Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 22:20

La marge dans le Petit Robert de 1973 : bordure autour du texte sur une feuille de papier,

            intervalle d'espace ou de temps, latitude disponible entre certaines limites,

marge de liberté, marge de réflexion, marge d'erreur, marge d'action,

marge de tolérance, (tolérance zéro), marge de sécurité, (zone de risque),

marge de manœuvre, (espace de mouvement), marge commerciale, (obligation-survie)

en marge de la société, (à l'écart des préoccupations sociales).

 

L'inscription : ensemble des signes gravés ou imprimés sur un support :

            l'inscription sur un registre signifie l'appartenance à un groupe ou à une catégorie :

            citation, immatriculation, conscription, inscription en faux, (aller contre, s'opposer),

inscrire une forme dans un ensemble déterminé, ( math),

inscription comme adhérant à un même comportement ou travail.

 

 

NOTE SPONTANEE. S'inscrire dans la marge signifie a priori l'engagement à sa mise à l'écart par rapport à une forme acceptée par tous ou un texte duquel on décolle afin de l'annoter ou le commenter. Mais à y regarder de plus près, l'inscription de ce genre suppose qu'elle soit adressée à un autre qui aura :

soit à partager les annotations, ce qui revient à participer à cette mise en marge ;

soit à s'inscrire lui-même en faux pour adhérer au texte ou s'y opposer sur un autre mode.

S'inscrire en faux aux inscriptions marginales malheureusement est le plus souvent considéré comme une adhésion à la page du texte, selon notre logique dualiste.

Le travail dans la marge est toujours singulier et la façon de s'y inscrire ne peut se comparer à aucune autre. Ce travail est donc exceptionnel parce qu'il est incomparable.

Cela mérite une observation. Depuis peu, la provocation est évoquée systématiquement à l'occasion de n'importe quelle inscription en marge de la norme sociale. Or la provocation est récupérée par le système qui en fait l'éloge en tant que modèle de socialisation. Voir les soit-disant comiques. Voir les panneaux publicitaires de Benneton.

 

QUESTION D'ACTUALITE. Y a-t-il un au delà de la mondialisation ? Ou encore, les adeptes de la mondialisation, ceux qui y croient comme à une nouvelle religion, ne deviennent-ils pas aveugles à ce qui échappe à cette mondialisation ? (Ce qui échappe concerne presque toujours de rapports humains entre quelques uns, depuis les liens intimes conjugaux ou filiaux jusqu'aux sentiments de nationalisme.)

 

J'ai pensé !

Je reste là à penser !

Je penserai encore, du moins je l'espère !

Je ne sais que très peu de choses sur moi-même !

Je sais par contre ne connaître absolument rien de vous !

Enfin, je reconnais que ce que je crois savoir n'est qu'illusion ! Ou plutôt représentation !

 

Nous faisons ici le lien avec la culture. Et chacun connaît le danger de se référer à la norme culturelle qui, pour modèle qu'elle soit, n'en est pas moins impuissante à m'apprendre quoi que ce soit sur le proche qui vit à mes côtés. Il reste singulier, et tout particulièrement éloigné de cette norme. Il est singulièrement inscrit dans la société présente autour de moi.

 

Je découvre jours après jours l'empreinte tracée en moi d'un apprentissage intensif de la normalité conjoncturelle. Il suffit de décrire le contexte d'une situation et le co-texte d'une énonciation pour s'apercevoir combien la perception des éléments s'en trouve modifiée. Il arrive à chacun de trouver soudain quelque intérêt nouveau pour un inconnu après qu'il ait été présenté comme une personne exceptionnelle par ses expériences vécues.

 

Mais je suis désolé de m'exprimer en notant "je", ce qui n'est pas de bon ton, ni bienséant. "On" eut été plus correct ! Mais "on" s'en passe puisque "on" passe pour personne !

 

Si j'ai pensé, c'est que je pense avoir pensé ! Oh ! J'en doute, bien sûr ! Et là, rien d'exceptionnel ! A moins ! A moins qu'il soit exceptionnel de penser, ce qui pourrait laisser supposer suspecter que d'aucun oubliât de penser ! Hélas oui ! Nous savons que le fait de penser n'est pas universel. Pour certains, à quoi bon ! Penser, c'est tourner en rond puisque l'objet de cet acte de penser reste à jamais "le penser lui-même.

 

Question ! Est-il possible ce creuser un puits dans un puits ? Est-il possible que soit réinventée l'humanité dans l'humanité même ? Et, finalement, la conscience peut-elle étudier la conscience ?

Je ne peux pas dire oui ! Mais je pense que oui ! Je crois que c'est possible à cette condition impérative qu'il y ait un reste, un reste auquel nul n'aura jamais accès !

 

Penser à penser, ou encore penser le penser n'a rien à voir avec le puits, entité terminée, bien délimitée dans sa fonction de réserver l'accès à l'eau. Il arrive pourtant d'imaginer la pensée comme un puits sans fond. Nous décrivons ici, bien précisément, le non-délimité qui offre à ouvrir sur un reste, sur un concept de reste. J'aurais beau penser l'humanité, elle me restera toujours étrangère en raison justement de ce reste inaccessible.

 

Aussi ai-je à cœur de creuser dans ce qui reste afin d'approfondir ce puits de pensées au fond improbable. D'aucun s'abstiendrait de creuser alors qu'il convient pour d'autres de ne jamais s'arrêter. C'est en cela que nous pouvons accepter que le singulier trouve à se satisfaire de sa position. Mais le "normal", s'il existe, abondement médiatisé, impose que la démarche singulière s'inscrive dans le rang, se range dans les rayonnages ad hoc, pour le bien public et souvent en son nom.

("Attends, mais c'est pour ton bien que je t'impose cela !" Et depuis peu, il est inconvenant de s'embrasser trop longuement dans les couloirs du lycée !)

 

Alors, la question qui se pose ici se présente sous cette forme : comment le singulier peut-il s'inscrire dans le rang si son expression favorite s'épanouit dans la marge ? Comment l'exceptionnel pourrait-il se normaliser ?

 La seule réponse est que la marge a une fonction bien précise. C'est elle qui borde le rang. La marge est à définir comme la limite des éléments du texte. Marge d'erreur, marge de manœuvre, marge de liberté, marge de profit, marge fonctionnelle sans laquelle tout se grippe comme des engrenages sans jeu. Et ne pas jouer le jeu, c'est risquer d'être pris en grippe !

 

En marge, le jeu, la simulation, l'essai de mise en scène, l'entraînement et la vérification, en font la possible flexion des limites qui fait réflexion sur la norme et rend possible les règles, rend vivables les échanges et rend profitable le commerce. (S'il est équitable !)

 

Quand les règles d'un pays rendent invivable la situation naît alors la contrebande, le commerce en marge.

Quand l'hégémonie impérialiste rend insupportables les échanges internationaux alors naît le terrorisme, c'est à dire la guerre sous des formes nouvelles, voire marginales.

 

Le phénomène social auquel nous assistons aujourd'hui tient à une forte instrumentalisation de ce qui se passe en marge, au point de la nommer nouvellement zone d'exclusion. Les marges sont toujours nouvelles et repoussées plus loin. (Jamais il n'y a eu de secrétaire d'état à la marginalité comme il existe désormais un secrétaire d'état à l'exclusion.)

La provocation est devenue la nouvelle façon d'accéder à la médiatisation.

 

Si Coluche avançait la vulgarité, il faut maintenant que les nouveaux comiques bigarrés aillent jusqu'à la grossièreté et au delà ! Et la femme, mais dans les représentations seulement, paraît-il, reste l'objet des plus grandes discriminations. C'est au point qu'il n'y aura bientôt plus que des homosexuels pour demander le mariage !

Si les franges néo-fascistes ne sont plus qu'une marginalité sous surveillance, Maxime Brunerie a bien tenté l'exploit pour devenir quelqu'un. C'est dire que la course à la distinction n'aura pas d'obstacle avant bien longtemps, à moins que la tolérance zéro ne grippe tous les rouages de la société, auquel cas il n'y a plus qu'une course pour la survie.

 

On le voit, la marge ne reste pas la marge. Elle migre vers les bords. Elle est rattrapée sans arrêt par une législation toujours en retard. Elle se décline au présent sans avoir de futur.

La marge est ce petit reste qui nous fait dire que le texte est "envahissant jusque dans la marge". La marge est ce qui dépasse du support sur lequel se déroule l'humanité vivante.

Qui s'y inscrit est un nomade dont le dos reçoit les piques de la foule. Certains parfois se retournent et s'appèlent alors le Christ, ou le Ché ou Gandhi, tant qu'ils représentent l'espoir d'un salut. Vous le savez, leur vie ne tient qu'à un fil. C'est le fil qui sert à coudre l'étiquette sur leur être. Nul ne sait s'ils s'y inscrivent en tant que personnes volontiers émargées ou s'ils sont socialement disposés à la marge comme manœuvrés par des forces qui disposent de leur charge, ou encore comme disposés par des truands qui les prennent pour otages.

 

Dans tous les cas, ce qui tient lieu de dynamique pour toute prise de conscience de la vie communautaire c'est ce qui se passe dans la marge. S'y inscrire est exceptionnel mais ne laisse rien présager des caractéristiques humaines de celui qui s'y est inscrit. Par contre l'être exceptionnel, parce qu'il a conscience de sa singularité, aura toujours comme caractéristique particulière de penser les limites de l'humanité au point de poser des notes jusque dans la marge. Et s'il signe ses annotations, c'est qu'il s'inscrit dans la marge. Bravo !

Par topotore - Publié dans : topologique
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 21:11

L’interdit de l’inceste est constitutif de notre société. Il contribue à trois fonctions majeures.   -    Il permet d’instituer pour chacun une place dans la génération.

-        Il autorise chacun à porter un nom dans la filiation.

-        Il vise à donner un corps à l’humanité vivante.

-         

Toutes ces fonctions construisent pour le sujet un lieu où il peut être, dans l’intégrité ouverte d’une peau dont la mission la plus humaine consiste à servir de support à la parole. Ce lieu est appelé corps, et ce corps étrange n’est approché que dans la symbolique du langage.

 

Serions-nous à ce point touchés par la parole de l’autre si le mot touché lui-même n’avait cette force tactile qui lui vient de sa naissance dans la texture de la chair et sur le bout des doigts ? Toutes les paroles qui nous touchent jusqu’à l’intime de notre cœur sont soutenues par les métaphores qui relèvent du corps et de ses organes. J’en mets ma main au feu. Et que mon sang se fige dans mes veines si je m’égare, dans un aveuglement soudain qui me ferait trébucher. Que voudrait dire l’avoir dans la peau ou bien lui trouver le cœur sur la main, ou encore s’arracher les yeux à la lecture d’une infamie ?

 

Le corps de l’homme a ceci d’exceptionnel qu’il a des mains pour toucher, saisir et dé-saisir, douées d’un sens tactile très perfectionné, et d’une voix pour parler, crier, chanter, dire avec tous ces symboles élaborés que sont les mots. Ce qui fait contact, chez l’homme, c’est un corps à cœur et non un corps à corps qui serait plus caractéristique de la risque. Ce corps à cœur révèle la nécessité d’interprétation de la parole adressée à l’autre dans le risque de l’échange des symboles qui touchent, même parfois dans le silence. Chacun traduit la parole de l’autre depuis le lieu où il se sent touché. Ce qui a pour effet que le sujet ne sait pas ce qu’il dit quand il parle puisque que ses mots n’ont de sens que pour l’autre qui les transcrits. Même son silence est messager parce que l’autre sait que l’être-là en sa présence est un corps qui parle, ou encore un être parlant qui se tait.

 

Parler à l’autre, se soutenant du geste des mains, c’est désirer l’approcher avec tact et tout à la fois lui signifier la séparation entre les corps, lesquels se trouvent déplacés par les mots dans leur émotion ou leur sensation. Refuser le respect de cette distance des corps, c’est faire main basse sur l’autre, c’est le réduire à une saisie, comme dans l’ordre juridique. Cette main mise sur le corps devenu objet se noue à l’étouffement de la parole qu’il s’agit de faire taire. Empêcher de parler, c’est une volonté qui accompagne toujours la capture de l’autre en son corps dans une proximité pétrifiante. Il faut nommer ceci le viol, toujours incestueux, dont les effets sont l’amputation de la voix, cet organe qui est au cœur ce que la main est au corps, dans un prolongement des sens vers l’expression, et la privation de l’usufruit de son corps. Si l’expression est réprimée, l’impression creuse des traces profondes à même la peau.

 

La mutilation du corps par l’obturation des ouvertures provoque l’exil de cette place attribuée dans la génération, remplace le nom par les injures portées à la victime et empêche le bon développement du corps dans l’humanité vivante. L’être violée par un parent témoigne qu’elle n’est plus qu’une béance sombre depuis les cuisses jusqu’aux poumons et que son cri ne sort plus des tripes mais se construit depuis l’abîme qui lui est intérieur, marquant ainsi l’exil de son corps meurtri, et de son être étouffé.

 

A décrire l’horreur de l’incestueuse consommation, nous voyons combien sont liés le corps, les mains et la parole dans une danse incessante du réel, de l’imaginaire et du symbolique qui poinçonnent l’homme de son empreinte dans l’humanité.

 

La parole s’organise en corps de texte et le corps se plie au langage qui le décortique avec tact. La parole fait le corps d’où elle s’extirpe en s’y appuyant. L’homme est ainsi fait des effets de langage.

 

Ces quelques lignes pour réfléchir après lecture de « La main de l’autre » de Joël Clerget

Par topotore - Publié dans : topologique
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 20:16

Rien ne peut éclairer le cœur de qui a peur !
Nul ne peut motiver le corps de qui est mort !
A pousser en violence la porte de l'intime,
Cœur, corps et langage l'agresseur désestime.
Sans aucune frustration il n'échappe à aucun
De jouir du non-dit à toucher l'interdit.
Plus puissant que jamais, sans moment opportun,
Qui brave un tel défi est bien mort à la vie. 

A dire : –"Non, mon enfant !"… "Du manque tu vivras"
Est poussé ce désir de transgresser la loi.
Des souhaits de ce plus s'inscrit la connaissance
Qu'il n'est pas d'être humain sans un vide d'aisance.
Incomplet de toujours, l'homme acquis aux repères
Cherche à donner un sens à la vie de ses pères.
Et de fils reconnu le statut affirmé
Fait que l'homme est debout, l'interdit exprimé.

A le taire il se meurt, à le dire s'épanouit
Qui se connaît manquant et peut lire ses envies
Sans pour autant passer à cette actuation
De nier le réel et plier aux passions.

Ce qui manque souvent, c'est le manque à manquer.
Pour être fier de soi et s'estimer un peu
Il convient qu'aux regards se soutienne le germé
Du petit qui se voit écarté de tels jeux.

Mon fils te voici grand ! Intégrée cette loi
Qui te pousse vers l'autre, hors de ceux de ton toit !
Tu hérites d'une vie pour qu'à ton tour bientôt
Tu saches donner un fils au grand monde des mots.

 
Par topotore - Publié dans : poème
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 20:28


Source de senteur violette
Pleure des pétales de cristal.
Offre-moi d'un souffle de voilette
Cette chaude larme qui s'étale.
Délicatement
Elle vient de mouiller ton sourire.

Source de bonheur embaumé
Entends dans mon cœur cette abeille
Etourdie du pollen empaumé.
Elle s’envole et revient comme la veille
Très fidèlement
Dans la ruche que tu soignes.

J’irai me grandir du miel de tes gâteaux
Je saurai m’enhardir du toucher de ta peau.
Ton orgasme saisira le profond de mon cœur
Et ma vie te prendra pour bénir ton labeur
Tout justement,
Dans la forme qui se plie et se replie.

 

 

Par topotore - Publié dans : poème
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 07:13

 

Fraîcheur exquise de Léa qui danse,
Sous l’œil furibond et sans tolérance
D’un parent frustré dans ses efforts vains
A décourager le feu des malins
Dont le jeu savant viserait la transe !
 

Peu s’en fallut que sur elle n’avance
L’ancêtre déçu, sans plus d’allégeance,
Quand du petit jour la brise survint,
Fraîcheur exquise !
 

Les jeunes amants malgré sa présence
Fuyaient ce regard, saisissaient leur chance,
Se papillonnaient de leurs douces mains,
Caressaient déjà le dessus des reins,
Freinaient les ardeurs, savouraient l’intense
Fraîcheur exquise.

_______________________________________________

 

Par topotore - Publié dans : Rondeau - Communauté : Poésies entre amis
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 07:11


La gouverne

 

 

Hors de lui, le doigt pointé, "si tu es homme, alors descends
Pour exprimer ici devant ce que de nous vraiment attends.
Il sied assez à notre honneur de n’accepter point les insultes,
De préférer la mise en œuvre à toute bassesse des plus occultes,
D’enseigner à chacun des jeunes la mise au pas tout comme avant.
"

 

Le groupe figé, photo oblige, sur le perron, peut ignorer chacun des cultes.
Mécréant, monothéiste, voire animiste, sois donc encore un peu inculte.
Nous bâtissons sans ton vouloir foule brillante des travaillants.
Horde luit !

 

Libéralisme, égocentrisme, vive le marché des suppléants
De tous ces gens qui depuis tant se montrent à fond incompétents,
Vulgaires à souhaits dans la langue même à ne viser rien moins que moult
Profits bien gras au plus court terme, niant la soulte
Juste des citoyens. Espérons oui ! Mais des savants…
Or, de lui …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par topotore - Publié dans : poème - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 07:08


 


 

A l’abri des regards, au profond de l’intime,

Au plus froid du cœur parfois se décourage l’estime.

Mais à saisir un jeu, tout étonné, le « je » fait surface.

Sans prêter attention, sans tension ni grimace,

Il appert qu’il diffère et revient à son mime.

 

Jeu savant, mise en scène, clown à vie, tout cela rime

Mais à quoi ? Soit monter, soit descendre comme lime,

Jouer de soi, déclamer, haranguer, se moquer, reste encore une face

A l’abri des regards.

 

Douleur des sentiments, saveur des moments diffusés en prime

Pour ceux et celles qui se rencontrent sur la plus haute cime

Du ballon des tendresses, des secrets respectés sur la grand-place,

Là même où le baiser, sur un banc patiné, entrelace

Amour, théâtre, vérité, séduction, scène de vie qui s’arrime 

A l’abri des regards.



______________________________________________


Par topotore - Publié dans : poème - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 06:57

 


 

 

Qu’autre vive et me sourie pour percer si grand mystère,

De présence, de chaleur à bousculer ma vie austère

Qui, d’image, de miroir manquait à seul grandir,

Sans mère, sans père ni soutien à me languir

Qu’un jour la philosophie me servît de repère.

 

Ni sagesse ni bonheur ni guêtre ni guêpière

Une vie fade et solitaire comme profonde fosse amère

Où rires et mots s’étouffent de trop lourdes censures, rien de pire…

Qu’autre vive et me sourie !

 

L’avenue descend comme une longue rivière.

Il s’achemine vers sa sûre mise en bière

L’homme qui des mots enlacés peut jouir,

Des regards singuliers, des écoutes minutieuses se réjouir,

Du sympathique faire son miel et d’une main serrée faire sa prière.

Qu‘autre vive et me sourie !


 

 

Par topotore - Publié dans : poème - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 08:28

Bien loin sous la terre, le temps de la pose réconfortait chacun des mineurs dont la femme attentive préparait avec soins les mets qui sentent bon. La gamelle d’alors, réchauffée comme on pouvait, soufflait les odeurs vives quand lâchait le joint rouge. Ragoût, civet, daube, petit salé, lentilles et choux s’affairaient à donner de l’appétit en mêlant les humeurs. Et les gars, papilles dilatées, genoux écartés, penchés sur l’effluve exhalée, sentaient aussi les caresses de la femme qui soignait déjà leur lendemain, mais qu’ils prendraient le soir même, dès leur retour. Marius dégustait, réchauffant ses cuisses avec la tôle émaillée, et se réjouissait silencieusement de retrouver sa jeune épouse à la fin du jour, dans le creux de son lit.

 

Les enfants ont quitté la maison. Ils voyagent pour aménager leur propre vie, manger et aimer. Le garçon n’a pas voulu descendre à la mine ni la fille épouser une gueule noire. Après vingt quatre ans de bonne entente, les liens qui unissaient le couple, de la bouche aux boyaux, de la mine au gazon, des senteurs aux sens, s’émoussèrent jusqu’à la rupture. Qu’à cela ne tienne, sa seconde épouse aura montré la même ardeur à préparer sa gamelle ainsi que son retour nocturne. Certes, elle n’était pas aussi fraîche que les fraîches de vingt ans, mais la maturité le surprenait et les nouvelles odeurs pareillement. Marius ne prendrait sa retraite que dans quatre ans. La gamelle le réconfortera pendant quelque temps encore.

 

Veuf peu après qu’il se soit arrêté, il a longtemps cru que la mine lui avait manqué jusqu’à penser très fort au malaise de sa partenaire devant la mauvaise tête qu’il faisait à trop rien faire de ses journées. Il grossissait de bien manger tant elle voulait réparer par le menu sa mauvaise mine. Mais un cancer a rongé cette femme en l’espace de quelques mois. Et son amie de toujours, à Mimet, tout près d‘Aix, ajoutait que, peut-être, de le voir dans cet état lui avait été insupportable. Ne pouvant s’alimenter que comme un ancien célibataire, il maigrissait et, n’ayant plus le goût à rien, il marchait. Tôt le matin, nous pouvions le voir allonger son pas depuis Biver jusqu’à Mimet, en prenant soin de synchroniser le mouvement de son bâton au rythme de ses enjambées. Dans sa marche lui venaient toutes les histoires des anciens qui avaient creusé jusqu’en 1905 la gigantesque galerie de la mer : quatorze kilomètres jusqu’à la Madrague. Il se souvenait du grave accident du puits Biver devenu par la suite le très moderne puits Gérard qui tua tant de mineurs en 1969. Une pensée affectueuse était envoyée à toutes ces femmes de mineur qui attendaient leur retour jusqu’au soir tard. La solidarité faisait la base du tissu social de cette région. Dessous, c’était le gagne pain, le noir, la poussière mais aussi la gamelle.

 

Il avait repris du poil de la bête, nous semblait-il, car tous les matins, qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il fasse froid ou chaud, il montait d’un bon pas les quatre kilomètres qui séparent les deux villages. Bien sûr, il rencontrait cette ancienne amie, et nous n’en doutions pas, qui se plaignait en son absence d’avoir, pour le réconforter, à lui préparer la gamelle du soir. Le prix à supporter pour que cette visite rituelle ne soit pas terne à mourir !

 

« Oh ! Marmonnait-elle. Je le fais de bon cœur. Vous savez, un homme seul, ça ne se fait pas à manger comme il faut. Et puis, dans le fond, la gamelle était si importante ! Il est brave. Tout ce chemin pour me rendre une petite visite. C’est que ça monte ! Il a du courage. C’est comme s’il remontait de la mine ! Mais entre nous, je me passerais bien de cette tâche quotidienne ! A mon âge ! »

 

De son côté, Marius ne trouvait pas le repas à son goût et lui reprochait, mais sans qu’elle le sache, de n’avoir plus trop le soucis des règles essentielles de l’hygiène alimentaire. Sa marche quotidienne avait pour but de soulager ses articulations, mais aussi de donner quelques marques d’affection et de présence à la veuve d’une des gueules noirs qu’il n’avait pas connues. Une bise et la caresse de la main sur la nuque, très jolie du reste, dérogeaient sans grand mal à cette relation platonique, mais il n’eut jamais été question de repousser la gamelle, même s’il en vidait le contenu dans celle de ses chats.

 

Nous n’avons plus rencontré Marius parce que la dame de Mimet est décédée. Les chats sont morts aussi, fort heureusement, car Marius se trouve dans une maison de retraite avec le mal sournois que lui préparaient ses genoux jusqu’à cet handicap majeur de ne plus pouvoir se déplacer. Une charmante femme de chambre dont le père était mort dans son jeune âge, après le grave accident de la mine de Biver, a choyé Marius parce qu’elle reconnaissait en lui son héros, la gueule noire de son enfance. Elle apportait tous les matins, enveloppée dans un torchon tout neuf, une bonne assiette du plat préparé la veille. Malgré son appétit rétréci il devait la déguster, réchauffée au micro-onde de la salle commune. Malgré cette habitude, il éprouvait beaucoup d’amitié pour la jeune fille et regrettait d’avoir perdu sa vigueur de mineur ou plus simplement d’être un peu vieux.

 

Sa maladresse un jour lui sourit puisqu’il laissa tomber l’assiette et son contenu dont il n’avait d’ailleurs pas envie. Et sans que nul ne connaisse le profond mystère des motivations d’un être humain, il nous parut évident que le rituel de la gamelle cesserait enfin. La jeune fille a glissé brutalement, s’est blessée sur le coin de la table de nuit, lui a reproché de l’avoir entraînée dans cette chute, d’avoir jeté son plat et repoussé ses attentions.

 

Il fallut un jour la chute de la gamelle et la gamelle de la demoiselle pour que Marius puisse rassembler ses souvenirs au point de saisir combien se liaient le terme lui-même et son amour des femmes. Leurs attributs doublés, tout en rondeurs à précipiter les sens, tentent comme les deux « l » de la gamelle à prolonger les liens et les mystères entre mines et lits, entre gueules et fonds, entre effluves et sensations, entre goûter et déguster, entre repas et orgasme, entre réjouir et jouir, entre odeur et ardeur, entre langues et lèvres… entre autre.  

 

Par topotore - Publié dans : nouvelle
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Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 08:27

Ce soir là, les passionnés sont saisis. L’écoute se fait silence. Sur scène, au « Petit Jazz Club » du coin de la rue des Amants Fous, Gill Smoth suspend chaque note au tempo doux de la Bossa.

Le serveur, habitué des lieux, lui trouve une profondeur exceptionnelle, surtout dans les reprises. Les yeux fermés, Gill accouche littéralement de son impro alors que le batteur, Ray, ralentit insensiblement le rythme sous l’émotion imposée à tout le groupe. Il semble partager ainsi les effets de cette récente révélation dont il est encore si confus.

 

-   « Il est dément, ce soir », glisse un jeune connaisseur à sa compagne, en s’accoudant sur le zinc.  « Il n’a jamais si bien trempé dans ce blues. »

-   « Il est tout à l’intérieur » chuchote le barman qui l’a entendu.

-   « Moi, je l’adore quand il est dans cet état, capable de tout ! » ajoute la gracieuse beauté qui capte leur regard. Arianna Gold, depuis quelque peu absente du lieux !

 

Comme s’il avait surpris leur échange, Gill se donne plus encore à la musique. Il n’a plus que faire de sa vélocité ni de sa technique. Il s’engouffre dans un délire total et la guitare hurle de bonheur sous ses touches affûtées comme une interdite idylle surprise par un orgasme inattendu.

 

Il a ouvert les yeux. Juste un instant ! Chacun crut qu’il se saisissait de l’ambiance générale pour mieux la soumettre, mais il ne vit que la jeune femme, ravissante sous les spots du bar. Arianna ! Celle qui vient de la Louisiane comme le montre sa jolie peau métissée. Son pull moulant et trop court laisse deviner ses petits seins fermes et descendre les yeux sur une guitare tatouée tout près de son nombril entre deux lettres majuscules, G. S.

Gill se souvient l’avoir aimée comme un fou, l’avoir étreinte jusqu’au petit jour. Il se souvient de ses cris, de ses étouffements, de ses pleurs et surtout de sa respiration quand il avait peur de l’avoir poussée jusqu’à un ciel numéro sept sur la partie chaloupée d’une mesure à deux temps. Il posait sa paume sur la douce guitare pour apaiser les humeurs de sa muse.

 

Il serre encore plus l’instrument, reprend la mélodie sur l’octave inférieur et déchaîne les basses. Les compagnons le suivent au plus près et son père, en parfaite synchronie,  s’élance dans le solo de trompette. Pedro Gold Smoth ! C’est un bon ! Un très bon ! A cause de lui, Gill a aimé le jazz, cet art venu de là-bas, de ce là-bas où il n’ira jamais. La trompette de Pedro explose ce soir, dans l’improvisation la plus imprévisible, comme souvent le permettaient les Jam Sessions en Louisiane. Le swing allume les clients. Ils se lèvent en tapant des mains, envoûtés par l’esprit de ce jazz, ce jazz qui fait pleurer. Et Gill, son fils, de reprendre le thème en douceur, effleurant les cordes comme chacun des cheveux d’une partenaire avant l’ultime séparation. Colère et tendresse animent cette partition qui ne cesse de s’achever.

 

-         « Quelle soirée !» avance le barman.

-         « Je n’ai plus de mots ! Quelque chose a transformé l’atmosphère. » reprend l’homme en saisissant la main d’Arianna pour l’emmener vers ses désirs contrastés.

-         « J’aurais voulu embrasser Pedro avant de partir» dit la demoiselle qui le suit à reculons.

 

Gill salue la salle et se réfugie dans la petite pièce qui lui sert d’abri dans le quartier. Combien de fois n’a-t-il pas trinqué ici avec son père, assis sur le lit, parce qu’il n’est pas possible de faire autrement dans cet espace étriqué. Pendant combien de folles nuits n’a-t-il pas aimé sur ce même lit Arianna, réapparue ce soir ?

 

Un coup de feu !

Le secret dévoilé par le batteur eut raison de lui.

« Culpabilité insupportable ! » notera plus tard Arianna, la fille de Pedro.

 

La Louisiane ! Sa sœur ! Son amour ! Sa guitare ! Le blues !

Par topotore - Publié dans : nouvelle
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