Un chemin, une réflexion, et la poésie pour le plaisir, au pied
du Garlaban !
L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.
L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.
Que d’espoirs déçus ! A l’intérieur même de la bande de Paca se dressera un nouveau mur. Son parcours n’est pas encore défini, mais son but ne fait aucun mystère. Le nouveau Marseille doit être construit depuis les grandes tours du port qui n’est plus autonome jusqu’au David, afin de privilégier les abords de la mer, atout majeur de Marseille.
Pour permettre aux usagers de l’autoroute qui arriveront à la porte d’Aix, d’une part, aux grands voyageurs du TGV qui sortiront de la Gare Saint Charles, d’autre part, un vrai couloir sanitaire doit être aménagé. Ils pourront descendre en toute sécurité la Canebière et rejoindre le Vieux Port et joindre aisément leur domicile Rue Paradis ou le quartier des affaires par la Rue de la République. Le problème ne se posera pas pour les voyageurs en provenance de Marseille Provence que l’Autoroute du Littoral mène directement dans le dit quartier des affaires. Il est probable que la porte d’Aix soit isolée complètement des rues qui convergent sur la place Jules Guesde afin de sécuriser la Rue Charles Nedelec qui rejoint Saint Charles.
L’absurdité n’étouffe en rien les occupants qui obligeront les véhicules à ce grand détour par le Boulevard d’Athènes pour éviter le Boulevard des Dames ou la Rue de la Joliette où les expropriations demanderaient beaucoup trop de temps. Un habitant du Cours Belsunce, n’a qu’une solution pour se rendre au marché des Capucines : faire un détour par le Boulevard de Strasbourg, qui prend dans la Place Marceau, s’engager ensuite par le Boulevard National jusqu’au dessus des Réformés, rejoindre La Plaine par le Rue Saint Savournin, pour redescendre enfin par la Rue d’Aubagne, ou la Rue des Trois Mages puis le Cours Julien. C’est dire combien les familles séparées par la Canebière trouveront de difficultés.
Le pays tout entier vit sous l’occupation des pouvoirs financiers qui n’ont de cesse de soumettre le peuple à leurs dictats. Une seule poche de résistance subsistait jusqu’à ce jour dans des conditions hallucinantes, la bande de Paca. La raison en est que Marseille a toujours été rebelle. Mais désormais, la bande de Paca elle-même devra se soumettre à une nouvelle occupation sous le prétexte d’un nouveau Marseille, capitale de la culture en 2013, selon les forces de propagande du pouvoir, et cette enclave au sein même de la ville n’est autre qu’une colonie dans la bande résistante. Le terrorisme sera petit à petit vaincu !
En 2013, la circulation dans Marseille donne cette impression vertigineuse de ne jamais savoir de quel côté du mur on se trouve. Les forces du maintient de l’ordre sont partout, les caméras de surveillance sont positionnées de chaque côté de l’édifice, et les projecteurs puissants ne sont disposés d’après aucune logique accessible au passant qui se sent encore anonyme bien que les services de renseignement aient toutes les informations nécessaires au contrôle des habitants comme des touristes. Le nombre de points de passage ne cesse pas d’augmenter et les interrogatoires prennent de plus en plus de temps.
La culture s’étouffe. La grande bibliothèque de l’Alcazar ne reçoit plus que les gens du quartier, du moins quand ils ne sont pas préoccupés par leur survie. Le Théâtre Toursky ne peut plus vivre de sa seule mendicité. Les petites salles ne servent qu’à l’hébergement des sans abris toujours plus nombreux. Mais le ballet des limousines blindées sur la Canebière n’a d’équivalent que le spectacle des bateaux et des régates de luxe qui envahissent la baie. Rares sont les Marseillais qui souhaitent ou qui peuvent les observer. Souvent, ils n’en ont pas envie. Le plus souvent, ils n’en auraient même pas la possibilité, la mer étant interdite depuis des années.
En France, des voies commencent à s’élever contre l’occupant qui méprise toutes les règles internationales et bafoue les droits de l’homme. Quand je dialogue avec Abdu qui vient de me présenter son ami historien, Khalil, sa remarque me semble percutante, mais ne laisse que peu d’espoir à court terme.
« Tous les empires qui ont occupés des terres nouvelles se sont dans un premier temps enrichis. Mais le coût de l’occupation leur est devenu petit à petit insupportable et leur repli ne s’est pourtant jamais accompli sans la pression des rebelles. Même s’il est exsangue, l’occupant ne baisse jamais les bras. Il en va de n’importe quel système solidement établi : sans une force considérable pour l’anéantir, il ne s’avoue jamais vaincu.
La culture est à l’heure actuelle solidement constituée comme un système, tout à fait pollué par les règles de la finance et de la spéculation. Son point faible, c’est qu’elle est entièrement creuse et virtuelle. Les résistants sont peu nombreux. Mais leur action n’est pas virtuelle. Ils agissent dans le concret, depuis la grève de la faim, comme le font en ce moment Richard Martin et Jean Poncet, les tagues sur tout support, les marches joyeuses et les spectacles de rue, jusqu’aux prises de risques les plus extrêmes. On ne dit plus comédien mais saltimbanque.
Voir des vivants sur des planches n’est pas comparable à la passivité subie devant le petit écran. L’uniformisation de l’image sera sa perte. Le play-back nous semble déjà désuet. Nous allons bientôt jeter les télés, mais le système ne baissera pas les bras pour autant. Il attend que des forces l’écrasent. L’histoire nous l’a prouvé maintes fois ! Regroupons nos forces ! »