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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 23:31

Il a intercepté ma pizza, cette tête d’enflure fascisante. L’autre calbassé de bistrotier me l’avait envoyée, chauffée à blanc. Elle n’est pas arrivée jusqu’à moi. Il avait tellement faim, le merlan, qu’il se serait bouffé le melon si j’avais laissé pisser. Mais ça m’arrangeait. Avec ma limonade, j’pourrais peut-être glisser doucement vers lui pour y tirer les vers du nez, qu’il a très long d’ailleurs.
 

Mais un gros lardon à glissé dans le ragoût mijoté. Un gros barbu, laid, granulé de mauvaiseté, s’est fâché tout rouge, a tiré sur la manche de l’enflure tout blanc pour lui pelleter une bordée de saloperies que j’peux pas répéter. Ca ferait trop noir !
 

-         T’es un foutu nergumène ! Qu’il a fini ! C’est de la beaufitude en gras double c’que t’as fait ! La pizze elle t’es pas destinée. C’est à Mossieur !

-         Tout doux ! Tout doux ! Essayais-je de m’interposer en me raclant la luette tant l’odeur d’alcool mêlée de rot planait sur du zinc. J’en commanderai une autre. Les anchois, ça me revient. Je les digère mal.

 

La moule du troquet qui se trémoussait dans le coin sur le skaï rouge, sale comme la bonde de son évier, rougeasse, un peu pétasse et pas que sur les bords, se lève avec un bruit de ventouse bien collante, s’approche du barbu comme si c’était son mec et lui fout la main sur le troufion.

-         Il se la ferme donc jamais ! qu’elle ditube en lui arrachant la fesse. C’est un emmerdeur de première. Mais laisse les donc se bécoter sur le zinc si c’est leur truc. C’est pas parce que tu joues du god qu’il faut te foutre dans la tronche que tout le monde il est comme toi !

Prenant les autres à partie comme pour déposer sa plainte et gerber sa haine :

        -    En plus, il ronfle comme un peigne cul. C’est pour ça que j’ai fait ma valoche et que je l’ai planté là, avec son jouet dans le choux. De toute façon ce mou de la tringle il érectait plus. Il fallait que je lui tartine le sandwich de poivre gris et de gingembre, et malgré les bonbons bleus…


Ce con, damné soit-il ! Je le rencontre pour la première fois et il me descend le plan à genoux. Il doit foutre la merde partout où y faut pas ! Ma bectance, si je veux la larguer, c’est ma chose. J’avais un plan. Il est maintenant pourri à cause du gros lard de barbu. Mais le tchatcheur va payer. Je repousse la greluche rebondie en lui claquant le tiroir à salade qui sniffait dur le picrate. Lui, j’le prends par le colbac et je vrille en gueulant dans l’esgourde droite pendant que je saigne le gauche qui fait plus feuille de choux. Ce branleur saigne, mais pas de sa feuille gauche, de son genoux qui a buté sur une barre en ferraille que je n’avais pas reluquée. On dirait qu’un nœud s’est défait et qu’une veine s’est libérée. Paquet cadeau ! Cette bourrique d’enclume est plus fragile qu’un clou de vitrier sous la masse d’un forgeron. Il bêlait encore du genoux quand je vis l’autre poltron de bistrotier qui ringardait son vieux bigophone à trous pour appeler les condés. Emmerdements !

Faut s’casser dans le seconde. Les keuff sont à touche-touche derrière le carré de cases. Ils vont se ramener à pinces pour aller plus vite. Et là, je trébuche sur mon plan foireux. Merde ! J’y étais presque. Le gonze mou du genoux a foutu la panique juste quand l’odeur du ragoût fleurait à peine. Je le mijotais depuis un baille le merlan. Je savais qu’il ne coiffait plus. Je savais qu’il faisait semblant avec son gros blair, son pif en sifflet de mirliton. On le voyait se dérouler, son long pif, quand il cherchait à bouffer la vérité. Son boui-boui dégueulasse ne recevait plus un chien. Il crevait la dalle et simulait le gain. Dans le quartier, tout le monde l’envoyait se faire foutre quand il draguait le manant qui passait devant, avec l’envie de cracher sur sa boutique. Là, aujourd’hui, je l’aurais eu, servi sur un plateau, l’aveu de l’ivrogne encore en état. Comme il était aux abois, il courait au marché huppé, celui de Raspail, il bousculait un peu, mais gentiment pour trousser le vioc, mâle ou femelle, avec ses pognes pleines de poils de singe. Tout son art mesquin, c’était de s’excuser après la bousculade et de créer la confusion. Il foutait ses paluches partout en décoiffant les stands et en gueulant sur les vendeurs. Il prenait les vieux par l’épaule pour les avancer vers le stand et soi-disant pour qu’ils entendent les excuses du marchand. Mais les baveux n'y comprenaient rien. Le malin en profitait pour fouiller les poches et piquer tout ce qu'il trouvait. Quand je pense que jamais personne ne lui a coupé les boules ! Pourtant les jours de marché, y en a des pélerins sur le pavé qui se font bluffer par les produits de la cambrousse et aussi par le merlan.

Personne n’y trouve à rechigner. Ils aiment tous s’entasser dans les allées là où l’affreux pique le sac des bancales. Je lui aurais bien sorti quelques aveux si la grosse couenne n’avait pas fait tourner le bouillon. Et là, c’est moi qui me suis barré.

L’autre, le maigrelet de merlan, en dévorant ma bouffe, il a fait semblant de pas s’en faire mais je sais qu’il s’est fait dessus comme une lavette. En face, dans le square noséeux, je trouve un banc qui colle pas trop, je mouline en grand coup avec ma vieille écharpe pour virer les voyous de volatiles malades du croupion. Je me pose le cul juste en face du bar à l’enseigne débile. « Au point Denfer ». Il en a fait trop, là, le Juju ! La balance ! Un peu lourde, la balance !

Je vois les condés, Il sont vraiment dégommés. Ce n’est pas parce que ce sont mes pots que je dois les trouver géniaux ! On lui a fracassé la mâchoire, au merlan. C’est pas demain qu’il va me causer. J’arrive pas à le croire. Le morveux, le Juju, couché sous le zinc à peine qu’il avait raccroché le bigophone à trous qu’il leur a dit que l’autre il avait torché ma gamelle. Ce bras cassé, de quoi y se mêle à la fin ? C’est du pur Brassens, même tout seul être con à ce point. C’est le point d'enfer. Et le pauvre merlan, y se trouve en sécurité aux bras des fracasses. Il peut rien dire, mais il sait que les ripoux vont encore venir le soir pour lui taper une bibine ou un peu du pognon qu’il ramasse à Raspail. « t‘as payé le merlan ? » C’est leur mot de passe. Je l’ai déjà entendu au poste.

Il avait qu’à pas bavasser. Les balances, c’est comme ça ! Tu peux pas y croire. Y balancerait même son père quand y s’tape la bonne à l’heure du marché. La vieille, pendant ce temps là, elle se fait taper aussi à Raspail mais son panier à oseille. Ah ! Ce merlan !

Moi faudra que je reprenne ma planque. A cause de lui et de ses tarés du goulot qui se vautrent dans son fumoir à paumés, je n’ai pas pu becter. Je ne venais pas pour sa bouffe de pouf. Je venais becter quelques arrêtes de merlan. Qui sait peut-être un peu de chair ou même j’aurais eu sa peau parce qu’il serait passé à confess. Tiens, c’est une idée. Je me fais passer pour un cureton et il me dit tout. Je l’enverrai dire deux notre père et un avez maria.

Mais c’est loupé. Le village est glauque. Les gens sont louches. Les langues sont bien pendues mais par pour tout. Le pâté sent le moisi. Le 20° à Paris, c’est pire que le panier de Marseille, et le soleil en moins. J’en veux à ce touffu de l’évêché qui m’a fait muter sur la côte. C’est ce qu’ils disent quand ils envoient quelqu’un sur la banlieue. Du touffu je passe au merlan. Il manquent plus que les ciseaux. Ca y est, comme l’araignée j’ai les idées qui chevauchent les toiles qui collent aux poutrelles du grenier.

Bon j’ai faim. Je vais m’en taper une, de côte, une bonne côte de bœuf bien épaisse. Là, près des bords de Seine, j’aurai plus frais. Et demain, je repasserai pêcher le merlan. Et je reprendrai une limonade au point Denfer.
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