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  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 22:00

 

 

 

C'était un maître queue de la belle époque, portant, fier, sa blanche toque, mais parfois secoué par de vilains tics.

Au piano de sa cuisine, il faisait merveille et se jouait des difficultés à préparer plusieurs plats simultanément.

 

Un autre piano, droit et noir, l'attendait dans la salle mitoyenne, placé dans l'angle de telle sorte que nul ne pouvait le voir pianoter que de dos. Une autre toque, en astrakan cette là, bien toquée pour cacher sa tonsure, une autre queue, ici de pie, bien mise sur l'arrière du trépied, une concentration énorme, plus grande que sur le feu, le ton sûr et le doigt agile, gommaient d'un trait tous les tics observés précédemment.

 

Tous admiraient le passage de la sole mijotée sur filet de raie braisée, en cuisine, à la sarabande en sol minoré qu'il jouait volontiers en ré biaisé, dans le salon. Ce n'était pas du toc. Il troquait les pianos comme Don Juan les femmes. Il jonglait de la soupe de fève sur mie dorée à quelque farce enjouée dont il se riait au piano en mi diésé, mais toujours de dos ! Et ce, jusqu'à ce qu'un jour, un fat le surprit et mit, là, un bémol où le maître ne l'entendait pas.

Toqué, il ne put que tiquer et disparut.

 

Il disparut donc, honteux de la disconvenue qui tordit sa carrière suffisamment pour que les tics reviennent à tous les pianos en redoublant d'intensité.

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