Un chemin, une réflexion, et la poésie pour le plaisir, au pied
du Garlaban ! Je ne suis pas bien dans ma tête et j’ai mal dans mon cœur.
Accroché au piton de l’espoir, sur cette corniche de la mort,
J’ai froid dans mon enveloppe, je pense aux proches en exil.
Sur ma tête encapuchonnée cogne la tempête glaciale,
A mes pieds le vide d’un autre froid vertigineux
Que les abruptes parois d’une lutte pour la survie
Rendent plus menaçant que la tourmente enragée.
Dessous, l’oubli qui dévale les éboulis et s’échappe en passant.
Ils sont là qui tremblent pour moi entre l’exploit et la chute.
Je les entends qui pleurent et qui prient collés à ma vie,
Suspendus aux lustres et aux temps de cette longue nuit.
Babette et Romain ont laissé leurs jumelles pour le poste.
Ils tendent l’écoute au moindre signal. Mais je serre les dents.
Un fond de neige dans le réchaud pour un succédané de réconfort !
S’arc-bouter contre les maux de tête ! Eviter le sommeil !
Au dessus l’espoir au sommet d’une gloire éphémère !
Deux cordes essentielles qui soutiennent ma vie !
Mais aussi l’horreur des roches décrochées qui craquent
Au gel de la nuit, qui menacent de m’atteindre dans ma fierté.
Le ciel s’assombrit et le noir se répand comme un sort maléfique.
Mon cœur se perd dans les remords. Pourquoi suis-je là ?
N’y plus penser mais réfléchir ! Ce serait trop nul d’échouer ici !
Ne pas dormir ! Respirer ! Bouger lentement chaque muscle !
Un par un depuis les pieds jusqu’au crâne et redescendre !
Mobiliser les extrémités, ne pas les abandonner comme les gosses !
Rester en vie, éveillé, pour vaincre la montagne transie dans sa nuit.
Que ne suis-je un rapace qui se jouerait de ses détours ?
Que ne suis-je un géant qui gagnerait dans la journée ?
Plus que six heures à se suspendre au son de son souffle !
Courage ! Mon âme ! Tant que pulse chacun des ventricules
Je ne t’abandonnerai pas. Demain sera le grand jour ! Grand !
Ce sera le premier et le dernier ! Je l’oublierai pour attaquer encore
Les plus hauts défis et me soumettre aux passions dominatrices.
Ils seront fiers de moi. Mais ils ne sauront jamais combien je lutte.
Plus que cinq heures à veiller l’éveil à la veille de l’exploit.