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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 12:08


Chercher Val Coucou anime déjà l'impatient, lassé de la braderie dominicale ou déçu de la rengaine des vide-greniers hebdomadaires. Chercher Val Coucou, c'est déjà penser que des possibles surgissent tout près de chez soi, que d'autres se rencontrent pour vivre et ne courent plus dans la direction donnée par les sorciers du bonheur coûteux, que le peu que l'on choisit vaut mieux que l'opulence imposée. Arriver à Val Coucou invite au sourire que la ville étouffe, libère le soupir qu’un petit effort a réservé, et relâche la souris que chacun tient cachée pour visiter la moindre parcelle du terrain où monstres et lutins attendent pour surprendre.

On se doute que les hôtes sortent de l’ordinaire. Mais l’omniprésence de la nature tient à rassurer. Chênes verts, pins ou épicéas, prairies et roches partagent leurs impressions avec les œuvres de fer qui posent et imposent, marquent et dansent les pleins et les creux d’un espace sans décor, font vert, cendre et ocre brun d’une clairière enchantée. Pour les chanceux, Val Coucou laisse écouter le dialogue des oiseaux, souligne l’appel de la chèvre qui aménage la prairie à sa façon, permet de parler au petit bouc dans une traduction mystérieuse, ose enfin l’écho des coucous qui feignent de s’être perdus.

Chacun s’étonne devant les sculptures où le fer bat les vides et tord les vents, où la pierre devient douce et duveteuse comme le sein, où la fontaine source d’une épave de l’industrie, où l’arbre se surpasse en secouant ses théières, où la cage se fait voluptueuse et accueillante, féline ou bondissante selon son œil. Quelques quarante formes contournent les chemins jusqu’à l’agora, petit théâtre de verdure ouvert à tous, dans le patient silence des animations qui se préparent et s’inventent. L’art domine sans oppresser, sur la mise en scène de Philippe Guidau qui se doit d’honorer la terre comme la source dont se nourrit l’homme créateur. Ses amis mécaniciens transforment des épaves de vélo pour une seconde vie de machines surprenantes, tricycle, chopper, side-bike…

La vie continue dans le fond d’un petit vallon sous le Garlaban. La Font de Mai promène ses visiteurs jusqu’au paradis éphémère d’un jour de repos que la petite marche et le pique nique auront rendus inoubliables. Si la Route d’Eoures permet l’évocation d’une journée de rêve, la Font de Mai se révèle comme le vécu de ce rêve et Val Coucou le signe comme le livre d’or de notre promenade.

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 10:48

Organiser notre existence de façon qu'elle soit aux yeux des autres un mystère, et que ceux qui nous connaissent le mieux nous méconnaissent seulement de plus près que les autres. J'ai façonné ainsi ma vie , presque sans y penser, mais avec tant d'art et d'instinct que je suis devenu pour moi-même une individualité qui n'est ni clairement ni entièrement définie, mais absolument mienne.

 

Fernando Pessoa

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:05

Le tout fait, le sans mesure, le prêt à porter, le prèt à blaser, le commun, l'uniforme, l'impersonnel, le standardisé, le tout à 1 sou, le désigné, l'universel, le managé, le commercé, le communiqué, le médiatisé, un vrai bonheur !

 

Le computé, l'impacté, l'industrialisé, le cadencé, l'aseptisé, le décontaminé, l'irradié, le conditionné, le transporté, l'embalé, le transformé, le soupesé, le milimétré, l'encostiqué, l'enjolivé, l'exposé, le téléacheté, le simplifié, le banalisé, l'intuitioné, le baratiné, le forcé de vente, le forcené d'étiqettes, le barbituré de code barre, le traçabilisé, le soutenabilisé.

 

Tout repousse l'individu.

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 18:23

Ecoute la voix d'une félicité harmonieuse,
Ecoute le murmure d'une pluie d'étincelles,
Ecoute le soupir d'un regard intérieur,
Et souris, souris de vivre ce que vit la muse
Inondée d'attendrissantes éloges.

Entends s'ouvrir la paume qui te transporte,
Entends s'offrir les sens qui s'illuminent,
Entends s'épanouir les sentiments qui affleurent,
Et danse, danse comme s'élance la muse
Scintillante d'innombrables attentions.

Attends de savoir apprécier les magiques élans,
Attends de pouvoir goûter des chauds réconforts,
Attends de vouloir être ce mystère d'une vie,
Et joue, joue comme se drape la muse

Magnifiée d'éternelles intentions.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:17

Au Toursky, le film de Gérard Mordillat d'après la pièce de Frédéric Lordon, pièce du même titre.

 

Je retiens ces mots du réalisateurs : banquiers et politiques tournent dans le même espace, (une friche industrielle dans le film), et leur langue, celle que nous diffusent les médias, n'est qu'une tromperie permanente.

Le texte de la pièce est en alexendrins, et le fait pour nous d'utiliser une autre langue que la leur est un premier acte de résistance au mode d'occupation sémantique qu'ils nomment la communication.

Un exemple, nul ne parle plus de " plan de licenciement ", mais " de plan de sauvetage de l'emploi ", appelé aussi plan social ! Celui qui a pondu cette audacieuse duperie est un génie !

 

Je donne un autre exemple. On ne parle plus de la "sécurité de l'emploi " mais de la " flexsécurité ", ce qui nappe le tout d'un épais brouillard.

Et si chacun pensait, au lieu de "crise", au mot "escroquerie", nous aurions instantanément l'image des escrocs qui sont en train de spolier toutes les richesses du peuple. Et nous savons qui ils sont.

 

Mais pour revenir aux alexendrins, il faut reconnaître que c'est une langue absolument merveilleuse, et que l'artisan de ce langage, l'artiste du verbe, développe ici une arme puissante à laquelle nos soi-disant élites ne sont pas préparées.

 

Un film à voir et à revoir, pour en savourer de plus amples morceaux. On peut craindre qu'il ne soit pas beaucoup diffusé dans les circuits officiels, alors, ne le ratons pas.

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 21:15

Que le vent soulève ta chevelure soyeuse,

Que, sur le visage, il irise ta peau laiteuse,

Qu'il tende sur ta poitrine ton léger corsage,

Qu'il saisisse ta jupe vers la liberté en présage !

 

Que le soleil sublime ton sourire lumineux,

Qu'il rejaillisse de ton regard chaleureux,

Qu'il miroite dans les bleus de ton oeil,

Que, dans ton corps, il enchante l'accueil !

 

Peu importe que tu sois Euterpe ou Terpsichore,

Pourvu qu'en mon âme tu inspires encore

Les mots doux qui murmurent à ton ouïe

Ces pensées protectrices qui sécurisent tes nuits.

 

Que tu sois Calliope ou Uranie,

Que tu sois Polymnie ou Thalie,

Muse tu es pour soutien à qui grandit,

Pour l'espérance dans l'art et la poésie.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 20:55

 

 

Souris du léger frémissement de ton cœur

Aux doux mots de la main quand ma paume s'ouvre.

 

Je chanterai toujours la beauté de tes yeux.

 

Souris du petit frisson qui surprend tes pleurs

Et chuchote à chaque baiser qui te couvre.

 

Je chanterai vers toi pour que tu sois au mieux.

 

Souris ma belle au goût doré de mes ardeurs

Qui bénissent les dieux aux éclairs des humeurs.

 

Je chanterai demain tes courbes et tes creux.

 

Souris, chante et danse aux notes qui t'inondent

Et laisse tes larmes enchanter notre monde.

 

Je chanterai la vie comme un jour amoureux,

 

Je chanterai encor' la beauté de tes yeux,

 

Au soupir, au sentir du profond de leur bleu.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 20:43

Janvier 2010

 

Sous la poutre, Maman est  coincée. Ses jambes sont recouvertes de pierres et de plâtre, son ventre écrasé sous le poids de l’énorme bout de bois où sont encore plantés les gros clous qui tenaient les sacs de farine et de riz. Maman ne respire plus. Renversée en arrière, sa tête pend sur la pierre à l’entrée de la maison, la nuque brisée sur l’angle de cette marche. Souvent, Maman prévenait du danger quand nous recevions nos cousins, en piétinant joyeusement le seuil. A deux mètres de là, un coin bleu de la porte d’entrée se détache du gris des gravas. Le chat, installé dessus, fait sa toilette et secoue la poussière qui a changé sa couleur. Et moi, je ne peux même pas crier, je ne peux même pas pleurer. Je suis assise en tailleur sur la pierre froide, au seuil de la maison, inondée de poussière blanche, épargnée comme par miracle du feu des bombes et de la chute du toit. Ma main gauche cherche un morceau d’étoffe sur la hanche de Maman, pour sentir un peu de douceur dans sa robe de coton. Mon bras droit reste levé, piqué par endroit des fragments de cette poudre blanche qui fument en creusant dans ma chair. De mon index, je pointe la tête de mon père. On ne peut voir que ses cheveux, comme une toison de mouton gris qui dépasserait d’un tas de pierres à peine jetées d’une benne. Je devine son corps sous les tonnes de matériaux et de ferrailles enchevêtrées.

Je cherche du regard quelqu’un qui aurait un mot pour m’expliquer pourquoi. Je regarde alentour avec des yeux sans profondeur, avec mes grands yeux de fillette qui ne comprend rien. Je garde la bouche entrouverte comme pour dire ce qui ne peut pas être dit. Je reste muette, impassible, dans cette désolation que seule vit une petite fille qui sait qu’elle a tout perdu en un instant. Les avions tournent encore au dessus de Gaza et les bombes explosent tout autour de moi. Mais je ne peux pas bouger. J’ai froid et je tremble. Je ne sais pas ce qui brûle mon bras et creuse lentement mes muscles. La fumée blanche sent comme le bout des allumettes quand on les gratte. Je ne vois pas de sang. Juste des trous qui se consument lentement !

Tout est devenu incompréhensible, et si je vis, je ne trouve aucun sens à ma vie. Mes dix ans ne sont rien. J’ai devant moi Papa et Maman, tous les deux morts d’avoir été trop droits. « Ne sois jamais méchante et fais le bien ! » me disaient-ils souvent.

Mais y a-t-il un regard pour nous voir ? Y a-t-il une voix pour nous soutenir ? 

 

Dans la rue, j’entends des cris, et les femmes se lamentent. Des hommes courent partout mais personne ne me regarde. J’ai beau rester là, droite, avec ma robe rose, personne ne me voit. Tous vont d’abord secourir les membres de leur propre famille. Beaucoup ont commencé à ramasser des pierres pour dégager ceux qui sont ensevelis. Derrière moi résonnent les cris des petits voisins. Je reconnais les pleurs de Yasmina et de Nouredine. Mais j’ai peur de regarder. J’ai l’impression que mes yeux s’agrandissent et se vident. Je ne pourrais plus jamais voir comme avant. Je ne pourrais jamais plus les fermer. Dans ma bouche, la poussière sèche mon palais et ma langue se colle sur ma lèvre inférieure. Maman est là. Je sens sa robe de coton. C’est doux. Elle était rouge. Elle est belle, Maman. Elle a vingt cinq ans et peut-être qu’elle allait faire un petit frère. J’aimais surtout son parfum et ses longs cheveux. Je les vois encore. Mais maintenant, le sang a tout collé. Papa est enseveli mais des sauveteurs le sauveront bientôt. Il faut que je reste sans bouger en le montrant avec mon doigt. Mes jambes me font mal. Les cartes avec lesquelles je jouais se sont éparpillées. Seul le Roi de Carreau me regarde, posé sur ma cuisse.

Quelqu'un m'a prise en photo. Pourtant, c’est comme s’il ne m’avait pas vue. Il court vers un bras qui bouge. Je crois que mon regard l’a effrayé. Il doit faire peur. Un autre se fige devant moi. Il n’a rien à expliquer. Il entend les questions que je pose, mais il est honteux ne n’avoir pas de réponse. Il met ses mains sur la tête et se tourne. Puis il tombe à genoux et se frappe en hurlant. D’autres sont assis. Ils se tiennent là, sur le banc qui n’a pas bougé. Ceux là ne peuvent détacher le regard de mes yeux. Ils cherchent ce qui les bouleverse. Je sens que mes yeux deviennent froids et pâles, d’une couleur de plus en plus délavée. Les pleurs qui ne se voient pas font leur sale travail au-dedans. Ils sont tellement fascinés qu’ils ne voient même pas le cadre qui entoure la scène. Juste ma main sur la hanche de Maman et mon doigt pointé vers Papa. Ils remarquent aussi le chat, sur du bleu. Je suis, pour eux, la question. Cette question qui brûle les cœurs comme ces flammèches blanches qui brûlent les muscles.

 

Mesdames, Messieurs, je me tairai là, non sans vous avoir dit l’émotion qui m’a fait prendre la parole à la place de la petite fille pour la faire vivre. Mais j’ai conscience de le faire avec mes mots d’adulte. Le jeune palestinien qui prenait des photos avec son portable était le guide du peintre qui est là, figé, dépassé par sa toile.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 14:33

  Octobre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

J’ai rencontré Max. Il est très préoccupé par la santé de son père. Ce dernier donne encore l’impression d’une joie profonde intérieure qui ne semble pas pourvoir le lâcher malgré les souffrances que lui occasionne la maladie. Il ne mâche pas ses mots : "je me suis toujours battu contre l’injustice, certes, mais surtout et avant tout pour la dignité de l’être humain. La maladie me terrasse, mais pour moi, c’est physique. Je veux que mon psychisme et mon mental restent debout. Mon fils, promets-moi de veiller à ce que je ne perde pas la tête. Et si ce malheur arrive, accorde-moi de partir dans la dignité. Je veux bien que ma vie se termine, mais je veux en être digne. La gravité obligera mon corps à rester allongé, mais je souhaite qu’aucune gravité, de quelque ordre qu’elle soit, ne m’ôte cette sensation vivante de me tenir droit."


Max entend souvent ces mots dans l'intime de son cœur. En marchant vers le passage Léo Ferré, il se les redit et songe aussi à tous ceux qui honorèrent cette lignée d’homme debout, chacun dans sa puissance d’être singulier. Il regarde les ruines du Toursky et salut le courage de ceux qui œuvrent à le remonter, malgré le peu de moyens dont ils disposent, puis il s’engage dans le tunnel creusé sous l’Avenue Edouard Vaillant où passe tous les jours une nuée de petits gamins piaillant jusqu’à l’école, mais il remarque devoir se baisser un peu pour ne pas se cogner. Voilà ce à quoi nous oblige l’occupant, pense-t-il. Il veut que nous nous baissions, nous abaissions même. Il veut que nous devenions soumis comme des bêtes de trait, bêtes somme toute conditionnées à jouir des contraintes mêmes auxquelles ils nous soumettent. Condamnées à jouir des contraintes ! Condamné à jouir des contraintes ? Voilà ce que je refuse. Ce n’est pas ce que mon père m’a enseigné. L’ascèse n’est qu’une pure satisfaction de soi-même.... Attends ! Où as-tu trouvé ça ?

Au bout du petit tunnel, il se torturait encore les méninges au point d’en oublier de relever la tête quand Ouahib l’interpella. "Eh ! Tu me parais bien pensif ! Un poids quelconque ?" Lui dit-il en l’aidant à se redresser avec une main sur le haut du dos et l’autre sur le devant de son épaule affaissée.

"Tiens ! Ouahib ! Ca me fait plaisir de te rencontrer. Je suis en train de me demander qui a bien pu dire que l’ascèse n’était qu’une pure satisfaction de soi-même. Bizarre ! Non ! Je ne sais même plus pourquoi je pensais à ça !"

"N’y pense plus ! Nous avons d’autres priorités ! Comment va ton père ? Redresse Ouahib qui ne sait pas non plus qui a donné cet enseignement."

"Il souffre beaucoup. Mais il a encore toute sa tête et son ardeur à résister me donne des forces. Tu sais ce qu’il m’a dit ce matin ? --- "Max, a-t-il commencé, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils promettent, c’est de la propagande, c’est de la manipulation. Ce qu’ils veulent, c’est la fin des petites radios contestataires qui les dérangent. Galère, Zinzine, Grenouille, tout ça, leur but est de tout supprimer. La force du pouvoir financier, c’est d’occuper tout le champ de la communication, tout le champ de l’information, tout le champ de la distribution, tout le champ de la presse, tout le champ de la culture. D’ailleurs, ils ont commencé à Aix. Chacune des grandes enseignes de distribution a déjà ouvert des petits magasins de proximité, parce que beaucoup de clients commencent à se lasser des grandes surfaces. Je les imagine déjà acheter des terrains agricoles et les louer à des petits producteurs auxquels ils soumettront leurs règles pour une rentabilité optimimale tout en faisant croire aux ménagères qui aiment faire le marché qu’elles ont à faire aux bons vieux paysans. Même l’approche vestimentaire leur sera imposée !  

 

Je voudrais te dire autre chose sur la culture. Ils n’en veulent plus des Ferré, des Vian, des Nougaro, des Gatti, des Martin ! Ce sont tous des contestataires ! Non ! La culture qu’ils veulent promouvoir, c’est le sport et le divertissement comme les jeux inter-ville, tout ce qui peut donner à l’écran sa raison d’être à raison de trente quatre centime le SMS, sans compter les surtaxes ponctuelles...

Mon fils, je vais partir ! Mais je ne regretterai pas d’être parti. A vous, maintenant de résister aux nouvelles invasions de flashball et autre taser, de traces électroniques et de mouchards miniatures, de nano molécules et de macro profits. Le ciel vous voit, le ciel vous contrôle, le ciel vous endort, le ciel vous punit, le ciel vous délocalise, le ciel vous exclue, le ciel vous anéantit si vous levez les yeux, le ciel ne vous connaît pas sauf si vous voulez lui acheter quelque chose. Le ciel n’est plus libre, il est occupé. Le pouvoir s’en est emparé.

Le pouvoir a volé le ciel. Il va le peindre en gris et bientôt en rouge, quand vous ne servirez plus à rien. Tout prend le goût de la mafia. L’instrumentalisation n’a pas de limite. Ce matin même, sur les ondes de France Invest, leur grand expert s’est même emparé du mot résistance pour le vider de toute la substance dont nous le chargeons, Jacques Altari, je crois ! Même les mots sont sous occupation, honteux de s’abaisser sous leurs coups malhonnêtes ! Il te faudra dire non, ne serait-ce que pour te sentir droit !"

 

Max ne s’est pas arrêté pour dire les phrases de son père. On dirait qu’il a déjà tout appris par cœur. Ouahib serre la main de Max et lui dit juste ces quelques mots : "ton père, il est comme ces gens que nous aimons au Toursky. Quand on parle avec lui, ou même quand on reste auprès de lui sans parler, on a l’impression de grandir. On a l’impression de résister à la gravité. Retourne vite auprès de lui. Qu’il ait la joie de serrer ta main quand il partira. Il t’attend, pour te dire au revoir."

Dans la soirée, une mémoire s’est effacée, résumée dans les sillons d’une main.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 08:14

Octobre 2009 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Que d’espoirs déçus ! A l’intérieur même de la bande de Paca se dressera un nouveau mur. Son parcours n’est pas encore défini, mais son but ne fait aucun mystère. Le nouveau Marseille doit être construit depuis les grandes tours du port qui n’est plus autonome jusqu’au David, afin de privilégier les abords de la mer, atout majeur de Marseille.

Pour permettre aux usagers de l’autoroute qui arriveront à la porte d’Aix, d’une part, aux grands voyageurs du TGV qui sortiront de la Gare Saint Charles, d’autre part, un vrai couloir sanitaire doit être aménagé. Ils pourront descendre en toute sécurité la Canebière et rejoindre le Vieux Port, joindre aisément leur domicile Rue Paradis ou le quartier des affaires par la Rue de la République. Le problème ne se posera pas pour les voyageurs en provenance de Marseille Provence que l’Autoroute du Littoral mène directement dans le dit quartier des affaires. Il est probable que la porte d’Aix soit isolée complètement des rues qui convergent sur la place Jules Guesde afin de sécuriser la Rue Charles Nedelec qui rejoint Saint Charles.

L’absurdité n’étouffe en rien les occupants qui obligeront les véhicules à ce grand détour par le Boulevard d’Athènes pour éviter le Boulevard des Dames comme la Rue de la Joliette où les expropriations demanderaient beaucoup trop de temps. Un habitant du Cours Belsunce, n’a qu’une solution pour se rendre au marché des Capucines : faire un détour par le Boulevard de Strasbourg qui prend dans la Place Marceau, s’engager ensuite par le Boulevard National jusqu’au dessus des Réformés, rejoindre La Plaine par le Rue Saint Savournin, pour redescendre enfin par la Rue d’Aubagne, ou la Rue des Trois Mages puis le Cours Julien. C’est dire combien, séparées par la Canebière, les familles trouveront de difficultés.

 

Le pays tout entier vit sous l’occupation des pouvoirs financiers qui n’ont de cesse de soumettre le peuple à leur dictat. Une seule poche de résistance subsistait jusqu’à ce jour dans des conditions hallucinantes, la bande de Paca. La raison en est que Marseille a toujours été rebelle. Mais désormais, la bande de Paca elle-même devra se soumettre à une nouvelle occupation sous le prétexte d’un nouveau Marseille, capitale de la culture en 2013, selon les forces de propagande du pouvoir, et cette enclave au sein même de la ville n’est autre qu’une colonie dans la bande résistante. Le terrorisme sera petit à petit vaincu ! disent-ils. Mais les résistants ne sont pas des terroristes.

 

En 2013, la circulation dans Marseille donne cette impression vertigineuse de ne jamais savoir de quel côté du mur on se trouve. Les forces du maintient de l’ordre sont partout, les caméras de surveillance sont positionnées de chaque côté de l’édifice, et les projecteurs puissants ne sont disposés d’après aucune logique accessible au passant qui se sent encore anonyme bien que les services de renseignement aient toutes les informations nécessaires au contrôle des habitants comme des touristes. Le nombre de points de passage ne cesse d’augmenter et les interrogatoires prennent de plus en plus de temps.

 

La culture s’étouffe. La grande bibliothèque de l’Alcazar ne reçoit plus que les gens du quartier, du moins quand ils ne sont pas préoccupés par leur survie. Le Théâtre Toursky ne peut plus vivre de sa seule mendicité. Les petites salles ne servent qu’à l’hébergement des sans abris toujours plus nombreux. Mais le ballet des limousines blindées sur la Canebière n’a d’équivalent que le spectacle des bateaux et des régates de luxe qui envahissent la baie. Rares sont les Marseillais qui souhaitent ou qui peuvent les observer. Souvent, ils n’en ont pas envie. Le plus souvent, ils n’en auraient même pas la possibilité, la mer étant interdite depuis des années.

 

En France, des voies commencent à s’élever contre l’occupant qui méprise toutes les règles internationales et bafoue les droits de l’homme. Quand je dialogue avec Abdu qui vient de me présenter son ami historien, Khalil, sa remarque me semble percutante, mais ne laisse que peu d’espoir à court terme.

« Tous les empires qui ont occupés des terres nouvelles se sont dans un premier temps enrichis. Mais le coût de l’occupation leur est devenu petit à petit insupportable et leur repli ne s’est pourtant jamais accompli sans la pression des rebelles. Même s’il est exsangue, l’occupant ne baisse jamais les bras. Il en va de n’importe quel système solidement établi : sans une force considérable pour l’anéantir, il ne s’avoue jamais vaincu.

La culture est à l’heure actuelle solidement constituée comme un système, tout à fait pollué par les règles de la finance et de la spéculation. Son point faible, c’est qu’elle est entièrement creuse et virtuelle. Les résistants sont peu nombreux. Mais leur action n’est pas virtuelle. Ils agissent dans le concret, depuis la grève de la faim, comme le font en ce moment Richard Martin et Jean Poncet, les tagues sur tout support, les marches joyeuses et les spectacles de rue, jusqu’aux prises de risques les plus extrêmes. On ne dit plus comédien mais saltimbanque.

Voir des vivants sur des planches n’est pas comparable à la passivité subie devant le petit écran. L’uniformisation de l’image sera sa perte. Le play-back nous semble déjà désuet. Nous allons bientôt jeter les télés, mais le système ne baissera pas les bras pour autant. Il attend que des forces l’écrasent. L’histoire nous l’a prouvé maintes fois ! Regroupons nos forces ! »

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