. Ils « travaillent à la sécurisation des rues » et se trouvent à la dixième porte sans qu’aucun homme n’ait encore bougé, craignant d’être descendu comme un chien. Il faut que les femmes viennent ramasser leurs vêtements dehors pour que les hommes comprennent qu’ils ne risquent plus rien. Ils s’engouffrent alors au plus vite à l’intérieur et referment leur porte, avant d’affronter la honte et l’échange des regards d’incompréhension qui s’estomperont lentement dans les silences pesants. Ensuite, ils tenteront de réparer les dégâts, matériels et psychiques.

 

C’est Abdu qui m’a raconté ces scènes en soulignant combien leur organisation était machiavélique. « Pour que l’occupé sente qu’il est sous occupation, il faut l’occuper au point de lui trouver des occupations. » Il me dit qu’un soldat se répétait sans cesse la phrase qu’un supérieur lui avait demandé d’apprendre par cœur. Mais là-bas, les incursions se déroulent très souvent pendant toute la nuit.

 

 

 

 

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:50

Septembre2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Malika rentre à la maison, fatiguée, vieillie même après deux ans de prison quelque part dans un lieu tenu soigneusement secret par les autorités du pouvoir. Trois femmes furent déposées au Cinq Avenues, un matin tôt pour que personne ne puisse apercevoir la limousine aux vitres teintées qui les abandonnait.

Leur marche n’est pas très assurée. Il semblerait que leurs membres soient endormis par un manque de mouvements prolongé. Elles se soutiennent mutuellement et descendent le Boulevard de La Blancarde, pour se rendre chez l’une d’elle. « Je ne sais pas ce que je vais trouver chez moi, dit-elle, mais j’aurai plaisir à partager quelque chose à boire avec vous, pour notre liberté retrouvée. »

 

Dans leurs yeux, une lueur de curiosité brille sur la profondeur d’une teinte de sombre et de mort. Ces yeux en ont trop vu ! Et ce n’est pas la lumière ou les contrastes pâles des pièces sans soleil qui ont détruit les regards, ce ne sont pas les couleurs ou le noir, mais bien les horreurs et l’humiliation des traitements qui ont retourné leurs yeux. Avec peine, Malika retrouve le numéro trente huit du Boulevard, et sonne trois fois, comme avant. Bien qu’il soit tôt, en cette matinée semblable à toutes les autres, pour le mari et les enfants. La porte s’ouvre rapidement. L’homme fond en larmes. Les jeunes dorment encore. Lui ne dormait pas, comme s’il sentait que la journée serait différente.

 

Les trois femmes se ressemblent, dans leur triste délabrement, cheveux abandonnés longs et gris, abimés comme des cordages abandonnés sur des visages vidés de leurs humeurs, masqués de la pâleur de leur peau déshydratée. Malika s’avance. « C’est moi ! » Oumar lui tend les bras et force doucement la tête de cette revenante sur son épaule. « Nous n’avons pas bronché, pour qu’il ne t’arrive rien de pire. Mais deux ans, c’est long ! » Il prend maintenant le visage dans ses deux mains et murmure : « nous allons te soigner et t’entourer pour que tu revives. Venez boire un peu d’eau. Peut-être une petite cuiller de miel vous ferait du bien ? »

Les femmes tentent de s’asseoir sur les coussins mais préfèrent le tapis. Elles boivent en silence en dégustant chacune des gorgées comme des friandises. Il faut un long moment avant que Malika ne prononce quelques mots. « Laisse les enfants. Je serai là pour leur réveil. Je sais bien que les jeunes font la grâce matinée, surtout quand ils sont désœuvrés. »

Quelques minutes plus tard : « Oumar ! Ne m’en veux pas ! Mais j’ai dû subir tant de regards humiliants que je doute même de ton propre regard ! S’il te plait, ne me regarde pas trop comme une bête que tu n’aurais jamais vue. Pendant un temps, je serai peut-être distante, mais ne crains pas, je me rapprocherai doucement. J’ai tellement appris à me protéger de l’homme que j’ai l’impression que tu vas me faire mal. Sois patient, Oumar ! »

 

Malika pleure, ses compagnes d’infortune l’accompagnent et les sanglots gagnent jusqu’à l’homme qui ne sait plus quoi faire ! Tous pleurent et bientôt sourient alternativement, et pleurent encore. Mais pourtant, de la joie se répand au milieu des larmes, tristesse et joie se tressent en sanglotements de plus en plus distants, et les sourires parviennent à illuminer les visages.

 

Oumar, enfin détendu, leur fait cette proposition : « Je désire vous voir bientôt rayonnantes et je vous propose de chauffer un peu d’eau pour que vous puissiez apprécier une bonne toilette, et que vous preniez soin de vous. Prenez tout votre temps ! »

 

Quand les enfants se réveillent, leur mère s’est faite plus présentable et les embrassades font la joie des heures qui suivent. Il n’y a pas grand-chose à manger, mais cette joie nourrit les cœurs. Malika ne parlera pas de la prison avant longtemps, et Oumar ne découvrira les horreurs que petit à petit, sans jamais oser demander quoi que ce soit, pour ne pas risquer d’être maladroit.

 

Quand je parlerai des prisons avec Ahmed, des mots resteront coincés au fond de sa gorge. Il finira pas m’avouer que l’arbitraire fait la règle auprès de détenus innocents par milliers. Il me dira que certains meurent sous les tortures avant même de savoir les motifs de leur incarcération. Il me dira que toute visite étant interdite pour la plus part, ce sont des prisons de l’oubli, dans lesquelles des êtres parfois attachés subissent la pire des humiliations quotidiennes, celle de ne plus exister pour personne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:39

  Septembre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

 

Un territoire occupé ne pose problème, dit-on, qu’à ses habitants, occupés, ceux dont les interdictions de multiplient sans cesse afin qu’ils comprennent qu’ils n’ont plus le droit de vivre sur leur propre terre, dans leurs propres biens.

 Mais la situation pose beaucoup de problèmes aux occupants. Certes ils ne sont pas du même ordre, néanmoins, le problème majeur de l’occupant tient au fait que le maintient de la situation lui coûte très cher, de plus en plus cher. Il arrive un point délicat où l’occupant fait face à un dilemme, c’est quand il n’y a plus rien à piller chez l’occupé, c’est au moment où l’occupé est tellement privé de tout qu’il n’a plus les forces pour travailler, quand l’occupé n’existe plus sauf dans les camps de réfugiés ou dans les pays où il s’est fait accueillir. Ce moment de l’histoire est celui où l’occupant ne peut que constater son échec et découvrir qu’il est impossible d’effacer toute trace de vie au point que la mémoire même serait anéantie.

L’occupant sait alors qu’il aura des comptes à rendre à la communauté des hommes, il sait que ses efforts pour maquiller la vérité auront été vains. Il sait que ses amis d’hier seront devenus ses ennemis d’aujourd’hui. Il sait que son œuvre de destruction, même vouée à l’échec doit se poursuivre parce qu’il s’est engagé sur une voie sans retour. La marche arrière n’est plus possible et, dans les années prochaines, quand des survivants prendront la parole, il devra se cacher ou mourir. La condamnation anticipée le condamne à poursuivre ses exactions. Ayant passé une certaine avancée sur le chemin de la honte, il ne peut plus reculer. Quand l’occupant se défait, les générations nouvelles ne comprennent plus l’histoire et subissent les haines rétrospectives, sans possibilité d’y échapper.

 

La bande de Paca ne sera jamais anéantie, quand bien même trois cent mille morts joncheraient ses rues et boulevards.  De nombreux résistants vivent cachés dans les territoires libres. Beaucoup sont réfugiés dans des camps de fortune où les cœurs, sans rancune, ont appris à vivre de peu, et à tisser des liens de solidarité qu’aucune arme ne peut faire exploser. Même à Oslo, même à Stockholm, même à Moscou, même à Montréal, des sympathisants soutiennent les réfugiés de la bande de Paca. L’armée d’occupation ne sera jamais libérée du poids de ses actes et les pouvoirs financiers qui ont organisé l’oligarchie européenne ou mondiale seront déchus et traînés devant la justice internationale.

 

Tous les empires se sont succédé. Il en sera de même de celui-ci.

 

Je parle de mon utopie avec Abdu, mais il me répond quelque chose qui me sidère. « De nos jours, dit-il, l’évolution de l’histoire s’accélère selon une courbe exponentielle. Les moyens mis en œuvre pour conquérir le monde sont tels qu’ils sont inexploitables.

A quoi servirait de conquérir un monde détruit ?

La seule guerre qui ait encore pignon sur rue, c’est la guerre des manipulations médiatiques. Les enjeux sont tellement considérables que les options géopolitiques peuvent se modifier en l’espace de six mois, ou un an. A la moindre erreur, un pays se voit mis au ban de la communauté internationale. C’est la règle. Elle est malheureusement confirmée par une exception dont nous savons qu’il en va de la survie de toute la planète, symbolisée par l’instabilité maintenue dans cette région du monde que nous appelons le proche orient. »

 

Si j’ai bien compris, la guerre froide est terminée, mais la guerre idéologique ne fait que commencer.

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:30

Septembre 2009


L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Grande expédition punitive dans le quartier de Sainte Marguerite ! Une maison sur deux ont été saccagées par les soldats de l'armée d'occupation. Tous les hommes de l'avenue Charles Fabry sont alignés sur la chaussée, accroupis, le mains sur la tête, depuis six heures ce matin. Femmes et enfants ont été enfermés dans des garages, à proximité. Les soldats ont eux-mêmes tourné les clefs dans les serrures. Quand un homme donne des signes de lassitude ou change de position, il est roué de coups. S'il ne reprend pas sa position dans les meilleurs délais, il est embarqué. Sa maison est fouillée selon l'expression de l'armée. Les objets de valeur disparaissent, les bijoux et les quelques économies dont il a fallu chercher la cachette en vidant tous les tiroirs, en éventrant tous les matelas et coussins, en allant même jusqu'à dé-sceller les carrelages de la cuisine ou de la salle d'eau avec des pieds de biche.
Non contents des dégradations dont ils se réjouissent, les soldats souillent tous les tapis et fauteuils de leurs excréments, pissent dans le réfrigérateur qui déjà ne contient pas grand chose vu les coupures intempestives de courant. Ils tirent des coups de feu dans les lustres et dans les tableaux, cassent tous les carreaux des fenêtres et arrachent les tentures qu'ils prennent un malin plaisir à découper en lanières.
Un homme ne peut garder sa posture parce qu'il a déjà reçu une balle dans le genoux droit. Il se lève donc, et tente d'expliquer par gestes son handicap. Il est froidement abattu de deux balles dans la tête.
L'armée communiquera sur le sujet ! Dans le journal du soir, elle précise qu'un enquête sera ouverte pour connaître exactement les circonstances de cette "légitime défense". Chacun sait que les résultats de l'enquête sont déjà rédigés.

Un terroriste a voulu s'opposer aux forces de sécurité.

Dans la famille Sarahoui, dont certains proches habitent cette avenue, on s'est précipité jusqu'à l'Hôpital de la Conception, pour attendre les ambulances, parce que les expéditions de ce genre font toujours de nombreux blessés parmi les civils. Aucune ambulance n'est arrivée dans la soirée. Femmes et enfants sont toujours enfermés dans les garages. Ils n'ont ni eau, ni de quoi manger, depuis déjà vingt longues heures.
Le lendemain, toujours rien avant douze heures. Les ambulanciers expliquent qu'ils ont eu l'ordre de rester stationnés dans la cour de l'Hôpital Sainte Marguerite. Et depuis six heures du matin, après avoir recueilli certains blessés, ils sont bloqués au contrôle du Prado et viennent d'être autorisés à passer.
Quatorze morts, dix huit blessés très graves, les enfants et les femmes ont été libérés dans la matinée après trente heures, debouts, entassés dans les garages, sans aucun soin. Une enfant diabétique est retrouvée décédée. Treize ans.

Abdu soutient que la situation n'existe pas seulement dans la bande de Paca.
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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:20

  Septembre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Les tirs d’obus ont fait plusieurs victimes, Rue Sainte. Un jeune homme brandissait un fanion sur lequel se détachaient les armoiries de la ville de Marseille et son inscription mémorable : Actibus immensis urbs fulget Massiliensis (La Ville de Marseille resplendit par ses hauts faits). Fanion qui témoigne assurément de la fierté de Marseille qui sortit victorieuse sur la peste comme en témoigne le lion armé du caducée, et le taureau sur la gauche de l’impression armé d’un trident comme le fameux Neptune, Dieu de la mer dont la charge est de remettre les navires sur les flots après leurs naufrages.

Son innocence le poussait à narguer les envahisseurs qui n’ont pas hésité à tirer dans les façades, depuis la Rue Breteuil, et la mort est venue frapper le jeune homme de seize ans dont les questions sur la vie n’avaient par de réponses. Il semblerait que les pourparlers de paix débattus en haut lieu et relayés par les médias plus vite qu’ils ne seront jamais signés, précèdent presque toujours ces incursions sauvages que l’armée d’occupation organise afin de justifier qu’une paix est impossible, dans les circonstances actuelles où de très nombreux « terroristes » se fondent dans la population civile.

 

Sofiane est mort. Sa famille voudrait quitter la ville. Mais qui achèterait un appartement au premier étage du numéro 41 de la Rue Sainte, immeuble dont la façade menace maintenant de s’effondrer ? Même la Pharmacie n’est plus qu’un tas de ruines, et les hommes tentent à mains nues de rétablir un passage, au moins pour les piétons.

 

Le nombre de Marseillais qui suivent maintenant le cortège est impressionnant. Le corps du jeune homme est porté sur un brancard, à hauteur des épaules et son fanion blanc tranche sur la grande toile rouge que l’enfant aimait à garder sur son lit. Il disait toujours à sa mère, c’est la couleur de la vengeance. Mais elle ne l’aimait pas. Pour elle, la couleur du sang lui ressemblait trop, ce qui ne l’empêchait pas de respecter les choix de son fils.

Quatre vaillants hommes le portent d’un pas religieux. Ses sœurs aînées suivent en pleurant, soutenues par les amis du quartier. Beaucoup de réfugiés du parking Montgrand sont venus pour participer à cette marche silencieuse. Le père aurait voulu que des journalistes couvrent cette marche pour dénoncer les crimes de guerres de l’armée d’occupation. Mais leur absence est criante.

 

Ils vont se rendre jusqu’à la Plaine après avoir monté la Rue d’Aubagne, traversé la Place Notre Dame du Mont, rejoindront ensuite la Rue Saint Pierre et passeront le quartier sensible de la Timone, non loin du cimetière.

 

Quand ils souhaitent traverser le Boulevard Jean Moulin, axe de circulation réservé à l’élite dont les 4X4 sont blindés, les gardes du barrage de contrôle, sans sommation, tirent sur le cortège et blessent plusieurs personnes. Pourtant, rien ne ressemble plus à un cortège funèbre que celui-ci, devenu en une fraction de seconde, une marche vers l’horreur. Certains s’allongent, d’autres portent secours aux blessés, la mère du petit se couche sur le cadavre. Des cris et des hurlements attirent des riverains, mais les soldats tirent encore, certains en l’air, mais d’autres non. Ils appellent cela une méthode de dissuasion. Six morts ! Treize blessés graves !

 

Les renforts militaires débarquent sous les sirènes et les bruits de moteur. Un hélicoptère tourne déjà au dessus du carrefour. Chacun se disperse, en traînant bien souvent un blessé qu’il pense pouvoir sauver. L’armée se saisit du corps du mort, après avoir brutalisé la mère désespérément accrochée à son fils.

 

Un militaire déposera trois jours après une lettre dactylographiée sous l’entête de la Préfecture, au 41 Rue Sainte.

 

« L’armée n’autorise aucune agression contre ses barrages de contrôle et se doit néanmoins de vous annoncer que votre fils fut dignement enterré dans le carré numéro sept sous le matricule 18523, après autopsie légale. »

 

Chacun sait que les organes du jeune homme lui ont été enlevés.

 

 

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:00

Septembre 2009

 

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Le boulevard Dahdah doit être entièrement détruit. C’est une fuite des services de l’armée d’occupation qui propage cette rumeur. Le mur de séparation passera par là. Il remonte des Chartreux et coupe l’Avenue des Chutes Lavie au Boulevard Léglize après avoir passé de la rue Labry jusqu’au Boulevard Honoret. Les maisons devront être évacuées sur ordre de la préfecture, mais nul ne sait quand.

 

Le quartier est en guerre. Certains disent qu’il vaut mieux les indemnités qui aideront à partir, d’autres ne voudront jamais quitter leur maison familiale. Et puis, il y a ceux qui disent que ce n’est qu’une rumeur. Certains leur répondent que cette pratique de manipulation des esprits sera toujours très efficaces, parce qu’on ne parle que de ça, ce qui prouve que tous ont déjà entériné le fait qu’ils devront partir un jour ou l’autre. La machine est en route, personne ne pourra l’arrêter. Le tracé du mur est déjà dans les cartons et les pouvoirs financiers ne font jamais marche arrière, sauf à leur prouver qu’il y a plus à gagner autrement.

 

Romain habite Boulevard des Chutes Lavie, au 26. Il n’envisage pas du tout de vivre avec le mur de l’apartheid devant ses yeux, plein sud. En hiver, je n’aurai même plus de soleil, avec leur mur de neuf mètres, et l’été, le soleil donnera en plein pour chauffer encore plus avec la réverbération.

 

Mais Serge lui coupe violemment la parole. Tu ne penses qu’à toi. On s’en fout de tes dérangements. Pense un peu à tous ces gens qui devront partir juste avant de voir leur maison détruite. Pense à ces familles qui recevront une misère pour les dédommager de leur expropriation. On leur dira c’est à prendre ou à laisser. De toute façon, le mur passera par là ! Et puis, tu vas voir ! Leurs chars vont passer par ici, dans le plus grand des hasards. Ils prétexteront des caches d’armes, ou des repères de terroristes. Ils tireront des obus pour éventrer les façades afin de diminuer le montant des compensations. Quand tout sera à moitié en ruine, quand la moitié des habitants auront déjà fui, le problème des indemnités ne sera plus très important. Les familles auront tout perdu.

 

Où t’as vu ça ? Aucun pouvoir n’a jamais organisé de telles démarches machiavéliques sur des habitants pleinement dans leurs droits.

 

Et si, malheureusement. C’est ce qui se passe tous les jours. La bande de Paca ne sera pas une exception. Pour que les gens ne soient plus dans leur droit, il suffit de modifier la loi. De simples ordonnances très ponctuelles et très locales suffisent à supprimer tous les droits. Tu penses bien que les pouvoirs financiers ne se soucient guère des méthodes. Pourvu qu’il arrive à ses fins, peu importe les moyens. Et puis les chars, ça n’a pas besoin d’ordonnance. Il suffit qu’il y ait des ordres. Le pouvoir est toujours dans son bon droit. Il doit faire régner l’ordre, ce qu’il accompagne de propos très pédagogiques : c’est pour le bien de tous et surtout pour leur sécurité.

 

On n’en est pas là ! Ce ne sont que des rumeurs !

 

Le seul problème, c’est que les rumeurs, ça occupe. Et rien que ça, ça va dans le sens de l’occupant.

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 15:38

  Septembre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

A tous ceux qui disent ne pas savoir, je laisserai cette lettre afin qu’un jour ils puissent la lire. Je suis une petite fille de treize ans. Mon nom est Mélissa Aiech.

Mon petit frère vient de revenir à la maison, dans le quartier de Saint Loup, Boulevard des Marronniers. Il s’est fait prendre par des soldats parce qu’il lançait des pierres sur les camions militaires, et nous ne l’avons pas revu pendant une année entière.

Mon frère ne parle plus. Nous fêtons aujourd’hui son anniversaire. Il a dix ans. Il pleure tout le temps et se tient debout très difficilement tellement il a mal aux jambes. Tout en bas, sur les chevilles, il garde de vilaines traces des cordes qui le tenaient attaché aux anneaux d’un mur. C’est lui qui nous a fait le dessin pour nous faire comprendre. Il est tellement maigre qu’il fait peur à voir et on dirait qu’il a peur de manger.

Un jour, j’ai frappé dans mes mains comme pour attraper une mouche, et Benjamin s’est mis à hurler. Il a fait le dessin quand les soldats lui mettaient un sac sur la tête et frappaient des mains, comme ça, tout près de ses oreilles. Mais quelques fois, ils frappaient sur une grosse casserole avec un bâton. Sur son dessin, il y avait d’autres petits garçons. Dans un coin de chaque dessin, mon frère faisait toujours un gribouillis tout noir, comme une tache pour cacher quelque chose qu’il n’arrivait pas à dessiner.

On a su par la suite ce qu’il ne voulait pas dessiner, mais qu’il voulait nous dire quand même. « Une dame soldat, c’est comme ça que nous l’a raconté un petit voisin, emprisonné aussi, une dame que nous devions appeler maman, nous attachait les bras en l’air pour la toilette. Elle baissait notre culotte et nous lavait tout doucement avec une serviette trempée dans l’eau tiède. Comme nous avions le sac sur la tête, nous ne pouvions rien voir. Mais nous aimions qu’elle nous lave pace que nous sentions mauvais. Seulement elle faisait tellement du bien que nous étions gênés. Et toujours, nous entendions des soldats rire de nous comme s’ils nous regardaient par la porte ou dans la salle. Mais la femme soldat, elle ne disait jamais rien. » Le petit voisin s’était mis à pleurer, puis il a continué. « Au début, elle nous lavait tous les trois jours. Après, c’était plus souvent et puis les soldats semblaient de plus en plus nombreux à rire de nous. Au bout de plusieurs semaines, la dame nous lavait encore doucement et en plus, elle frottait sa poitrine sur nos visages pour qu’on sente comme elle sentait bon et comme c’était doux. Et les soldats riaient de plus belle en disant : si vous êtes sages, vous retrouverez bientôt votre maman, et vous verrez comme c’est doux, une maman. Puis ils riaient comme s’ils étaient saouls. Des petits pleuraient jusqu’au soir tard parce qu’ils n’arrivaient plus à dormir. »

 

J’ai écris cette lettre parce que mon frère ne parle plus. Mais quand je lui ai lu la lettre, il a fait oui avec sa tête, et maman a voulu lui faire un gros câlin, mais il a fait non. Et il est parti dans sa chambre pour pleurer.

 

J’ai montré cette lettre à Abdu. « Il est arrivé qu’ils attrapent des gamins de quatre ans parce qu’ils jettent des pierres. Les prisons étant secrètes, nous ne savons pas ce qu’ils leur font. »

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 15:16

Septembre 2009 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Une affiche fut collée dans la nuit sur trois portes d’entrée des immeubles Rue Paradis, numéro 387, 389, et 391. Le tampon de la Préfecture de Marseille, annexe Rue Edmond Rostand, atteste du caractère officiel de l’annonce, mais aussi du trait inéluctable de son exécution. L’armée d’occupation de déroge pas à ses décisions.

 

« Mesdames, Messieurs, habitants de ces appartements en toute illégalité puisque les authentiques propriétaires se sont manifestés, en portant plainte auprès de Monsieur le procureur de la République pour spoliations de leurs biens et usage de faux titres de propriété, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il vous appartient de quitter les lieux et de rendre ces biens à leurs propriétaires sous trente jours, délai au delà duquel interviendront manu militari les forces de maintient de l’ordre, sous les directives de Monsieur le Préfet.

A titre exceptionnel, et dans le but d’un apaisement des tensions que cette démarche génère, une autorisation de sortie de la bande de Paca vous sera délivrée, si vous en faites la demande, dans le cas précis où vous souhaiteriez déménager dans les territoires libres, et aussi, à la condition expresse que vous ne cherchiez plus à revenir habiter Marseille, pour quelque raisons que ce soit. Les services de la Préfecture vous remercient de votre compréhension... »

 

Dans cette Rue Paradis existent sans se mêler ni même se parler deux communautés séparées non pas par une confession quelconque, mais plutôt par les convictions politiques très tranchées, entre résistants et « collaborateurs », ce mot nouveau dans la bande de Paca, qui sonne là comme pour réveiller de mauvais souvenirs. Ces gens sont actionnaires dans plusieurs affaires de Provence et, pour certains, de groupes financiers de grande envergure. Ils ont des laissez-passer permanents et travaillent souvent à Aix, plus rarement dans le centre de Marseille, tour CMA CGM. Les résistants, petit à petit se voient écartés de leur lieu de vie, tandis que des nantis sont heureux de s’y installer.

 

Grignoter ainsi certains quartiers, en bombarder d’autres, détruire les hôpitaux et les écoles, on le voit, la politique de l’armée d’occupation n’est pas à la paix, malgré les propos rassurants diffusés sur les ondes.

 

Trois familles n’ont pas pu partir à temps. Elles sont maintenant réfugiées dans un camp aux Aygalades. Il ne leur reste rien. Mobiliers et biens sont devenus la propriété des nouveaux occupants. C’est heureux d’être occupant dans ces conditions ! Et Rue Paradis !

 

Je m’en suis ému auprès de Sacha. Pour lui, les méthodes ne sont pas nouvelles. L’occupant s’arroge tous les droits, y compris le droit de transformer les lois. L’ordre, les lois, le droit, la constitution, toujours du côté du pouvoir !

S’il accorde trop d’espace à l’opposition, le pouvoir se détruit.

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 14:39

Septembre 2009 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

 

David, Mehdi, François rejoignent leurs amis sur la pelouse du Prado, le long de la plage. Ils retrouvent avec plaisir Djamila, Laurie, Macha et d’autres jeunes étudiants en lettre qui ne peuvent plus se rendre à la Fac d’Aix. Pendant les soirs d’été, ils marchent ensemble jusqu’au bord de l’eau et certains se hasardent pieds nus dans le sable. Leur plaisir de prendre des nouvelles de chacun ne se dit pas. Il se lit sur les visages, sur les sourires discrets qui embaument les cœurs.

 

Ils racontent des nouvelles ou des contes, ceux qu’ils ont créés dans la semaine ou dans la journée. Obligés de les apprendre par cœur, ils se répètent sans cesse qu’ils ont besoin de les réciter, afin de rencontrer ce plaisir de la transmission orale que la misère leur fait découvrir à nouveau. Parfois, ils récitent des poèmes dans lesquels se subliment les vies, dans lesquels rythmes et rimes soutiennent les messages d’espoir et de joie. Claquer des mains et chantonner leur vient souvent spontanément quand les vers se tressent en mélodie.

 

Ce soir, c’est Macha qui tente une nouvelle expérience. Elle déclame ses quelques premières pensées pour une création de groupe.

«  L’occupation prive chacun de ses droits de vivre chez lui.

    L’occupation prive chacun de ses droits de vivre.

    L’occupation prive chacun de ses droits.

    L’occupation prive chacun.

    Que l’occupation ne me prive pas de vous ! »

 

David prend la suite.

«  Il ne me reste que vous, même sans mes droits de vivre chez moi.

    Il ne me reste que vous, même sans mes droits de vivre.

    Il ne me reste que vous, même sans mes droits.

    Il ne me reste que vous, pour parler.

    Pourvu que l’occupant nous laisse encore parler ! »

 

Laurie poursuit.

«  Je ne vous laisserai pas, même sans les droits de vivre chez nous.

    Je ne vous laisserai pas, même sans les droits de vivre.

    Je ne vous laisserai pas, même sans les droits.

    Je ne vous laisserai pas, j’ai trop besoin de vous.

    Qu’ils ne puissent jamais déchirer de tels liens ! »

 

Djamila et François se prennent par une épaule et tout le groupe se forme en ronde triste et joyeuse. Ils reprennent les premières strophes tant qu’une improvisation ne vient pas et dansent en rythme.

 

Francois se lance.

«  La vie est là, même si les autres ne veulent pas.

    La vie est là, ta main sur mon épaule.

    La vie est là, ton rire dans mes yeux.

    La vie est là, coule du sable dans les doigts.

    Respire, goûte l’air avant demain, dès maintenant ! »

 

Djamila soupire.

«  La vie est là, là avec toi,

    La vie est là, là dans le soir,

    La vie est là, mon seul espoir,

    La vie est là, présent tout noir.

    Quand vous êtes là, qu’importe demain !

 

Plusieurs fois, ils reprennent ce chant. Plus le temps plait, plus il passe vite. Le couvre feu leur impose le silence et la plus grande vigilance pour se dissimuler dans les zones d’ombre.

Demain soir, ils seront là, et chanteront, le ventre creux, pointant les absents.

 

 

 

 

 

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