Un chemin, une réflexion, et la poésie pour le plaisir, au pied
du Garlaban !
L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.
L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.
Mickaël cherche quelque chose. Il se baisse, regarde sous les meubles, passe la main au fond des tiroirs, déplace les petits cadres et soulève le couvercle des boites. Puis il recommence. Il se baisse, regarde sous les meubles, passe la main au fond des tiroirs, déplace les petits cadres et soulève le couvercle des boites. Une première fois, puis une seconde fois, et encore, et encore. Le bruit simulé de la capture d’une photo l’arrête. L’homme dont le téléphone portable enregistrait une rafale de quelques vues s’inquiète de savoir ce qu’il cherche. Il n’est pas de Marseille et semble ne pas comprendre ce qui se passe à Marseille, encore moins sur la scène du Toursky.
« Je vous vois dans l’embarras, Monsieur. Si vous me disiez l’objet de votre recherche, peut-être pourrais-je vous être utile ? Je suis Sébastien, militant pour la paix. A cette interrogation que vous ne posez pas mais que je devine, je vous réponds, pour la paix partout dans le monde... Et je remarque votre soulagement ! (L’appareil refait son bruit !)
Hélas ! Comment pourrais-je me sentir soulagé ? J’ai perdu la clef, ou bien quelqu’un me l’aura subtilisée... Hum ! Quel drôle de mot ! Subtil, et lysé ! Je ne sais pourquoi je vous dis ça ! Il est probable que nous ne soyons pas sur le même navire ! Moi, je rame depuis des années pour le droit à la culture ! Pour que tous les hommes puissent y accéder. Et depuis des années, des courants de plus en plus forts m’obligent à ramer jusqu’à l’épuisement... Je n’ai pas la clef !
Pardonnez-moi, Monsieur, mais je ne saisis pas. Quel rapport avec les mots « subtile et lyse » ?
Nous ne ramons pas ensemble... Ma crainte était fondée... Cherchez avec moi, s’il vous plait, et vous trouverez peut-être ! Mais de grâce, rangez cet appareil dont je ne supporte plus le bruit, ni même son obstination à vous asservir. (L’homme n’arrêtait pas de lancer ses petites rafales !)
Je ne comprends rien. Je vous soutiens dans votre lutte. Mes images partent dans l’instant vers les correspondants du monde entier. Notre dialogue l’accompagne et vous me dites des choses que nul ne peut comprendre. Mais je veux bien chercher la clef avec vous. Je suis pour la paix.
Le monde est saturé d’images. Il est envahi par l’image. Il est sous occupation, tout simplement parce que les images qui saturent nos espaces ne sont pas les images que nous désirons regarder. Ce ne sont pas nos images. Personne ne se reconnaît dans les images qui nous occupent. Nous aimerions voir les images de la dignité des gens. Nous voudrions voir des sourires de soulagement, après que des battants aient reçu en récompense la reconnaissance de leurs droits. Nous voudrions voir des gens qui construisent ensemble une solidarité entre voisins ou villageois, qui font de la musique et participent aux chants et aux danses, qui encouragent chacun sur le chemin qui l’épanouit. Au lieu de cela, nous voyons des performances et des compétitions, dans l’isolement, la solitude et l’individualisme. Chacun met son casque et se coupe du monde avec son format mp3. Il court, il parie, il sms-atise (pour des sommes astronomiques que certains engrangent quand d’autres somatisent), il e-mailise, seul devant son écran minuscule... Il s’ouvre au monde, dit-on ! Mais finalement, il se ferme au monde qu’il ne voit plus, à celui qui est à sa porte et qui bientôt lui demandera de chercher une clef, lui aussi. Cherchez-vous la clef ?
Vous êtes fâchés avec le monde moderne, avec le progrès !
La technologie évolue bien heureusement et je m’en réjouis. Mais le monde moderne est un monde où le progrès ne sert qu’à construire les murs d’incompréhension, ne sert qu’à augmenter les différences et les séparations, ne sert qu’à provoquer l’exclusion du plus grand nombre pour l’enrichissement d’un petit nombre. Le progrès n’est pas en cause ! Il devrait se concevoir comme la propriété de tous les hommes. Mais non ! Le progrès n’est plus qu’un outil breveté que certains ont volé. Toutes les richesses de l’humanité nous appartiennent. La porte qui les protège ne s’ouvre plus parce qu’on a volé la clef. Le partage et l'échange sont interdits, censurés !
C’est une marchandise comme une autre ! Rien n’appartient à personne. Tout se monnaye, selon les règles du marché !
Un grand mur, Monsieur, un grand mur s’est dressé entre vous et moi ! Vous ne le voyez pas car vous êtes aveugle. Et votre petit appareil, là, ne le voit pas non plus. Je vous l’ai dit, tout à l’heure. Nous sommes sous occupation. L’occupant se sert de l’image pour envahir tout espace libre. Il n’en reste plus beaucoup ! L’envahissement atteint même la vue. L’occupant est persuadé qu’en vous privant aussi de la vue, vous serez dans l’obligation d’avoir recours à lui. Ne cherchez pas la clef ! Vous ne la verrez pas ! Les marches vers la liberté, la culture seule nous aide à les gravir. La clef de la liberté, elle paraît, dessinée sur tous les murs dressés pour séparer. Elle paraît enchevêtrée dans tous les grillages qui bornent les camps de réfugiés. Elle sonne sur les barreaux de toutes les prisons. Cette clef, c’est le désespoir qui me l’a volée. Votre présence ne m’aide pas. Et quand vous dites que vous êtes pour la paix, ce n’est encore que de la com. Je ne marchande pas. Je ne me soumets pas à vos règles du marché...
Au nom de la loi, et pour le maintient de l’ordre, je vous arrête.
Peine capitale pour la culture ! Paris, subtil, aide à sa lyse !