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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 06:57

 


 

 

Qu’autre vive et me sourie pour percer si grand mystère,

De présence, de chaleur à bousculer ma vie austère

Qui, d’image, de miroir manquait à seul grandir,

Sans mère, sans père ni soutien à me languir

Qu’un jour la philosophie me servît de repère.

 

Ni sagesse ni bonheur ni guêtre ni guêpière

Une vie fade et solitaire comme profonde fosse amère

Où rires et mots s’étouffent de trop lourdes censures, rien de pire…

Qu’autre vive et me sourie !

 

L’avenue descend comme une longue rivière.

Il s’achemine vers sa sûre mise en bière

L’homme qui des mots enlacés peut jouir,

Des regards singuliers, des écoutes minutieuses se réjouir,

Du sympathique faire son miel et d’une main serrée faire sa prière.

Qu‘autre vive et me sourie !


 

 

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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 08:28

Bien loin sous la terre, le temps de la pose réconfortait chacun des mineurs dont la femme attentive préparait avec soins les mets qui sentent bon. La gamelle d’alors, réchauffée comme on pouvait, soufflait les odeurs vives quand lâchait le joint rouge. Ragoût, civet, daube, petit salé, lentilles et choux s’affairaient à donner de l’appétit en mêlant les humeurs. Et les gars, papilles dilatées, genoux écartés, penchés sur l’effluve exhalée, sentaient aussi les caresses de la femme qui soignait déjà leur lendemain, mais qu’ils prendraient le soir même, dès leur retour. Marius dégustait, réchauffant ses cuisses avec la tôle émaillée, et se réjouissait silencieusement de retrouver sa jeune épouse à la fin du jour, dans le creux de son lit.

 

Les enfants ont quitté la maison. Ils voyagent pour aménager leur propre vie, manger et aimer. Le garçon n’a pas voulu descendre à la mine ni la fille épouser une gueule noire. Après vingt quatre ans de bonne entente, les liens qui unissaient le couple, de la bouche aux boyaux, de la mine au gazon, des senteurs aux sens, s’émoussèrent jusqu’à la rupture. Qu’à cela ne tienne, sa seconde épouse aura montré la même ardeur à préparer sa gamelle ainsi que son retour nocturne. Certes, elle n’était pas aussi fraîche que les fraîches de vingt ans, mais la maturité le surprenait et les nouvelles odeurs pareillement. Marius ne prendrait sa retraite que dans quatre ans. La gamelle le réconfortera pendant quelque temps encore.

 

Veuf peu après qu’il se soit arrêté, il a longtemps cru que la mine lui avait manqué jusqu’à penser très fort au malaise de sa partenaire devant la mauvaise tête qu’il faisait à trop rien faire de ses journées. Il grossissait de bien manger tant elle voulait réparer par le menu sa mauvaise mine. Mais un cancer a rongé cette femme en l’espace de quelques mois. Et son amie de toujours, à Mimet, tout près d‘Aix, ajoutait que, peut-être, de le voir dans cet état lui avait été insupportable. Ne pouvant s’alimenter que comme un ancien célibataire, il maigrissait et, n’ayant plus le goût à rien, il marchait. Tôt le matin, nous pouvions le voir allonger son pas depuis Biver jusqu’à Mimet, en prenant soin de synchroniser le mouvement de son bâton au rythme de ses enjambées. Dans sa marche lui venaient toutes les histoires des anciens qui avaient creusé jusqu’en 1905 la gigantesque galerie de la mer : quatorze kilomètres jusqu’à la Madrague. Il se souvenait du grave accident du puits Biver devenu par la suite le très moderne puits Gérard qui tua tant de mineurs en 1969. Une pensée affectueuse était envoyée à toutes ces femmes de mineur qui attendaient leur retour jusqu’au soir tard. La solidarité faisait la base du tissu social de cette région. Dessous, c’était le gagne pain, le noir, la poussière mais aussi la gamelle.

 

Il avait repris du poil de la bête, nous semblait-il, car tous les matins, qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il fasse froid ou chaud, il montait d’un bon pas les quatre kilomètres qui séparent les deux villages. Bien sûr, il rencontrait cette ancienne amie, et nous n’en doutions pas, qui se plaignait en son absence d’avoir, pour le réconforter, à lui préparer la gamelle du soir. Le prix à supporter pour que cette visite rituelle ne soit pas terne à mourir !

 

« Oh ! Marmonnait-elle. Je le fais de bon cœur. Vous savez, un homme seul, ça ne se fait pas à manger comme il faut. Et puis, dans le fond, la gamelle était si importante ! Il est brave. Tout ce chemin pour me rendre une petite visite. C’est que ça monte ! Il a du courage. C’est comme s’il remontait de la mine ! Mais entre nous, je me passerais bien de cette tâche quotidienne ! A mon âge ! »

 

De son côté, Marius ne trouvait pas le repas à son goût et lui reprochait, mais sans qu’elle le sache, de n’avoir plus trop le soucis des règles essentielles de l’hygiène alimentaire. Sa marche quotidienne avait pour but de soulager ses articulations, mais aussi de donner quelques marques d’affection et de présence à la veuve d’une des gueules noirs qu’il n’avait pas connues. Une bise et la caresse de la main sur la nuque, très jolie du reste, dérogeaient sans grand mal à cette relation platonique, mais il n’eut jamais été question de repousser la gamelle, même s’il en vidait le contenu dans celle de ses chats.

 

Nous n’avons plus rencontré Marius parce que la dame de Mimet est décédée. Les chats sont morts aussi, fort heureusement, car Marius se trouve dans une maison de retraite avec le mal sournois que lui préparaient ses genoux jusqu’à cet handicap majeur de ne plus pouvoir se déplacer. Une charmante femme de chambre dont le père était mort dans son jeune âge, après le grave accident de la mine de Biver, a choyé Marius parce qu’elle reconnaissait en lui son héros, la gueule noire de son enfance. Elle apportait tous les matins, enveloppée dans un torchon tout neuf, une bonne assiette du plat préparé la veille. Malgré son appétit rétréci il devait la déguster, réchauffée au micro-onde de la salle commune. Malgré cette habitude, il éprouvait beaucoup d’amitié pour la jeune fille et regrettait d’avoir perdu sa vigueur de mineur ou plus simplement d’être un peu vieux.

 

Sa maladresse un jour lui sourit puisqu’il laissa tomber l’assiette et son contenu dont il n’avait d’ailleurs pas envie. Et sans que nul ne connaisse le profond mystère des motivations d’un être humain, il nous parut évident que le rituel de la gamelle cesserait enfin. La jeune fille a glissé brutalement, s’est blessée sur le coin de la table de nuit, lui a reproché de l’avoir entraînée dans cette chute, d’avoir jeté son plat et repoussé ses attentions.

 

Il fallut un jour la chute de la gamelle et la gamelle de la demoiselle pour que Marius puisse rassembler ses souvenirs au point de saisir combien se liaient le terme lui-même et son amour des femmes. Leurs attributs doublés, tout en rondeurs à précipiter les sens, tentent comme les deux « l » de la gamelle à prolonger les liens et les mystères entre mines et lits, entre gueules et fonds, entre effluves et sensations, entre goûter et déguster, entre repas et orgasme, entre réjouir et jouir, entre odeur et ardeur, entre langues et lèvres… entre autre.  

 

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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 08:27

Ce soir là, les passionnés sont saisis. L’écoute se fait silence. Sur scène, au « Petit Jazz Club » du coin de la rue des Amants Fous, Gill Smoth suspend chaque note au tempo doux de la Bossa.

Le serveur, habitué des lieux, lui trouve une profondeur exceptionnelle, surtout dans les reprises. Les yeux fermés, Gill accouche littéralement de son impro alors que le batteur, Ray, ralentit insensiblement le rythme sous l’émotion imposée à tout le groupe. Il semble partager ainsi les effets de cette récente révélation dont il est encore si confus.

 

-   « Il est dément, ce soir », glisse un jeune connaisseur à sa compagne, en s’accoudant sur le zinc.  « Il n’a jamais si bien trempé dans ce blues. »

-   « Il est tout à l’intérieur » chuchote le barman qui l’a entendu.

-   « Moi, je l’adore quand il est dans cet état, capable de tout ! » ajoute la gracieuse beauté qui capte leur regard. Arianna Gold, depuis quelque peu absente du lieux !

 

Comme s’il avait surpris leur échange, Gill se donne plus encore à la musique. Il n’a plus que faire de sa vélocité ni de sa technique. Il s’engouffre dans un délire total et la guitare hurle de bonheur sous ses touches affûtées comme une interdite idylle surprise par un orgasme inattendu.

 

Il a ouvert les yeux. Juste un instant ! Chacun crut qu’il se saisissait de l’ambiance générale pour mieux la soumettre, mais il ne vit que la jeune femme, ravissante sous les spots du bar. Arianna ! Celle qui vient de la Louisiane comme le montre sa jolie peau métissée. Son pull moulant et trop court laisse deviner ses petits seins fermes et descendre les yeux sur une guitare tatouée tout près de son nombril entre deux lettres majuscules, G. S.

Gill se souvient l’avoir aimée comme un fou, l’avoir étreinte jusqu’au petit jour. Il se souvient de ses cris, de ses étouffements, de ses pleurs et surtout de sa respiration quand il avait peur de l’avoir poussée jusqu’à un ciel numéro sept sur la partie chaloupée d’une mesure à deux temps. Il posait sa paume sur la douce guitare pour apaiser les humeurs de sa muse.

 

Il serre encore plus l’instrument, reprend la mélodie sur l’octave inférieur et déchaîne les basses. Les compagnons le suivent au plus près et son père, en parfaite synchronie,  s’élance dans le solo de trompette. Pedro Gold Smoth ! C’est un bon ! Un très bon ! A cause de lui, Gill a aimé le jazz, cet art venu de là-bas, de ce là-bas où il n’ira jamais. La trompette de Pedro explose ce soir, dans l’improvisation la plus imprévisible, comme souvent le permettaient les Jam Sessions en Louisiane. Le swing allume les clients. Ils se lèvent en tapant des mains, envoûtés par l’esprit de ce jazz, ce jazz qui fait pleurer. Et Gill, son fils, de reprendre le thème en douceur, effleurant les cordes comme chacun des cheveux d’une partenaire avant l’ultime séparation. Colère et tendresse animent cette partition qui ne cesse de s’achever.

 

-         « Quelle soirée !» avance le barman.

-         « Je n’ai plus de mots ! Quelque chose a transformé l’atmosphère. » reprend l’homme en saisissant la main d’Arianna pour l’emmener vers ses désirs contrastés.

-         « J’aurais voulu embrasser Pedro avant de partir» dit la demoiselle qui le suit à reculons.

 

Gill salue la salle et se réfugie dans la petite pièce qui lui sert d’abri dans le quartier. Combien de fois n’a-t-il pas trinqué ici avec son père, assis sur le lit, parce qu’il n’est pas possible de faire autrement dans cet espace étriqué. Pendant combien de folles nuits n’a-t-il pas aimé sur ce même lit Arianna, réapparue ce soir ?

 

Un coup de feu !

Le secret dévoilé par le batteur eut raison de lui.

« Culpabilité insupportable ! » notera plus tard Arianna, la fille de Pedro.

 

La Louisiane ! Sa sœur ! Son amour ! Sa guitare ! Le blues !

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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 09:33
    Il semble tout à fait simple de rédiger sous ce titre quelques traits de l'homme toutes mains dont le plaisir du travail bien fait récompense les efforts de la réalisation. Cependant, les frustrations nombreuses arrivent par des chemins détournés à transformer le faire-plaisir en travail pénible au point qu'il est bien nécessaire de poser quelques questions, tout d'abord dans le désordre et par la suite en rangées pertinentes.

    La toute première question n'est en apparence que question de bon sens. A quoi bon faire quoi que ce soit ? Je suis sûr que les réponses hâtives se bousculent sans pour autant donner pleine satisfaction au quidam qui se presse. Le juste enseignement biblique nous répète que l'homme gagnera sa vie à la sueur de son front. D'aucun reprend que c'est bon de tavailler plus pour ... Et l'artiste semble obligé d'oeuvrer pour vivre. Je laisse ouverte la suite à d'autres réponses.

    La deuxième question  touche au mot lui-même. Qu'est-ce que le travail ?  Depuis quand faisons nous la confusion entre faire et travailler ? Que fais-tu ? Je travaille. Mais je suis passionné par mon travail, je suis journaliste... Et je n'ai vraiment pas l'impression de travailler. Ce n'est là qu'un exemple !

    Peine, souffrance, effort, plaisir, exercice, persévérance, autant de termes liés de plus ou moins près à l'activité humaine, mais dans quelles circonstances s'inversent ces items comme sur une peau à deux faces.
La troisième question arrive alors : la jouissance est-elle au rendez-vous avec le travail, et dans quelles conditions ?  Ne pourrions nous pas voir la jouissance par un petit trou dans le travail ? Le papier peint de la chambre est vu par le trou de la serrure. Et inversement ne pourrions nous entrevoir le travail par un trou dans la jouissance, un manque, qui vient troubler le plaisir au beau milieu de l'activité. Une déchirure de la pellicule  nous rappelle que nous ne faisons qu'assister à une projection !

    C'est aussi là le plaisir d'écrire.
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