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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 16:48

Chère toi qui souffres,                                                                                                        (le 16/12/2009)

Je suis resté un moment sur les écrits où tu ne décolères pas. Sans jamais trouver les mots assez forts, tu cries ta douleur profonde, cette douleur qui sort de tous les pores de ta peau, cette douleur que réveille chaque fracture de tes os. Tu montres comment le crime de l’inceste détruit jusqu'à l'identité même de l'être.

Il bouchonne les issues, il mure les fenêtres, il salit  toutes les ouvertures que tu dois continuer à réouvrir sans cesse dans des efforts surhumains. Il prive de la parole, il prive de l'espace de communication, il prive de la respiration, il prive de la lumière du soleil, il va jusqu'à dé-visager la victime. Ce crime lui enlève son visage, il masque et dénature ce qui témoigne le plus de son identité. Chaque mot que tu lances le montre. Ce crime enlève même ton nom de famille parce que ce n'est plus le tien mais celui d'un père indigne, celui du bourreau qui devrait être cagoulé pour n’avoir pas de nom.

Reprendre de la voix pour trouver ta respiration. Marcher pour réapprendre le monde. Aimer pour déboucher sur le plaisir. Ce sont tes armes, même avec une canne, même avec un filet de respiration, même avec l'appréhension, même avec ce que tu ne peux pas nommer.

Je m'en défends "parce qu'un homme ne pleure pas", mais je suis sensible dans un cœur qui saigne doucement, une goutte de temps en temps, juste pour me persuader d'être humain, devant les atrocités dont il est capable.

 

Un jour, j'ai pu ouvrir un album de photos à l'Amicale des Algériens de Toulon. J'habitais alors dans le quartier de Chicago, en 1972. Et je nouais de bonnes relations avec des amis arabes desquels j'apprenais la langue, merveilleuse d'ailleurs.

Cet album avait pour titre : « Les Horreurs de la Guerre de Libération. »

Je suis tombé sur la photo d'un prisonnier torturé dont les français avaient découpé tous les muscles des avant-bras jusqu'à l'os. On pouvait distinguer le radius et le cubitus.
J'ai hésité avant de tourner la page. Sur la suivante, un crâne vivant. Paupières, lèvres, nez, oreilles, sourcils, menton, tous soigneusement découpés au scalpel. J'ai failli vomir et je me suis affalé sur le canapé tout moche dont le merveilleux accueil m'a prévenu de tomber dans les pommes. Je suis encore ébranlé par de telles visions d'horreur.

 

       La brutalité n’a pas de limite. L’humain est le seul vivant qui donne à subir tant d’horreurs. Mais l’inceste détruit l’être dans ses racines et le mutile dans sa croissance. Quel petite fille donnerait du sens à cette escalade dans l’abjecte disposition de sa chair avant même qu’elle ait organisé la relation à son propre corps. C’est la pire des tortures. Nul mot ne donnera jamais les dimensions de la chose, de la bête, de l’immonde, de la distorsion des sens, de la fermeture, de la culpabilité, de l’isolement, de l’enfermement dans l’antre des démons sordides…

 

Point par point, il te faudra découdre les ourlets serrés qui limitent tes chairs. Pas à pas, il te faudra tenter d’avancer vers un autre, claudiquant sur tes jambes durcies. Doigt après doigt, il te faudra réapprendre à oser toucher pour retrouver les sens de ta peau déchirée. Jour après jour, ton ventre devra revivre dans sa chaleur et ses palpitations. Il sera toute ta vie un corps à corps à livrer avec toi-même afin de retrouver ta dignité.

 

A toi ! Pour que tu sois fière bientôt de ta renaissance ! Pour que tu en-visages ton être !

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