Mardi 13 octobre 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

« Nous fermons les robinets. Nous détournons les canaux. Nous persuadons le soleil de ne plus éclairer les rebelles. La mémoire des peuples doit être détruite car son entretien empêche l’évolution. Tout doit disparaître pour le nouvel ordre. Qu’importe les bruits de la rue ! Qu’importe la foule des ignorés ! C’en est assez de la démocratie qui mène à la crise ! Que règnent enfin notre liberté ! Nous avons besoin d’investir, de moderniser, de créer de la richesse, et les lois nous réduisent à l’inaction, freinent notre innovation, brident notre esprit d’initiative, ralentissent nos révolutions monétaires. »

 

L’orateur se lamente et montre les menottes qui entourent ses poignets, en levant les poings à l’horizontale.

 

« L’histoire, la culture, les grands auteurs, la philosophie, les sciences humaines, les lumières, la renaissance, tout votre arsenal subversif nous entrave et ne cherche qu’à nuire au progrès. La planète entière souffre de votre contestation permanente. »

 

Un porte parole, fier de son action qui ne le fatigue pas, enrichi de ses actions qui ne le contraignent à aucun sacrifice, brandit son porte voix :

« Monsieur, arrêtez-vous, vous allez vous fatiguer ! Trop de convictions vous entraînent dans des efforts inconsidérés. Faites confiance à notre force pédagogique. Avec le temps, avec nos experts en communication et les spécialistes des sciences cognitives, nos arguments finissent toujours par l’emporter. A ne pas se presser, l’évolution marche d’un pas mieux assuré. Prenez du repos, et consultez le chiffre de vos résultats. Cela vous redonnera de l’énergie. Ne vous inquiétez pas, nous avons les moyens de les faire taire. »  

 

Dans l’assemblée, quelques anciens gardent encore le souvenir de ce genre de parole, sans bien savoir en quelle occasion ils ont déjà entendu ce qui lui ressemble. L’un d’eux se lève et crie cette phrase horrible dont le souvenir lui torture encore les tripes. C’était sous l’occupation. Il était un jeune résistant. Il l’a entendue prononcer dans un français impeccable : « nous avons les moyens de vous faire parler ! Nous avons les moyens de vous faire parler ! »

L’ancien s’évanouit.

 

Le porte parole la laisse tomber : « vous voyez bien que l’histoire ne peut que nuire ! Nous empêcherons que la bande de Paca ne devienne une zone de non droit. Nous dresserons les murs qu’il faut pour que nul ne puisse encore parler. Marseille sera bientôt la Capitale de notre culture, oui, de la nôtre. S’il le faut, nous coloniserons tout le territoire, sans laisser la moindre trace du passé. Quant au théâtre TOURSKY ! N’en parlons plus. L’affaire est close.

Je vous remercie de votre attention ! Les affaires m’attendent !»

 

 

 

Par topotore - Publié dans : nouvelle noire - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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