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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 15:14

 

 

Les jours monotones se promènent et broutent l’habitude. Aux Deux Margots, le ronron bourdonne de tous les amis qui butinent. Il réjouit la banquette qui s’ébroue entre deux miaulements calembouresques. Ma présence à la mécanique bien rodée s’accorde à leur attitude de penseur qui sent le parfum du bon goût de Saint Germain des Pieds.

Serge se plaint de ne faire que piètre poète alors que ses chansons pétillent de délicatesse. Simone et Yves prolongent leurs baisers en narrant les ébats qu’ils usèrent dans leur dernier tournage filmeux. Jean Saul me regarde mais n’a d’œil que pour Juliette, la muse du tout rive gauche bien que l’autre restât coincé vers Simone de Faudravoir. Celle-ci fait une de ses gueules qu’elle croit jouer à savoir cacher. Mais leur petit croche-croche fait jeu d’enfants sous l’unique pied des tables bistrotées.

Ah ! Il manque un personnage ami, mais je ne sais pas lequel !

 

Ce soir, le quarante sixième jour de févendre, je prendrai ma trompinette au sortir de son bain de sels d’or, l’objet seul qui sache me ravir la vedette même si… Même si l’imaginaire me ravit aussi, et très souvent, tout autant que la musiquette. Mais je suis muet, chose rare. Je pensomme. Ne faire rien est vain, comme faire, d’ailleurs vain tout aussi, sauf que faire la guère est bien pire encore ! Mais rester à se rincer ici de mots et de gorgées, pour enfin dire tout le rire qu’ils nous font, demande sa dosette de lâcheté sous une pincée de sel de couardise.

Je ne suis pas là dans mon train de sentiments car j’ai pour longue habitude de ne pas laisser les autres organiser mes voyages. J’ai tout bien rangé dans la maliette que j’ai hissée sur le haut du filet, dans ce compartiment surchargé. Même assis parmi les six amis qui se serrent sur la longue banquette verte et tremblante, je peux me reculer pour prendre sur le vif les gesticulatoires du pré. Je les saisis plus que les mots qui se pressent et se tressent en nattes de raphia où se posent et se reposent les miens avant d’être inhumés sur l’hôtel du conversatoire.

 

Si ! Si ! Je m’amuse du bruit des museaux et des frissons de l’oreille ! Mais les jours se promènent en chapelet sans pouvoir oser, jamais, les rangs par deux où leurs bras en gestières synchrones pourraient être dessus-dessous. Ces jours successifs bouillonnent légèrement au rythme des vagues et parfois écument aux couleurs des sels numérotisés qui épicent leur clarté. L’homme n’y prend pas garde, ni à son tour ni au tour du rôle. Jean Saul Partre est par trop affairé à tirer les brins de son essentielle théorie, tellement pelotée qu’elle n’aura jamais fini de nous plonger en situation à l’isme de sa loghorrée. Sa petite prinçounette légère rit de tout et minaudine au rond des tables, appréciant d’être choyée. Elle prône la liberté, le libre-été et le liberrantisme. Mais à l’inverse ne pouvant s’empêcher d’occulper chaque genoux, elle butine de mâle en mâle et s’y pose avec ce qu’elle a de si joliment cultivé. Mais à ce tant pré-ci, là même où je suis et la suis, je me pose la question de mon aptitude à quelque psychanalyserie qui nous abaiserait au raz des pâquerettes !

 

Je ne peux adhérer à leur fichtre de communisme parce que j’aime trop la musique, maîtresse toujours à portée de clé qu’aucun silence n’endort. Si je dois parler un jour sans fin à l’un de ces consultatifs analystiques où chacun se fait un joyeux plaisir à règliquider son silence, je commencerai par dire combien la trompette m‘aime et ce sera là curieuse fàcheuserie d’entrer en amour transféré pour s’en dépêtrer chèrement.

 

Quelques mots se précipitent sur mon petit carniquet à couverture cartonnée qui me présente ses traits tirés depuis la nuit pareille de la veille. Il est vert (le rouge les aurait fait sourire). La maladie me surprend à me faire cette remarque, non sans ironie, que je la souligne presque à chaque paginette. Il est certain que la grande forme ne m’habille pas et que mon sciensavoir ne m’aidera pas pour affronter les résultats que les médecins de la Salpêtrière durent me déclatter à la figure. Moi ! Je me sais foutu personnage ! Mais les autres n’ont pas l’idée de ce que je crains. Ils continuent à jouer leur rôle et rifortent de leurs dents et de leurs astuces jusqu’au soir où tous viendront à la Cave Saint Germain pour écouter notre jazz sans cesse renouvelépété.

 

Sous l’écume pourtant, au delà des rires gronde la vague. Je suis dans la peur, je le confuse là, exceptionnellement. Brassens, parmi tous mes pots, est le seul à savoir ce qui me traverse mais il a le goût, excellent, de ne pas en parler. Lui, ainsi qu’Aragon le bougon, discrétionnent affectueusement sur ce point pour ne pas déranger mon intime. J’apprécie !

 

Les murmures m’encerclent, chaleurisent mes membres d’une chaleur qui ne se dit pas, d’une agréable chaudiesse dont la richesse est d’exister pour celui seul qui la sent. Me souvenise alors ma mère, pas trop spécialiste de tendresses, mais dont la présence arrosait mes prés. Nul besoin de dire son soutien efficace. Ma faiblesse physique ainsi que mes crises me fatiguaient. Elles l’intimaient à cette présence discrétionnée jusqu’à l’encouragement. Ni ma scolarité domiciliaire, ni mes études mathématicaires, ni mes frasques jeune-hommesques, ni les bizarreries musicalesques ou peinturelesques de moi-même et de mes amis, ni même ces quelques conquêtines superficielles ne l’auraient dérangée. Sa fierté pour ses enfants ne pouvait vaciller. Quand à mon père, rentier heureux, il se disbossait en permanence pour nous encourager sur notre chemin. Aussi suis-je toujours perfectionnant, écœuré de l’inéluctable finitude des choses, aussi parfaites soient-elles.

 

Mais cette fois, point de perfection ! La honte d’être humain et je le sérieudis ici pour de bon, honte d’être humain avec justement cette pointe d’inhumanité qui fait le sel de la mousse en surface évanouissante.

 

Ah ! La personne qui manquait ! Claude Paudel, celui qui oppose aux situations les arguments majeurs, ceux-là même qui poussent à la redébattue jusqu’au soir tard. Un vrai pataphysicien ne s’y trompe pas !

 

Je ne sais si je serai publiqué dans le cas où je termine ces pages sur l’inquiétude d’être humain ! Mais c’est égal ! Il ne faut pas que je m’en inquiète ! Que je me pense plutôt en train de voler plus haut, dans les sphères imaginaires afin d’y puiser les ressources profondes dont j’aurai besoin ce soir, aux lèvres de la belle trompinette ! L’improvision demande rigueur et fantaisie, deux objets volants identifiés qu’il faut décocher bien haut. Je vole sur la falaise et personne ne me rattrape sauf cet imbécile de Montant qui me tape la manche pour une cigarette. Il aurait pu tirer la cigarette sans autre gestidiotie puisque le paquet restait posé sur la table sous laquelle il bougeait les pieds de la rebelle. Je glisse alors sur le chaud de l’air jusqu’au sable fin de la plage qui s’échappe à mesure de mon approche. Je m’envole doucement jusque dans la poche de mon veston, cintré sur la chaise, car j’avais laissé ma place à Paudel sur la banquinette verte et miaulinante. J’y ai fourré la main et cru sentir un petit crabe me pincer le doigt. Mais non ! La petite boite d’allumeuses était restée entrouverte, c’était tout !

 

Je les vois tous à rire comme si j’avais mis un nez de clown et je décide ce jour là de mourir. Non ! Ce n’est pas mettre un terme au chapelet de mes jours ! C’est décider de partir aujourd’hui à penser qu’il ne reste à vivre que des jours sans fin sur lesquels danse une écume légère et salée d’une pointe d’inhumanité. J’ai appris plus tard que les rires s’adressaient au beau Serge qui racontait une histoire en gesticulant à la Reggiani, sa casquette à bout de bras jusqu’au fameux baiser sur le front de Casque d’Or, baiser qui fit à Yves une grosse torsion de jalouserie au point que les rires se firent moqueurs, soutenus par les remarques percusionnantes de la polémiqueuse de Faudravoir.

 

Ils se sont tu à l’entrée de Jacques et de Jeannine Prévert sur le coup de la diseptaine heure. Lui, fait alors sauter l’ambiance en bulles fines par quelques uns des ses derniers poèmes enthousiasmarrants.

 

J’ai pris congé du groupe sourieux afin de retrouver mes amis musiciens dans la Cave Saint Germain. Une toute autre ambiance ! Ce passage me rappelait, présence exquise d’un souveureunir délicat, quand je quittais ma mère et nos joyeux jeux de cartes pour rejoindre mon père et sa fougue contagieuse, fiévreuse même. Contagiévreuse ! Simplement !

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