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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:29

Retenir le temps, voici la tâche ardue qui tient le commun.

 

Il me revient alors cette image de mon grand-père, enfilant péniblement des chaussettes. "Tout acte et toute entreprise prennent de plus en plus de temps au fur et à mesure que les années passent !" Me disait-il lentement !

 

Je me souviens des moments de jeu ou de passion qui poussaient l'enfant à rechinier au changement et râler contre les contraintes. Le temps, déjà, en était une, et non des moindres. Mais l'homme mûre n'a-t-il plus le temps qu'il s'efforce de le retenir sans cesse, qui plus est, en vain ?

 

Il me semble avoir toujours voulu rester jeune, mais les articulations et les muscles ne suivent pas. Que faire de cette distance entre cet esprit sans âge et cette peau raidie ?

 

Pourquoi retenir le temps ? Et, serait-il même possible de prendre son temps pour le retenir ? Si je prends le temps, ne risque-t-il pas de me manquer ? A quoi bon se dire qu'enfin on a tout son temps puisqu'alors il s'échappe et finalement se perd ! Combien de temps ne sont-ils pas déjà perdus ? Le temps de la jeunesse où les corps pourraient s'ébattre dans leur fougueuse ardeur, bondir de découvertes en découvertes, d'amours en amours ! Le temps de l'été qui s'alanguit aux rayons ultra-violets ! Le temps de décider, de choisir, de lire, de prier, le temps de courir, de courtiser, d'aimer, de palabrer !

Combien de temps se perdent à n'être estimés que comme perte de temps ?

 

"Aller ! Dépèche-toi ! Il faut te presser ! Le temps presse !"

 

Je m'arrête là ! Je n'ai déjà plus le temps de continuer !

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:03

"L'arabe est mort !"

 

En gros titre sur la Une de Valras Matin, le plus petit tirage de France. Le seul à survivre à la messagerie électronique imposée dans toute la région !


Chacun pourtant connait l'Arabe.Il restait souvent, le soir, parmi les vendangeurs saisonniers, pour leur courte veillée rituelle de fin de journée. Le jour, dans sa djellaba d'un blanc étincelant, il portait aux travailleurs le thé à la menthe, ventait ses mérites et racontait quelques anecdotes de son pays. Celles dont il se souvenait encore ! Il encourageait ainsi les plus fatigués.

 

Son nom ? "L'arabe !" Sa maison ? "La maison de l'arabe !" Celle qui est tout au bout de l'impasse qui descend derrière l'église en direction des vignes. Personne ne se risque à la visiter de peur se le surprendre dans ses ablutions, cinq fois par jour, avant la prière. Derrière le petit rideau de verdure que formait la treille devant sa terrasse, juste assez large pour la table bricolée avec des planches de palettes, il disposait une ancienne cuvette émaillée pour y verser l'eau tiédie sur le feu.

 

Son sourire avait tous les jours ce parfum de bonne humeur qui restait jusqu'au soir. Ne pas le rencontrer pourtant n'avait d'importance qu'après coup, à égrainer les quelques conflits de la journée. On pensait alors : "Tiens ! Je n'ai pas eu le sourire de l'arabe, aujourd'hui !"

 

Mais ce matin là, tout le village s'affairait à réparer les dégats ! Des pluies dilluviennes avaient engrossé la Mireille, et de se répendre à chacune des faiblesses de ses rives, elle avait inondé jusqu'au plus haut du parvis de Notre Dame des Eaux.

 

Formidable pour la vie, l'eau est aussi effrayante dans sa fureur. La Mirèle, comme disait l'arabe, avait tout emporté, sa cabane en premier. A trois kilomètres, au bout des vignes, dans un buisson d'aubépines, la djellaba séchait, toute rougie de l'argile où il était retourné. Mais son sourire est resté.

 

Sur la Une, on aurait pu lire : "Il est parti, mais il nous a laissé son sourire !"

 

Quelque part en banlieue, on se recueille pour l'enfant de la cité !

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 21:50

Dans Investig'action, Michel collon répond aux opposants à la campagne BDS, boycott d'Israël :

Pascal Bruckner, Bertrand Delanoë, Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, Yvan Attal, Pierre Arditi, Michel Boujenah, Patrick Bruel et Cie…

Lire sa rubrique. http://www.michelcollon.info/Boycott-d-Israel-qu-est-ce-qui-est.html

 

Garder vive votre indignation !

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 21:41

Détruire les acquis sociaux. Telle est l'orientation des pouvoirs financiers auxquels les patrons se sont soumis, en dignes collaborateurs, orientation qui rapelle la malheureuse période de Vichy. Nous sommes colonisés par ces pouvoirs. On les dit pluriels mais en fait, il ne s'agit que du système capitaliste libéral qui ne connaît aucunes limites et n'en acceptera aucunes, jusqu'à son agonie.

 

Soumettre les travailleurs, non seulement par la mise en place de la "flexsécurité" qui n'est autre que leur précarisation pour offrir au MEDEF une main d'oeuvre maléable, mais encore par la réduction de leurs salaires qui ne suivent pas l'augmentation du coût de la vie, mais encore par l'instauration de contrats bidons, comme les CDI de 26 heures ou moins qui remettent en cause les trimestres validés pour la retraite, mais encore par la pression qui leur est faite pour qu'ils s'engagent dans la misère de l'auto-entreprise et qu'ils se privent de tous leurs droits en cas d'échec...

Pourrir les services publiques, augmenter les tracasseries administratives, allonger la liste des fichiers dans lesquels tous peuvent être inscrits à n'importe quelle occasion.

Suspecter le citoyen pour les délits qu'il est potentiellement capable de faire.

Evaluer la dangerosité des enfants dès le plus jeune âge.

Fabriquer des exclus et favoriser les élus.

Limiter l'éducation aux seules élites en fermant les universités aux pauvres par les droits d'entrée excessifs.

 

La liste est longue et non exhaustive.

 

Le gouvernement a démissionné. Il ne gouverne plus. Il ne fait qu'appliquer les règles de la bonne gouvernance que les pouvoirs financiers ont imposées. Il se dédouane ainsi de ses responsabilités.

Souvenez-vous de la phrase de Jospin devant la politique d'EADS : "Que voulez-vous, on ne peut rien faire, nous sommes soumis à la loi du marché !"

 

Mais c'est l'homme qui a créé le marché. Comment l'initiateur n'en serait-il plus le maître ?

Se soumettre plutôt que souffrir !

Il n'est pas étonnant que les discours résonnent comme les relents pétainistes !

 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 22:17

Sur une idée de Christine, une déclinaison infinie ! Tout le monde peut y jouer !

 

Y en a marre du sérieux, le masque raisonnable des grands voyous !

Y en a marre du mensonge, la voie que prend la raison d'Etat !

Y en a marre du mépris, la semelle écrasante des grandes pointures !

Y en a marre de la casse, la colère déguisée d'une bonne gouvernance !

Y en a marre de la surveillance, l'ambition sécuritaire des pions désoeuvrés !

 

Y en a marre d'en avoir marre, signe de la déprime ou prémice de la révolte !

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 08:53

Quelques uns décident de l'organisation mondiale, du nombre d'humains qui pourront vivre sur la terre, des catégories qu'il faudra expédier un jour dans les astres, de quelque reste de main d'oeuvre mobilisable pour assister les machines.

 

Quelle est leur légitimité ? G8, G20, OCDE et autre truc mondial sont corrompus par les mêmes virus pour lesquels  aucun brevet n'a encore été déposé, la cupidité, la mégalomanie, l'avidité, la perversité... (Le premier qui pourrait breveter ces virus deviendra puissant !)

 

Ils décident de la guerre, de la destruction des Etats, des flux migratoires, de la destinée des peuples entiers. Ils nous harcèlent par les images et violent jusqu'à notre plus profonde intimité par les moyens de surveillance et les fichiers secrets. Ils spéculent déjà sur les progrès scientifiques (nano technologie en particulier) non seulement pour maîtriser l'énergie, mais aussi pour maîtriser notre pensée ainsi que nos comportements.

 

L'assureur bientôt ne nous accordera protection que si nous sommes équipés des rideaux et des moquettes de telle marque parce qu'ils disposent de nanoparticules asseptisantes et relaxantes. Je n'ose pas encore imaginer les conditions de notre future retraite ni l'implantation des puces nanométriques dans la chair des nouveaux-nés !

 

Aucune légitimité ne doit leur être accordée. Leurs richesses évoquent la honte et soulèvent l'indignation. Chacun sera bientôt conscient de leur criminalité, non pas potentielle mais bien réelle.

Quand pourrons-nous les attaquer en justice ?

Ne restons pas dans l'ignorance. Personne ne pourra dire : "je ne savais pas !"

 

http://www.syti.net/Organisations/Bilderberg.html

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 22:37

 

 

 

Ecoutez-la fermer chacune des portes de l’espoir, observez-la voiler la vue de nos enfants dont les dernières larmes abreuvent les mouches, regardez-la détruire leur marche, coupez leurs doigts, leurs briser les reins et, par des règles obscures, rechercher la compatibilité comptable de leur infécondité ou de leur penchant vers les espaces en marge. 

 

Non ! Nous refusons cette oppression ! Et nous déclencherons toutes nos alarmes avec les cris de l’oiseau paradis, le brame des cerfs en pleine conquête et les trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Ecoutez-la briser les mâchoires, observez-la saigner l’expert jusqu’à son jus des plus juteux, regardez-la planter partout le même arbre qui tue la faune, brûler les terres et les forêts, les poumons verts de notre habitat, détruire le bleu pour un sang noir, moquer les cieux, jeter les lois, pousser au loin tous les déchets par le truchement d’un seul décret.

 

Non ! Nous refusons cette oppression ! Et nous déclencherons toutes nos alarmes avec les cris de l’oiseau paradis, le brame des cerfs en pleine conquête et les trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Ecoutez-la fermer la marche pour engager le nouveau marché, observez-la debout devant, en tête du cortège, tenir très haut son étendard couleur terreur, regardez-la faire tous ses crimes en privant l’homme des droits qu’elle chante. Ne croyez pas qu’elle soit hasard, fatalité ni même destin, puisque certains prennent en otage tous les trésors de notre globe.

 

Non ! Nous refusons cette oppression ! Et nous déclencherons toutes nos alarmes avec les cris de l’oiseau paradis, le brame des cerfs en pleine conquête et les trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Ecoutez-la brouiller les ondes et encombrer chaque silence, observez-la prôner la force, la compétence et le courage pour asservir les plus vaillants, regardez-la vers la décharge, laisser pour compte, et c’est comptable, les vieux, les jeunes, les fous, les malades, les différents et autres incompétents, les lents, les indécis, les mous, les handicapés, les faibles ou les tièdes ! En gros, les neuf dixièmes de l’humanité.

 

Non ! Nous refusons cette oppression ! Et nous déclencherons toutes nos alarmes avec les cris de l’oiseau paradis, le brame des cerfs en pleine conquête et les trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

Ecoutez-la forger le chaud, rougir le feu, s’enrichir d’uranium clandestin, observez-la pousser les choix de l’innocent vers la sécurité d’une puce sous-cutanée, faire de l’image une arme de liberté, de la torture le futur proche du suspecté, regardez-la faire la démarche de nous vanter tout le mérite de consommer ce qu’ils nous volent sans même avoir à se cacher.

 

Non ! Nous refusons cette oppression ! Et nous déclencherons toutes nos alarmes avec les cris de l’oiseau paradis, le brame des cerfs en pleine conquête et les trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Nous libérerons les maltraités des chaînes de l’humiliation dans la subordination, nous délivrerons les occupants de la prison idéologique, la pire des prisons, celle qui les prive de voir, de regarder, d’entendre l’autre, celui qui court à côté d’eux, le proche le plus proche avec lequel il ferait commerce pour enrichir la grande cité. 

 

L’occupant quel qu’il soit cherche à détruire en premier lieu toute la culture de l’occupé. Le peuple, en effet, sans histoire ni culture ne laissera aucune trace d’occupation ni de résistance. C’est la raison de ces couplets qu’une musique fera chanter. C’est la raison de mon soutien à tous ceux qui luttent, asphyxiés par l’autoritarisme des pouvoirs financiers.

 

 

 

 

Topotore

http://topotore.over-blog.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 22:51

Pour quelques pièces de cuivre, les ronds de cuir me font la peau. Ils prétendent que je sème le trouble, que je détourne la jeunesse de son droit chemin, tracé à la tronçonneuse au mépris de la diversité des forêts. Ils m’ont bâillonnée parce que ma voix leur est insupportable, parce que les mots que je crie n’ont pas le même sens pour eux que pour les saltimbanques. Ils veulent me couper les mains pour que ma plume ne chante plus les trésors du poète, ne gratte plus sur le parchemin de la création, ne dessine plus le mouvement des héros, ne représente plus les cadeaux du petit cœur meurtri de l’enfant qui meurt de faim sans avoir les mots pour nommer l’injustice, mais dont le seul sourire dit les mots qui se gravent dans la mémoire. Mes yeux les regardent avec tendresse et compassion, comme ils regardent ses bourreaux.

Même cela leur est insupportable ! Ils ne comprennent pas que je ne puisse admirer leurs étoiles, ni leurs jeux débiles, ni leurs gains démesurés, ni leurs femmes qui se gaussent sous le poids des diamants arrachés de l’Afrique. Ils me haïssent parce que je ne suis qu’une épine dans leurs souliers vernis, une vilaine bosse qui se tient sur le dos voûté d’un monde agonisant de cupidité. Bien sûr, je n’obtiendrai jamais le prix du concours Lépine parce que je crée du vent, de l’air, du spectacle, de la musique, des vers, de la prose, des chants, de la magie, non pour amasser de l’or, mais pour que les êtres respirent l’air de l’espoir, le temps d’un projet, d’une chanson de geste et de bonheur, se réjouissent dans la danse et la rencontre pour mieux supporter les exigences de leur travail alimentaire qui les bouffe de plus en plus et les alimente de moins en moins, malgré leurs efforts quotidiens.

Combien sont ceux qui dorment dehors après leur journée de travail abrutissant ? Combien sont ceux qui ne dorment pas sous la pression des huissiers qui en veulent à leur toit ? Combien sont ceux qui empruntent d’avantage, au mépris de la décence pour ne jamais pouvoir rembourser les instances éhontées qui les soumettent à la ruine, par familles entières ? Combien sont ceux qui persévèrent dans un travail auquel ils ne comprennent rien, dans le mépris et l’humiliation d’un harcèlement autoritaire ? Jusqu’à quand, devrai-je haranguer les foules exsangues qui progressent à genoux et rampent dans l’espoir de posséder enfin ce qu’on leur a promis, le bonheur d’avoir une tourniquette automatique ou l’image numérique au creux de la main.

Vous me demandez de rester politiquement correct, de ne pas manipuler les esprits, de ne pas promouvoir les valeurs sociales de la fraternité, de ne pas jurer par la culture pour tous, de ne pas faire que la vie de création soit la vie de chacun. Vous pressez sur ma poitrine pour que mon souffle soit court et que le vent cesse de dispenser l’espoir, de raconter la mémoire de ces grandes gueules qui nous ont enchantés. Mais regardez-vous ! Vous qui devriez donner l’exemple de la parole vraie, de la parole tenue, de l’engagement sur le long terme, du parler franc et du soutien inconditionnel des valeurs que nous partageons. Regardez comme vous manipulez les esprits, regardez comme vous barrez les eaux des fleuves, regardez comme vous colonisez tous les espaces de liberté qui se cachent dans les cités dont vous faites des « cities » à l’exemple de ceux qui nous précèdent et provoquent la ruine du monde. Regardez avec quelle arrogance, avec quel mépris, avec quelle haine vous écrasez le peuple et humiliez ses saltimbanques.

Que savez-vous de ce qui restera de votre œuvre ? Alors même que vous adorez les arts jugés par vous premiers ou primitifs et qui, en traversant les siècles, ont fini dans vos mains sales pour un voyage loin de leurs terres. Que savez-vous des liens de l’esprit d’un bois et de son créateur ? Que savez-vous des richesses de l’homme qui vient se tuer sur le mur d’ignorance que vous dressez ? Que savez-vous de l’histoire qui garde pendant des siècles la rancœur de l’impunité, de l’injustice, de l’esclavage ? Mais vous n’avez d’yeux que pour la seule bourse aux idées qui peut-être illuminera un jour votre idée d’une bourse pérenne et pleine, palliant le manque de l’impuissant qui érige ses tours de verre comme des phallus prometteurs.

Non, vous ne pourrez pas me faire monter au bûcher. Il faudrait alors que vous puissiez brûler aussi tous les saltimbanques du monde ! Non, vous ne me ferez pas passer sous votre vieille guillotine. Il vous faudrait la multiplier à l’infini !

Déjà trois millions d’analphabètes dans le pays des droits de l’homme et des droits de l’enfant ! Six millions dans dix ans ! Quand bien même la moitié de vos sujets seraient analphabètes, l’autre moitié trouvera ses forces dans la colère et dans la dignité, les coudes serrés, pour donner du sens aux mots de 1789. « Nous mettrons des bornes à l’exception souveraine dans sa fonction vengeresse. » Et « le peuple rentrera dans les prisons pour récupérer le glaive de la loi. » Et encore, « votre loi est scélérate, la loi devrait être la loi pour tous ! »

Non, vous ne me ferez pas entrer dans le club. La culture n’est pas un club. Elle ne ferme jamais ses portes. La culture est le seul rempart qui ne soit pas de pierres, ni de béton, ni de grandes promesses, ni de manipulation symbolique. C’est le rempart d’ouverture qui donne à tous la parole, c’est le rempart aux pieds duquel chacun vient pour se ressourcer, pour boire jusqu’à plus soif de la créativité et de l’inventivité humaine.

Allez ! Je vais dire un gros mot, pour vous qui ne me connaissez pas, pour vous qui souhaitez m’instrumentaliser pour que je remplisse les poches de quelques uns dont la culpabilité taraudes les tripes jusqu’à ce qu’ils ne puissent dormir sauf à créer une fondation de bonnes œuvres afin de justifier de ses gains honteux. Aller, je vais vous le dire. Je suis pour que l’être se dépasse dans sa créativité, je suis la culture qui donne du sens à la vie, la sublimation du geste et du mouvement, la sublimation de la parole. Au lieu de cela, vous souhaitez me faire entrer dans le club de la langue de bois, celle qui ne dit rien qui puisse grandir l’homme, celle qui ne fait que rabâcher toujours la même chose et ne voit plus que la seule image des tiroirs caisses. Mais vous êtes aveugles. Vous êtes insensibles au point de ne même plus sentir ni rougir de tout le sang que vous portez sur les mains, de tous les sangs que vous faites couler pour vos petits profits. Vos choix sont indécents. Vos mégalomanies vous rendent fous et les visages surveillés sur vos réseaux d’écrans, malgré les milliards de pixels, seront floutés parce que la vie n’est plus sur votre scène. La richesse de l’homme n’est pas dans ce qui se voit. L’important ce n’est pas ce qui se voit !

Le spectacle s’est déplacé. Restez dans vos palais Brognard et dévorez votre spectacle hallucinant d’immobilisme jusqu’à l’overdose. Nous, nous osons. Nous ferons que la vie soit un spectacle permanent. Les saltimbanques ont déjà commencé à réinventer la vie sans vous. Les enfoirés donnent du baume aux cœurs des ventres creux. Mais bientôt, quand il ne restera plus ni forêt, ni pâturage, ni légumes, ni eau, ni énergie, vous vous rendrez compte que la monnaie ne se mange pas, et que le billet ne nourrit pas son homme.

Une dernière chose ! Du haut de votre échelle, vous jugez que les saltimbanques ne sont pas productifs, que la culture, celle qui n’est pas dans le club, ne vous enrichit pas assez. Mais si vous aviez les yeux ouverts, vous pourriez découvrir toute la richesse de la valeur ajoutée qu’un seul homme produit, un seul qui transporte ses spectateurs jusqu’au bout du monde, en semant la tolérance, la solidarité, et la curiosité, sans parler des autres valeurs que vous bafouez en les gravant sur les frontons de nos établissement publics, un seul qui entraîne dans son voyage une troupe grandiose de musiciens, de techniciens, d’ingénieurs, de gestionnaires. Je ne parle pas de l’ouverture, dont le seul mot est humilié et traîné dans la boue dès que l’un de vous le prononce, en poussant le peuple à coups de mensonges dans le gouffre béant.

Si vous aviez les compétences de bons gestionnaires, vous découvririez que l’on peut faire des économies gigantesques, en réduisant la délinquance, en limitant la convoitise, en adoucissant les mœurs que vous transformez en pure brutalité, jusqu’à des degrés rarement atteints (en réponse à la brutalité de vos manœuvres diffamantes et humiliantes) que l’on économise en donnant à tous le plaisir de vivre décemment avec un temps de repos suffisant ou chacun pourrait faire de la musique et chanter son hymne à la vie, en validant la production de tous par l’encouragement et la reconnaissance. Mais au contraire, soumis aux lobbyistes de tout poil, vous prenez toutes les décisions contraires au bien du peuple, au bien de l’humanité toute entière. Du haut de votre échelle, vous ne voyez même pas l’artisan qui répare ses pieds, qui assure vos appuis, qui sait par le seul travail de ses mains rendre cette échelle fragile au point que bientôt elle s’écroulera sous vos gesticulations. Vous pleurerez un jour de ne plus trouver une seule main capable de construire votre échelle. Vous ne cessez de prédire l’avenir et le temps sans vous rendre compte que la situation élevée dont vous jouissez, c’est grâce aux mains laborieuses qu’elle existe.

Non ! C’est dégueulasse de faire ce que vous faites. Tuez-moi. Je ne suis qu’un petit bout de la culture, une infime partie. Nul n’en connaît la grandeur et ses limites, parce que justement elle ne s’est pas enfermée dans un club privé, privé de tout et de tous.

La culture est à tous. La culture est pour tous. Et tous deviendront saltimbanques au moment même où la culture gagnera. L’art est à la culture ce qu’est l’esprit au corps. Réduire la culture comme on ampute un corps, c’est graver dans l’esprit des blessures si graves que le temps ne les efface plus. L’art se nourrit depuis des siècles des blessures infligées. Notre liberté passe par ce chemin. Et sur ce chemin vous souhaitez marquer à tout jamais les griffes de vos attaques.

Tuez-moi donc, avant que je ne m’étouffe devant l’immensité vertigineuse de votre inconvenance, avant que « nous donnions l’alarme avec des cris d’oiseaux », comme le criait le poète Léo Ferré.

 

Texte écrit en 2009 durant la campagne de soutien à Richard Martin face à la réduction des budgets réservés à la culture. La D.R.A.C. d'Aix en Provence gère les fonds selon des convenances personnelles et des critères mesurés avec des méthodes incompréhensibles. Depuis, les maigres subventions ne sont allouées que sous peine de tracasseries administratives multiples et stupides, selon les méthodes bien rodées des abus de pouvoirs qu'utilise tout occupant qui n'a de cesse d'humilier les occupés. Une France sans culture sera bientôt comme la grande foire au tourisme de masse.

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 23:00

Contre la xénophobie ! La manifestation était organisée par la LDH et dans le même temps s'ouvrait le premier festival de Radio Galère à la Friche de Mai : Paroles de Galère.

Le petit micro trottoir que vous pouvez entendre ici http://dl.free.fr/jrYkDcKP4 se passe entre le vieux port et les portes de la poste Colbert.

L'accès se fait par mon adresse mail et le mot de passe est 04092010. 

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 22:09
Je m'appelle Dimitri.
Je ne sais plus dire mon nom de famille. Ou plutôt, je ne peux même plus le prononcer. Dans les mois qui ont précédé ma fuite, il m'a fallu prendre des décisions impossibles alors que je venais d'avoir dix huit ans.

Mes parents travaillaient dans les services de police et leur zèle ainsi que leur bonne conduite furent très remarqués par un supérieur qui les prit à son service. Je sais maintenant que leur mutation aura bouleversé toute leur vie depuis plus de trois ans, et la mienne puisque je ne les ai plus revus, ainsi que la vie de mes frères et soeurs plus jeunes que moi.

Un oncle dont je ne soupçonnait pas la moindre complicité avec les services secrets m'a une fois téléphoné, peut-être un mois après leur départ. Il me disait que mes parents étaient tenus au secret le plus stricte et que je ne devais plus compter sur eux. Ensuite, il m'annonçait qu'après ce coup de fil je ne devrais plus jamais téléphoner.

Moi, j'avais quinze ans quand ils sont partis. Je ne suis plus allé à l'école et faisait tout pour m'occuper des trois petits dont j'avais tout à coup la charge.

Au début, j'avais trouvé un travail de commis boulanger juste au bout de la rue. Il me fallait me lever à deux heures du matin mais le boulanger me laissait rentrer à la maison de sept à neuf pour lever les petits. Juste le temps de les mener à l'école et je reprenais le travail. Vers les onze heures, ayant fini de nettoyer le fournil, je pouvais retourner à l'appartement. Là, je m'occupais comme le faisait ma mère. Et finalement, mon organisation permettait que tout se passe bien.

Petit à petit, je devenais taciturne. J'avais l'impression que le monde se resserrait autour de moi.

Une fois, le plus petit toussait. J'allai demander au boulanger ce qu'il faut faire mais ses conseils n'ont pas amélioré la toux. J'ai alors cherché dans le bottin le docteur le plus proche et m'y suis rendu car la ligne téléphonique était coupée. Heureusement qu'il habitait dans la rue voisine. Je lui ai présenté le petit dans l'après-midi mais quand je lui ai dit mon nom, le docteur nous a dit qu'il ne pouvait rien faire et gentiment conduits sur le pallier. Sur le moment, je n'ai pas compris sa réaction.

Je me suis alors adressé au pharmacien devant l'officine duquel nous étions passés, pour qu'il nous donne le médicament approprié et quand j'ai payé avec la monaie du fond de ma poche, il m'a remercié et demandé notre nom de famille. Une fois entendu, il nous a prié de ne jamais revenir chez lui.

Moi, je me disais que bientôt je devriendrais boulanger à mon tour, comme le patron. Alors je faisais des efforts. Mais un matin, la boulangère a servi un gros pain à un  Monsieur très bien qui n'a pas payé. Je l'ai vu depuis l'arrière boutique. Elle a même fait signe qu'il lui était très agréable de le lui donner.
Le Monsieur avait un pardessus très long, comme un imperméable, et son chapeau me rappelait celui de mon père, le dernier jour où je l'ai vu partir. Il m'avait juste fait la bise et dit : soit courageux mon petit ! C'est avec beaucoup d'efforts qu'on devient un homme !" J'ai gardé ces mots comme un trésor dans mon coeur.

Mais, maintenant, ce trésor me consume de l'intérieur. En France où j'ai réussi à pénétrer, je me cache et j'ai peur de devoir un jour présenter mes papiers. Je les ai toujours dans une pochette sur ma poitrine. C'est là que je sens des larmes, des larmes qui perlent sans arrêt, une pour ma petite soeur dont je ne sais plus rien depuis que des gens de Croatie l'ont prise en charge. J'ai peur qu'ils lui fassent du mal. Ici, à la porte des Lilas, je vois plein de jeunes filles qui sont abusées, humiliées, traînées jusqu'aux enfers de la prostitution. Une larme donc pour Katherina ! Une pour Vladimir qui, j'espère, a pu s'en sortir. Lui, il s'était engagé dans l'armée, mais depuis la réunification des deux Allemagnes, je ne sais plus rien. Une larme pour lui ! Et puis, une pour Boris, le plus petit que j'ai laissé tout seul, quand nous avons quitté le petit appartement en donnant les clefs au propriétaire. Lui aussi, il avait un chapeau et une grande gabardine. Il avait été très doux mais très ferme. "Pour le loyer impayé, ne t'inquiètes  pas ! Jusqu'à tes dix huit ans, c'est le boulanger qui avance les sous. Après, tu rembourseras, à ton rythme.
Donc, trois larmes, et encore trois larmes dans mon coeur parce que je ne pleure plus depuis longtemps. Quand la boulangère avait donné le gros pain, j'avais préssenti un virage dans ma vie. Le lendemain, le patron me demandait de ne plus venir. '"C'est à cause de ton nom de famille ! Tes parents ont fait quelque chose qu'il ne fallait pas faire !" Alors, à seize ans, je décidais de ne plus jamais dire mon nom. Je me nomme Dimitri, c'est tout ! Et bien vite, mes petits frères et soeurs adoptaient cette même consigne.

Je ne sais pas comment nous avons vécu ces deux années. Les enfants n'allaient plus à l'école. Ca leur était interdit. Le pharmacien ne nous recevait plus. Le boulanger me donnait un pain en cachette toutes les semaines. Il le déposait la nuit sur le couvercle de la poubelle avant que les travailleurs de la voirie ne la vident. Mes frères et moi, c'était chaque nuit le moment de nos escapades pour aller chercher de quoi manger. Nous devions aussi aller chercher l'eau de la fontaine parce que les robinets n'en fournissaient plus, dans l'appartement. Nous n'avions d'ailleurs ni gaz ni éléctricité. Très vite, j'avais enseigné aux petits qu'il fallait se débrouiller tout  seul sans jamais dire son nom. Heureusement, Berlin était une grande ville où nous pouvions nous débrouiller dans le plus grand des anonymats.

Quand le mur est tombé, nous avons fait des amis. C'était une nuit formidable. Pour mes dix huit ans, j'ai tappé sur le mur avec une lourde masse et j'avais l'impression de vanger toute ma vie d'adolescent. C'était bien la Stazi qui me l'avait volée.

Maintenant, à la porte des Lilas, je survis en travaillant dans le bâtiment. Mais nul n'a jamais entendu mon nom. Ca, je ne le souhaite à personne. Etre sans nom, c'est être handicapé. Ressentir ce remords d'avoir abandonné les siens, c'est une blessure incessante et non guérissable.

Hier, j'ai cru apercevoir le Monsieur de la boulangère ! J'ai eu si peur que j'ai couru toute la nuit. Des vieux réflexes comme celui là, j'en retrouve chaque jour. Je ne le souhaite à personne.
Dimitri. C'est tout !





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