Dimanche 15 novembre 2009

 

N’hésitez pas, si vous passer dans les Bouches du Doux, par ce mystérieux village d’Entresseins, à visiter la droguerie de Madame Claude, Kalinka de son joli prénom, où se présente à tous les rayons ce dont vous rêver de consommer. Oh ! Rassurez-vous ! Rien n’est gratuit dans ce domaine, mais vous n’aurez rien à payer. Les délicieux objets proposés par Kalinka en font la renommée jusqu’au bout du Transsibérien. Laissez-vous séduire et goûter ces minutes d’imaginaire reposant avec lesquelles vous aller danser le mambo.

 

Toute indication sur la qualité des marchandises se décline à la main sur de belles pages calligraphiées par Kalinka, passionnée tout autant par ses découvertes que par leur présentation. La variété des encres dans leur couleur et leur tracé s’harmonise avec le contenu des objets au point que chacun en saisit la fragrance comme emporté par le rêve du voyage qui s’inaugure.

 

Sur la première étagère tapissée de fine dentelles blanches, quelques flacons de verre emplis de petits bonbons colorés laissent pendre sur leur col comme des écharpes de papier maïs où se lisent leurs noms. « Touche de préliminaire. Pointe de tendresse. Miel d’abandon. Prélude en caresses. Note de patience. Soupir d’étreinte. Lèvres offertes. Muscat de baiser.» Autant de douces sucreries que conseille Kalinka pour éveiller l’appétit. Elle présente souvent cette étagère comme un cocktail de mise en bouche, et prend soin de préciser que chaque pastille se déguste lentement dans un cérémonial d’ouverture où le partage des promesses affûte le désir.

Sur un pan de mur décoré de grands dessins d’enfants, les rayonnages permettent l’exposition de grandes boîtes enrubannées sur lesquelles s’accrochent les étiquettes finement découpées. Leur lecture pousse aux rêves les plus fous. Il convient de les lire avec modération. La plus grande contient des amours passionnées, roulées en langues chocolatées, fourrées de pépites taquines. Sa voisine, d’un bleu profond peine à retenir des amours folles sur nougatine au miel de soucis, arrosées de liqueur de propolis. Nul n’échappe a cette étiquette rouge : noix de cajolines au lait tendre de baiser, truffées de fraîches pensées. Comment passer à côté de la suivante ? Cire de contact pour caresses enhardies., aux parfums d'ambre, de jasmin, ou de coriandre. Bien sûr, la dernière interpelle : berlingot de folie sur velouté parfumé au zest d’amant amen. Kalinka, sûrement susurrera ici tout doucement que des petits cadeaux surprises se cachent dans chacune des boîtes. Dans l’une cette petite fiole d’amour à pulvériser, ailleurs le tube de griserie fiévreuse, ou encore le pot d’amour renversé en crème de félicité. Une fois même, on pouvait trouver la gazette des pulsations avec son CD de musique aphrodisiaque. Il peut y avoir aussi le chewing-gum aux extraits de gingembre affolant et ces bêtises au suc d’effeuillage frénétique.

Ne partez pas sans avoir apprécié les bocaux d’amour à l’argile verte, ceux de respect profond aux huiles essentielles des baies de la Réunion, ou aussi les perles de petits plaisirs éphémères, les colliers de sourires en bijoux d’émail, les contractions de mots doux et les zooms de délicatesse, les assemblages de sensations et le château des promesses dont Kalinka dit parfois qu’il est la réplique même de ceux qu’on peut trouver en Espagne.

 

Reprenez alors votre souffle et dites à votre partenaire bien aimée que cette lune de miel s’illumine juste avant leur retour et qu’il ne sera plus jamais question de mettre en boîte son être adoré.

 

 

 

Par topotore - Publié dans : Histoires - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Mercredi 11 novembre 2009

 

 

Pour quelques pièces de cuivre, les ronds de cuir me font la peau. Ils prétendent que je sème le trouble, que je détourne la jeunesse de son droit chemin, tracé à la tronçonneuse au mépris de la diversité des forêts. Ils m’ont bâillonnée parce que ma voix leur est insupportable, parce que les mots que je crie n’ont pas le même sens pour eux que pour les saltimbanques. Ils veulent me couper les mains pour que ma plume ne chante plus les trésors du poète, ne gratte plus sur le parchemin de la création, ne dessine plus le mouvement des héros, ne représente plus les cadeaux du petit cœur meurtri de l’enfant qui meurt de faim sans avoir les mots pour nommer l’injustice, mais dont le seul sourire dit les mots qui se gravent dans la mémoire. Mes yeux les regardent avec tendresse et compassion, comme ils regardent ses bourreaux.

Même cela leur est insupportable ! Ils ne comprennent pas que je ne puisse admirer leurs étoiles, ni leurs jeux débiles, ni leurs gains démesurés, ni leurs femmes qui se gaussent sous le poids des diamants arrachés de l’Afrique. Ils me haïssent parce que je ne suis qu’une épine dans leurs souliers vernis, une vilaine bosse qui se tient sur le dos voûté d’un monde agonisant de cupidité. Bien sûr, je n’obtiendrai jamais le prix du concours Lépine parce que je crée du vent, de l’air, du spectacle, de la musique, des vers, de la prose, des chants, de la magie, non pour amasser de l’or, mais pour que les êtres respirent l’air de l’espoir, le temps d’un projet, d’une chanson de geste et de bonheur, se réjouissent dans la danse et la rencontre pour mieux supporter les exigences de leur travail alimentaire qui les bouffe de plus en plus et les alimente de moins en moins, malgré leurs efforts quotidiens. Combien sont ceux qui dorment dehors après leur journée de travail abrutissant ? Combien sont ceux qui ne dorment pas, sous la pression des huissiers qui en veulent à leur toit ? Combien sont ceux qui empruntent d’avantage, au mépris de la décence pour ne jamais pouvoir rembourser les instances éhontées qui les soumettent à la ruine, par familles entières ? Combien sont ceux qui persévèrent dans un travail auquel ils ne comprennent rien, dans le mépris et l’humiliation d’un harcèlement autoritaire ? Jusqu’à quand, devrai-je haranguer les foules exsangues qui progressent à genoux et rampent dans l’espoir de posséder enfin ce qu’on leur a promis, le bonheur d’avoir une tourniquette automatique ou l’image numérique au creux de la main.

 

Vous me demandez de rester politiquement correct, de ne pas manipuler les esprits, de ne pas promouvoir les valeurs sociales de la fraternité, de ne pas jurer par la culture pour tous, de ne pas faire que la vie de création soit la vie de chacun. Vous pressez sur ma poitrine pour que mon souffle soit court et que le vent cesse de dispenser l’espoir, de raconter la mémoire de ces grandes gueules qui nous ont enchantés. Mais regardez-vous ! Vous qui devriez donner l’exemple de la parole vraie, de la parole tenue, de l’engagement sur le long terme, du parler franc et du soutien inconditionnel des valeurs que nous partageons. Regardez comme vous manipulez les esprits, regardez comme vous barrez les eaux des fleuves, regardez comme vous colonisez tous les espaces de liberté qui se cachent dans les cités dont vous faites des « cities » à l’exemple de ceux qui nous précèdent et provoquent la ruine du monde. Regardez avec quelle arrogance, avec quel mépris, avec quelle haine vous écrasez le peuple et humiliez ses saltimbanques.

 

Que savez-vous de ce qui restera de votre œuvre ? Alors même que vous adorez les arts jugés par vous premiers ou primitifs et qui, en traversant les siècles, ont fini dans vos mains sales pour un voyage loin de leurs terres. Que savez-vous des liens de l’esprit d’un bois et de son créateur ? Que savez-vous des richesses de l’homme qui vient se tuer sur le mur d’ignorance que vous dressez ? Que savez-vous de l’histoire qui garde pendant des siècles la rancœur de l’impunité, de l’injustice, de l’esclavage ? Mais vous n’avez d’yeux que pour la seule bourse aux idées qui peut-être illuminera un jour votre idée d’une bourse pérenne et pleine, palliant le manque de l’impuissant qui érige ses tours de verre comme des phallus prometteurs.

 

Non, vous ne pourrez pas me faire monter au bûcher. Il faudrait alors que vous puissiez brûler aussi tous les saltimbanques du monde !

Non, vous ne me ferez pas passer sous votre vieille guillotine. Il vous faudrait la multiplier à l’infini !

Déjà trois millions d’analphabètes  dans le pays des droits de l’homme et des droits de l’enfant ! Six millions dans dix ans ! Quand bien même la moitié de vos sujets seraient analphabètes, l’autre moitié trouvera ses forces dans la colère et dans la dignité, les coudes serrés, pour donner du sens aux mots de 1789. « Nous mettrons des bornes à l’exception souveraine dans sa fonction vengeresse. » Et « le peuple rentrera dans les prisons pour récupérer le glaive de la loi. »  Et encore, « votre loi est scélérate, la loi devrait être la loi pour tous ! »

Non, vous ne me ferez pas entrer dans le club. La culture n’est pas un club. Elle ne ferme jamais ses portes. La culture est le seul rempart qui ne soit pas de pierres, ni de béton, ni de grandes promesses, ni de manipulation symbolique. C’est le rempart d’ouverture qui donne à tous la parole, c’est le rempart aux pieds duquel chacun vient pour se ressourcer, pour boire jusqu’à plus soif de la créativité et de l’inventivité humaine.

Aller ! Je vais dire un gros mot, pour vous qui ne me connaissez pas, pour vous qui souhaitez m’instrumentaliser pour que je remplisse les poches de quelques uns dont la culpabilité taraudes les tripes jusqu’à ce qu’ils ne puissent dormir sauf à créer une fondation de bonnes œuvres afin de justifier de leurs gains honteux. Aller, je vais vous le dire. Je suis pour que l’être se dépasse dans sa créativité, je suis la culture qui donne du sens à la vie, la transcendance du geste et du mouvement, la sublimation de la parole. Au lieu de cela, vous souhaitez me faire entrer dans le club de la langue de bois, celle qui ne dit rien qui puisse grandir l’homme, celle qui ne fait que rabâcher toujours la même chose et ne voit plus que la seule image des tiroirs caisses. Mais vous êtes aveugles. Vous êtes insensibles au point de ne même plus sentir ni rougir de tout le sang que vous portez sur les mains, de tous les sangs que vous faites couler pour vos petits profits. Vos choix sont indécents. Vos mégalomanies vous rendent fous et les visages surveillés sur vos réseaux d’écrans, malgré les milliards de pixels, seront floutés parce que la vie n’est plus sur votre scène. La richesse de l’homme n’est pas dans ce qui se voit. L’important ce n’est pas  ce qui se voit !

 

Le spectacle s’est déplacé. Restez dans vos palais Brognard et dévorez votre spectacle hallucinant d’immobilisme jusqu’à l’overdose. Nous, nous osons. Nous ferons que la vie soit un spectacle permanent. Les saltimbanques ont déjà commencé à réinventer la vie sans vous. Les enfoirés donnent du baume aux cœurs des ventres creux. Mais bientôt, quand il ne restera plus ni forêt, ni pâturage, ni légumes, ni eau, ni énergie, vous vous rendrez compte que la monnaie ne se mange pas, et que le billet ne nourrit pas son homme.

 

Une dernière chose ! Du haut de votre échelle, vous jugez que les saltimbanques ne sont pas productifs, que la culture, celle qui n’est pas dans le club, ne vous enrichit pas assez. Mais si vous aviez les yeux ouverts, vous pourriez découvrir toute la richesse de la valeur ajoutée qu’un seul homme produit, un seul qui transporte ses spectateurs jusqu’au bout du monde, en semant la tolérance, la solidarité, et la curiosité, sans parler des autres valeurs que vous bafouez en les gravant sur les frontons de nos établissement publics, un seul qui entraîne dans son voyage une troupe grandiose de musiciens, de techniciens, d’ingénieurs, de gestionnaires. Je ne parle pas de l’ouverture, dont le seul mot est humilié et traîné dans la boue dès que l’un de vous le prononce, en poussant le peuple à coups de mensonges dans le gouffre béant.

 

Si vous aviez les compétences de bons gestionnaires, vous découvririez que l’on peut faire des économies gigantesques, en réduisant la délinquance, en limitant la convoitise, en adoucissant les mœurs que vous transformez en pure brutalité, jusqu’à des degrés rarement atteints (en réponse à la brutalité de vos manœuvres diffamantes et humiliantes) que l’on économise en donnant à tous le plaisir de vivre décemment avec un temps de repos suffisant ou chacun pourrait faire de la musique et chanter son hymne à la vie, en validant la production de tous par l’encouragement et la reconnaissance. Mais au contraire, soumis aux lobbyistes de tout poil, vous prenez toutes les décisions contraires au bien du peuple, au bien de l’humanité toute entière. Du haut de votre échelle, vous ne voyez même pas l’artisan qui répare ses pieds,  le pieds de l'échelle, qui assure vos appuis, l'artisan qui sait aussi, par le seul travail de ses mains, rendre cette échelle fragile au point que bientôt elle s’écroulera sous vos gesticulations. Vous pleurerez un jour de ne plus trouver une seule main capable de construire votre échelle. Vous ne cessez de prédire l’avenir et le temps sans vous rendre compte que la situation élevée dont vous jouissez, c’est grâce aux mains laborieuses qu’elle existe.

 

Non ! C’est dégueulasse de faire ce que vous faites. Tuez-moi. Je ne suis qu’un petit bout de la culture, une infime partie. Nul n’en connaît la grandeur et ses limites, parce que justement elle ne s’est pas enfermée dans un club privé, privé de tout et de tous.

 

La culture est à tous. La culture est pour tous. Et tous deviendront saltimbanques au moment même où la culture gagnera. L’art est à la culture ce qu’est l’esprit au corps. Réduire la culture comme on ampute un corps, c’est graver dans l’esprit des blessures si profondes que le temps ne les efface plus. L’art se nourrit depuis des siècles des blessures infligées. Notre liberté passe par ce chemin. Et sur ce chemin vous souhaitez marquer à tout jamais les griffes de vos attaques. Tuez-moi donc, avant que je ne m’étouffe devant l’immensité vertigineuse de votre inconvenance, avant que « nous donnions l’alarme avec des cris d’oiseaux », comme le criait un poète.

Par topotore - Publié dans : coup de gueule - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Dimanche 8 novembre 2009

 

 

Le mur de Berlin est tombé voici vingt ans. Plusieurs témoignages nous ont été offerts sur nos chaînes de service public, lesquelles ont aussi énuméré pour ne pas dire aligné les nombreux murs érigés de par le monde.

 

Tous les murs témoignent de l’échec magistral d’une humanité qui fuit le vivre-ensemble tout comme fuient les lignes du mur sur l’horizon désertique. La perspective d’un mur est effrayante, pas seulement pour l’image qu’elle marque sur l’objectif, mais aussi pour l’objectif lui-même d’une vie sans perspective aucune. En Palestine, cet exemple le plus proche de nous, non seulement le mur rend concrète la séparation des peuples, mais aussi enferme dans son béton la possibilité même de la création de deux états dont les échanges pourraient enrichir tout le monde. Il faudra attendre que tombe le mur pour une réunion des peuples dans un même état qui prospérera de sa diversité, tout comme la réunification s’est faite, non sans mal, en Allemagne.

 

Si je vous parle des murs, c’est qu’ils sont toujours nommés « murs de sécurité ». Ils sont toujours dressés pour la sécurité de ceux qu’ils enferment, tout comme le petit propriétaire dans sa clôture et derrière son portail. Ils sont dressés pour éviter les invasions de certains indésirables dont les intentions ne seraient pas bonnes. Et comme à toute chose nouvelle se présente le revers de la médaille, le mur, qu’il soit de béton ou de barbelés, doit lui-même être protégé parce qu’il est agressé de tout part. C’est ainsi que naissent les nouveaux métiers comme les agents de sécurité, peut-être en remplacement des anciens douaniers qui sous nos latitudes ne travaillent presque plus aux frontières elles-mêmes. C’est ainsi que naissent aussi des nouvelles combines pour épaissir les fins de mois de ces mêmes agents.

 

Le mur de séparation, quel qu’il soit, impose la nouvelle arme numérique qu’on nomme la vidéosurveillance, et dont la seule fonction est de protéger le mur. Nous allons voir que la fonction inverse existe aussi. C’est à dire que les réseaux de vidéosurveillance créent des murs de séparation, même s’ils sont symboliques... pour l’instant.

 

La proposition se résume en une phrase : le mur de séparation sur le terrain impose la vidéosurveillance, et, inversement, la vidéosurveillance impose un mur de séparation entre le pouvoir et le peuple, certes plus symbolique, mais pour combien de temps !

 

Partout dans le monde naissent des villages privés, entièrement sous vidéosurveillance. Le but de l’usage de cette technologie n’est autre que de protéger les privilèges de leurs habitants. Inutile de dire la place réservée à l’étranger ou au voyageur ! Sans montrer patte blanche, il est vain d’insister ! Pire, l’étranger est suspect. Avant même qu’il décline son nom, il est vu, jugé sur sa mine et son habit, présumé non pas innocent, mais déjà coupable d’oser se présenter. C’est lui, dans un interphone, qui devra convaincre de son innocence et justifier des raisons de son initiative à l’oreille d’un gardien inconnu.

 

Dans le no man’s land qui longe les murs se séparation, nul ne peut s’aventurer sans être vu et déjà supposé clandestin ou fuyard par le préposé aux écrans dont la formation n’est pas définie autrement que, le plus souvent, militaire. Ceux qui sont allés à l’armée savent que la formation n’y est pas autre que militaire. Il pourra donc, sur la simple apparence ou sur le comportement, donner l’alerte. Il prendra même cela pour une consigne ou un ordre.

 

Donner l’alerte. Voilà bien la fonction majeure du surveillant. La technologie de pointe permet aux yeux électroniques de voir des détails tout petits. Elle permettra bientôt, grâce aux moyens poussés d’analyse des images, de donner l’alerte sans intervention humaine. Une ficelle qui dépasse de la poche ! Imaginez la frousse ! C’est une mèche ! Donner l’alerte !

Donner l’alerte, oui, mais à qui. Devant les écrans de contrôle, des  policiers ou des soldats, dignes représentants du maintient de l’ordre, ou, dans le pire des cas, des sociétés civiles et anonymes dans la mesure où les services municipaux sous-traitent volontiers ce genre d’activité.

 

A Paris, seule la police peut avoir accès aux salles de contrôle. « Leur mission actuellement n’est pas d’avoir les yeux rivés sur les écrans, mais d’aider les agents de terrain en cas de coup dur ». C’est du moins ce qu’a déclaré un parte parole chargé de com. pour la Police de Paris. Mais l’ambition du gouvernement est de porter le nombre de caméras de 20000 à 60000 pour toute la France. On se demande à qui profite ce marché prometteur ?

 

Rien qu’à Paris, Bertrand Delanoë va pouvoir dépenser 80 millions d’euros pour les 1100 caméras supplémentaires. (Actuellement 120 pour la préfecture, 9500 pour la RATP et la SNCF, 206 pour la mairie de Paris, et 114 au Parc des Princes.)

Michèle Alliot-Marie en fait son cheval de bataille pour changer la loi d’orientation et de protection de la sécurité intérieure. Place Beauvau, on ne se pose pas de question sur le bien fondé des implantations. Même si les sondages donnent 61% d’opinions favorables à l’implantation des caméras, mais 71% d’opinions en faveur d’un contrôle démocratique de leur fonctionnement. La seule difficulté, c’est de promouvoir le procédé de façon pédagogique, en s’appuyant sur les éléments positifs que conseillent les lobbyistes. D’où la création d’un comité d’éthique pour l’usage de la vidéosurveillance avec des membres pour moitié nommés par le préfet et pour moitié par le maire de Paris, maire dons nous connaissons l’indépendance par rapport au gouvernement ! On remarque que la Cnil, organisme indépendant qui contrôle les autorisations d’implantation et l’usage des caméras, n’est pas invitée à participer au comité d’éthique ! C’est de la com. On peut soutenir notre position liberticide par un comité d’éthique !

 

On le voit à Paris, c’est le pouvoir qui surveille, bien qu’il vente son produit comme un outil efficace contre la délinquance et contre le terrorisme, pour la sécurité des citoyens. D’ailleurs le procédé ne se nomme plus vidéosurveillance mais vidéoprotection ! Les événements semblent se synchroniser dans le temps, sans que nos politiques ne le notent. N’est-il pas curieux que les casquettes, les capuches qu’arborent nos jeunes, les voiles plus ou moins cagoules fassent leur sortie au moment où tous les visages doivent être fichés ? Mais il est vrai qu’Edvige elle-même n’a encore jamais montré son visage !

 

L’argument le plus souvent avancé, par des gens sensés ou par des commerçants dont on peut comprendre leurs motivations : « quand on n’a rien à se reprocher, pourquoi pas ! » Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’il leur appartiendra de prouver qu’ils n’ont rien à se reprocher alors même qu’ils seront devant quelque officiel persuadé de leurs agissement douteux, et loin, très loin de la présomption d’innocence. La vidéo, comme le mur symbolique qu’elle impose, rend chacun de nous suspect. J’irai même plus loin, le pouvoir dont la prétention est de lutter contre l’ennemi invisible qu’il appelle terroriste, ou racaille, ou délinquant, se condamne lui-même devant sa propre justice par le fait qu’il s’enferme dans un monde sous surveillance, alors même que les lois sur le droit à l’image refont surface dans les médias. Il s’oblige à surveiller ceux qu’il positionne en poste de surveillant. Nous sommes persuadés qu’à l’Elysée n’ont jamais autant été surveillés les agents de surveillance quant à l’usage qu’ils font de ce qu’ils voient ou entendent. Les fuites font mal ! Mais toute frontière ou mur, même symbolique pêche par sa perméabilité obligée. Nul contrôle ne pourra jamais prévenir des fuites. C’est une escalade dans l’absurde que l’histoire s’acharne à représenter comme telle.

 

L’idéologie du tout sécuritaire semble bel et bien résulter des manœuvres obligées d’un monde dont la course au profit ne s’embarrasse ni d’éthique ni de morale. Elle enferme de plus en plus ce monde invaginé      dans une lutte acharnée contre son ennemi infiltré, qui serait l’espion même de son contre-espionnage, et qui le menace de l’intérieur par la simple révélation de ses agissements. Les récentes communications du pouvoir, vacillant et perturbé, tentent de dresser un mur dont le tracé séparera les fortes identités françaises d’un côté, et les identités floues de l’autre, pour ne pas dire non-conformes. Il oublie, de fait, le métissage extraordinaire de ses terres lointaines, la Guyane, la nouvelle Calédonie, Mayotte, etc.  C’est au point que le mieux serait, pour se préserver des suspicions automatiques, de porter sur le dos la photo de Marianne avec son bonnet phrygien. Mais encore faudrait-il que nous n’ayons pas à prouver le bien fondé de notre identité française pour obtenir ce passe droit dans les services spécialisés et formés, militairement, à la non-discrimination...

 

Il y a 62 ans que le Conseil national de la résistance jetait clandestinement les bases du système social de notre pays, et se soutenait des mots de notre devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité ! ». Aujourd’hui, la liberté est sous surveillance dans tous nos actes de déplacement, d’achats et d’échanges, l’égalité et la fraternité sont suspectées de complot et mis à mal par l’individualisme matraqué à longueur de publicité commerciale et de challenge managérial au sein même de l’entreprise sous vidéoprotection.

Je vous rappelle que tout soutien à un clandestin est un délit, et que la délation sera bientôt récompensée.

 

Nous avons encore à réfléchir sur la société que nous souhaitons !

Par topotore - Publié dans : coup de gueule - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Dimanche 1 novembre 2009

 

 

Son bleu survient au détour du sentier,

Outremer et turquoise, grave, profond.

Il sourd la révolte, la sanction et le sang,

Se contracte écumant sur ses lames acérées,

Ose enlacer les îlots de ses longues avancées,

Pénètre l’intime des côtes et les brèches du granit,

S’élève inéluctablement jusqu’au plus haut de ses ardeurs,

Coulissant, sinistre, tel un serpent sous les algues jade de la grève,

Si fermement décidé qu’il va sévir sans délai, sans frein,

Jusqu’à cet indécis qui le nargue, ignorant, innocent,

Et pourtant se croit important dans son petit monde,

Tel un gros crabe rouge qui fait tache sur le noir.

Il est ainsi ! L’Océan ! Géant, féroce, sournois,

Arrogant de hardiesse, force et puissance,

Tranchant de ses sentences finales !

Il détruira la falaise, majestueuse,

Dressée là comme une déesse pierre,

Cette haute et fière forteresse d’où je crie !

 

Par topotore - Publié dans : poème - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Mardi 27 octobre 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

J’ai rencontré Max. Il est très préoccupé par la santé de son père. Ce dernier donne encore l’impression d’une joie profonde intérieure qui ne semble pas pourvoir le lâcher malgré les souffrances que lui occasionne la maladie. Il ne mâche pas ses mots : je me suis toujours battu contre l’injustice, certes, mais surtout et avant tout pour la dignité de l’être humain. La maladie me terrasse, mais pour moi, c’est physique. Je veux que mon psychisme et mon mental reste debout. Mon fils, promets-moi de veiller à ce que je ne perde pas la tête. Et si ce malheur arrive, accorde-moi de partir dans la dignité. Je veux bien que ma vie se termine, mais je veux en être digne. La gravité obligera mon corps à rester allongé, mais je souhaite qu’aucune gravité, de quelque ordre qu’elle soit, ne m’ôte cette sensation vivante de me tenir droit.

Max entends souvent ces mots dans le fond de son cœur. En marchant vers le passage Léo Ferré, il se les redit et songe aussi à tous ceux qui honorèrent cette lignée d’homme debout, chacun dans sa puissance d’être singulier. Il regarde les ruines du Toursky et salut le courage de ceux qui œuvrent à le remonter, malgré le peu de moins dont ils disposent, puis il s’engage dans le tunnel creusé sous l’Avenue Edouard Vaillant où passent tous les jours une nuée de petits gamins piaillant jusqu’à l’école, mais il remarque devoir se baisser un peu pour ne pas se cogner. Voilà ce à quoi nous oblige l’occupant, pense-t-il. Il veut que nous nous baissions, nous abaissions même. Il veut que nous devenions soumis comme des bêtes de trait, bêtes somme toute conditionnées à jouir des contraintes mêmes auxquelles ils nous soumettent. Condamnées à jouir des contraintes ! Condamné à jouir des contraintes ? Voilà ce que je refuse. Ce n’est pas ce que mon père m’a enseigné. L’ascèse n’est qu’une pure satisfaction de soi-même. Attends ! Où as-tu trouvé ça ?

Au bout du petit tunnel, il se torturait encore les méninges au point d’en oublier de relever la tête quand Ouahib l’interpella : Eh ! Tu me parais bien pensif ! Un poids quelconque ? Lui dit-il en l’aidant à se redresser avec une main sur le haut du dos et l’autre sur le devant de son épaule affaissée.

Tiens ! Ouahib ! Ca me fait plaisir de te rencontrer. Je suis en train de me demander qui a bien pu dire que l’ascèse n’était qu’une pure satisfaction de soi-même. Bizarre ! Non ! Je ne sais même plus pourquoi je pensais à ça !

N’y pense plus ! Nous avons d’autres priorités ! Comment va ton père ? Redresse Ouahib qui ne sait pas non plus qui a donné cet enseignement.

Il souffre beaucoup. Mais il a encore toute sa tête et son ardeur à résister me donne des forces. Tu sais ce qu’il m’a dit ce matin ? - Max, a-t-il commencé, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils promettent, c’est de la propagande, c’est de la manipulation. Ce qu’ils veulent, c’est la fin des petites radios contestataires qui les dérangent. Galère, Zinzine, Grenouille, tout ça, leur but est de tout supprimer. La force du pouvoir financier, c’est d’occuper tout le champ de la communication, tout le champ de l’information, tout le champ de la distribution, tout le champ de la presse, tout le champ de la culture. D’ailleurs, ils ont commencé à Aix. Chacune des grandes enseignes de distribution a déjà ouvert des petits magasins de proximité, parce que beaucoup de clients commencent à se lasser des grandes surfaces. Je les imagine déjà acheter des terrains agricoles et les louer à de petits producteurs auxquels ils soumettront leurs règles pour une rentabilité optimisée tout en faisant croire aux ménagères qui aiment faire le marché qu’elles ont à faire au bons vieux paysans. Même l’approche vestimentaire leur sera imposée !  

Je voudrais te dire autre chose sur la culture. Ils n’en veulent plus des Ferré, des Vian, des Nougaro, des Gatti, des Martin ! Ce sont tous des contestataires ! Non ! La culture qu’ils veulent promouvoir, c’est le sport et le divertissement comme les jeux inter ville, tout ce qui peut donner à l’écran sa raison d’être à raison de trente quatre centime le SMS, sans compter les surtaxes ponctuelles.

Mon fils, je vais partir ! Mais je ne regretterai pas d’être parti. A vous, maintenant de résister aux nouvelles invasions de flashball et autres taser, de traces électroniques et de mouchards miniatures, de nano molécules et de macro profits. Le ciel vous voit, le ciel vous contrôle, le ciel vous endort, le ciel vous punit, le ciel vous délocalise, le ciel vous exclue, le ciel vous anéantit si vous levez les yeux, le ciel ne vous connaît pas sauf si vous voulez lui acheter quelque chose. Le ciel n’est plus libre, il est occupé. Le pouvoir s’en est emparé.

Le pouvoir a volé le ciel. Il va le peindre en gris et bientôt en rouge, quand vous ne servirez plus à rien. Tout prend le goût de la mafia. L’instrumentalisation n’a pas de limite. Ce matin même, sur les ondes de France Invest, leur grand expert s’est même emparé du mot résistance pour le vider de toute la substance dont nous le chargeons, Jacques Atari, je crois ! Même les mots sont sous occupation, honteux de s’abaisser sous leurs coups malhonnêtes ! Il te faudra dire non, ne  serait-ce que pour te sentir droit !

 

Max ne s’est pas arrêté pour dire les mots de son père. On dirait qu’il a déjà tout appris par cœur. Ouahib serre la main de Max et lui dit juste ces quelques mots : ton père, il est comme ces gens que nous aimons au Toursky. Quand on parle avec lui, ou même quand on reste auprès de lui sans parler, on a l’impression de grandir. On a l’impression de résister à la gravité. Retourne vite auprès de lui. Qu’il ait la joie de serrer ta main quand il partira. Il t’attend, pour te dire au revoir.

Dans la soirée, une mémoire s’est effacée, résumée dans les sillons d’une main.

Par topotore - Publié dans : nouvelle noire - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Dimanche 25 octobre 2009
Muse ! Oh ! Ma muse ! Souffle-moi les mots chaleureux qui chanteront notre joie. Donne-moi d'inspirer la fragrance de tes ondes pour célébrer la naissance du nouveau monde. Accorde-nous le bonheur de marcher sur le chemin des Dieux, à rechercher la paix et la quiétude hors d'un monde déchiré. Que Neptune relève son trident fougeux ! Que les flots s'apaisent  et que Mars chemine vers un long repos, chemine pour la trève en Palestine ! Que l'Exodus ne trace pas sur le livre de l'humanité des pages aussi sombres que celles de la Shoah !

Muse ! Oh ! Ma muse ! Eclaire ma plume qui célèbre le droit des femmes à oeuvrer pour la cité. Illumine les coeurs qui s'ouvrent à leurs voix pour une démocratie nouvelle et vraie, donne-moi de comprendre la richesse des expériences offertes par nos aïeux. Ouvre mon coeur à l'accueil des prochaines générations qui seront le sel de la vie de demain.

Muse ! Oh ! Ma muse ! Accorde mes instruments pour que je chante aux Dieux la vie et la mort. Que la fin des colonies s'ouvre enfin sur l'ère du partage ! Que la mort de ceux qui ont lutté contre l'apartheid  fasse naître l'intelligence des peuples, que de tels sacrifices ne restent pas vains et engendre la société des échanges égalitaires.

Muse ! Oh ! Ma muse ! Marche devant moi pour aplanir les sentiers, pour que tombent les murs de la honte. Ouvre nos yeux pour contempler les mystères et les secrets de l'univers. Entrave nos appétits de destruction et montre nous de ton doigt fin, de tes gestes grâcieux l'harmonie souhaitée par tous les êtres vivants. Fais que l'homme, par ta chaleur et par tes convictions s'engage au secours de la planète bleue, depuis tant de siècles sa couveuse, son nid, son amie.

Muse ! Oh ! Ma muse ! Fais sonner les trompettes et vibrer les cordes, prend la place de soliste et chante la victoire des innocents. Mais surtout, ne te montre pas, de peur que les hommes oublient que la beauté ne se voit pas.
Par topotore - Publié dans : poème - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Jeudi 15 octobre 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Que d’espoirs déçus ! A l’intérieur même de la bande de Paca se dressera un nouveau mur. Son parcours n’est pas encore défini, mais son but ne fait aucun mystère. Le nouveau Marseille doit être construit depuis les grandes tours du port qui n’est plus autonome jusqu’au David, afin de privilégier les abords de la mer, atout majeur de Marseille.

Pour permettre aux usagers de l’autoroute qui arriveront à la porte d’Aix, d’une part, aux grands voyageurs du TGV qui sortiront de la Gare Saint Charles, d’autre part, un vrai couloir sanitaire doit être aménagé. Ils pourront descendre en toute sécurité la Canebière et rejoindre le Vieux Port et joindre aisément leur domicile Rue Paradis ou le quartier des affaires par la Rue de la République. Le problème ne se posera pas pour les voyageurs en provenance de Marseille Provence que l’Autoroute du Littoral mène directement dans le dit quartier des affaires. Il est probable que la porte d’Aix soit isolée complètement des rues qui convergent sur la place Jules Guesde afin de sécuriser la Rue Charles Nedelec qui rejoint Saint Charles.

L’absurdité n’étouffe en rien les occupants qui obligeront les véhicules à ce grand détour par le Boulevard d’Athènes pour éviter le Boulevard des Dames ou la Rue de la Joliette où les expropriations demanderaient beaucoup trop de temps. Un habitant du Cours Belsunce, n’a qu’une solution pour se rendre au marché des Capucines : faire un détour par le Boulevard de Strasbourg, qui prend dans la Place Marceau, s’engager ensuite par le Boulevard National jusqu’au dessus des Réformés, rejoindre La Plaine par le Rue Saint Savournin, pour redescendre enfin par la Rue d’Aubagne, ou la Rue des Trois Mages puis le Cours Julien. C’est dire combien les familles séparées par la Canebière trouveront de difficultés.

 

Le pays tout entier vit sous l’occupation des pouvoirs financiers qui n’ont de cesse de soumettre le peuple à leurs dictats. Une seule poche de résistance subsistait jusqu’à ce jour dans des conditions hallucinantes, la bande de Paca. La raison en est que Marseille a toujours été rebelle. Mais désormais, la bande de Paca elle-même devra se soumettre à une nouvelle occupation sous le prétexte d’un nouveau Marseille, capitale de la culture en 2013, selon les forces de propagande du pouvoir, et cette enclave au sein même de la ville n’est autre qu’une colonie dans la bande résistante. Le terrorisme sera petit à petit vaincu !

 

En 2013, la circulation dans Marseille donne cette impression vertigineuse de ne jamais savoir de quel côté du mur on se trouve. Les forces du maintient de l’ordre sont partout, les caméras de surveillance sont positionnées de chaque côté de l’édifice, et les projecteurs puissants ne sont disposés d’après aucune logique accessible au passant qui se sent encore anonyme bien que les services de renseignement aient toutes les informations nécessaires au contrôle des habitants comme des touristes. Le nombre de points de passage ne cesse pas d’augmenter et les interrogatoires prennent de plus en plus de temps.

 

La culture s’étouffe. La grande bibliothèque de l’Alcazar ne reçoit plus que les gens du quartier, du moins quand ils ne sont pas préoccupés par leur survie. Le Théâtre Toursky ne peut plus vivre de sa seule mendicité. Les petites salles ne servent qu’à l’hébergement des sans abris toujours plus nombreux. Mais le ballet des limousines blindées sur la Canebière n’a d’équivalent que le spectacle des bateaux et des régates de luxe qui envahissent la baie. Rares sont les Marseillais qui souhaitent ou qui peuvent les observer. Souvent, ils n’en ont pas envie. Le plus souvent, ils n’en auraient même pas la possibilité, la mer étant interdite depuis des années.

 

En France, des voies commencent à s’élever contre l’occupant qui méprise toutes les règles internationales et bafoue les droits de l’homme. Quand je dialogue avec Abdu qui vient de me présenter son ami historien, Khalil, sa remarque me semble percutante, mais ne laisse que peu d’espoir à court terme.

« Tous les empires qui ont occupés des terres nouvelles se sont dans un premier temps enrichis. Mais le coût de l’occupation leur est devenu petit à petit insupportable et leur repli ne s’est pourtant jamais accompli sans la pression des rebelles. Même s’il est exsangue, l’occupant ne baisse jamais les bras. Il en va de n’importe quel système solidement établi : sans une force considérable pour l’anéantir, il ne s’avoue jamais vaincu.

La culture est à l’heure actuelle solidement constituée comme un système, tout à fait pollué par les règles de la finance et de la spéculation. Son point faible, c’est qu’elle est entièrement creuse et virtuelle. Les résistants sont peu nombreux. Mais leur action n’est pas virtuelle. Ils agissent dans le concret, depuis la grève de la faim, comme le font en ce moment Richard Martin et Jean Poncet, les tagues sur tout support, les marches joyeuses et les spectacles de rue, jusqu’aux prises de risques les plus extrêmes. On ne dit plus comédien mais saltimbanque.

Voir des vivants sur des planches n’est pas comparable à la passivité subie devant le petit écran. L’uniformisation de l’image sera sa perte. Le play-back nous semble déjà désuet. Nous allons bientôt jeter les télés, mais le système ne baissera pas les bras pour autant. Il attend que des forces l’écrasent. L’histoire nous l’a prouvé maintes fois ! Regroupons nos forces ! »

Par topotore - Publié dans : nouvelle noire - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Mercredi 14 octobre 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Ecoutez-la fermer les portes de l’espoir, observez-la boucher les yeux de nos enfants dont quelques larmes abreuvent les mouches, regardez-la casser leur marche, coupez leurs doigts, briser les reins, régler de règles obscures la compatibilité comptable de leur fécondité ou d’autres velléités.  

 

Non ! Nous refusons cette oppression !

Nous déclencherons toutes nos alarmes des cris de l’oiseau paradis, du brame des cerfs en pleine conquête et des trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Ecoutez-la briser les mâchoires, observez-la saigner l’expert jusqu’à son jus des plus juteux, regardez-la planter les arbres qui tuent la faune, brûler les terres, les poumons verts du tout vivant de l’habitat, détruire le bleu pour un sang noir, moquer les cieux, jeter les lois, pousser au loin tous les déchets par le truchement d’un seul décret.

 

Non ! Nous refusons cette oppression !

Nous déclencherons toutes nos alarmes des cris de l’oiseau paradis, du brame des cerfs en pleine conquête et des trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Ecoutez-la fermer la marche pour engager le nouveau marché, observez-la debout devant, en tête du cortège, tenir très haut son étendard couleur terreur, regardez-la faire tous ses crimes en privant l’homme des droits qu’elle chante. Ne croyez pas qu’elle soit hasard, fatalité ni même destin, puisque certains prennent en otage tous les trésors de notre globe.

 

Non ! Nous refusons cette oppression !

Nous déclencherons toutes nos alarmes des cris de l’oiseau paradis, du brame des cerfs en pleine conquête et des trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Ecoutez-la brouiller les ondes et envahir tous les silences, observez-la prôner la force, la compétence et le courage pour asservir les plus vaillants, regardez-la vers la décharge, laisser pour compte, et c’est comptable, les vieux, les jeunes, les fous, les malades, les différents et autres incompétents, les lents, les indécis, les mous, les handicapés, les faibles ou les tièdes ! En gros, les neuf dixièmes de l’humanité.

 

Non ! Nous refusons cette oppression !

Nous déclencherons toutes nos alarmes des cris de l’oiseau paradis, du brame des cerfs en pleine conquête et des trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Ecoutez-la forger le chaud, rougir le feu, s’enrichir d’uranium clandestin, observez-la pousser les choix de l’innocent vers la sécurité d’une puce sous-cutanée, faire de l’image une arme de liberté, de la torture le futur proche du  suspecté, regardez-la faire la démarche de nous vanter tout le mérite de consommer ce qu’ils nous volent sans même avoir à se cacher.

 

Non ! Nous refusons cette oppression !

Nous déclencherons toutes nos alarmes des cris de l’oiseau paradis, du brame des cerfs en pleine conquête et des trompettes illuminées d’une multitude bien réveillée.

 

Nous libérerons les occupés des chaînes de leurs prisons, nous délivrerons les occupants de l’enfermement idéologique, le pire des enfermements qui les prive de voir, de regarder et d’entendre l’autre, celui qui court à côté d’eux, le proche le plus proche avec lequel il ferait commerce pour enrichir la grande cité.  

 

L’occupant quel qu’il soit cherche à détruire en premier lieu toute la culture de l’occupé. Le peuple, en effet, sans histoire ni culture ne laissera aucune trace de l’occupation. C’est la raison de ces lettres qu’une musique fera chanter. C’est la raison de mon soutien à Richard Martin, pour que le Toursky éclaire encore la bande de Paca, terrorisée par le pouvoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par topotore - Publié dans : nouvelle noire - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Mercredi 14 octobre 2009

 

Moussa ne sait plus comment faire. Son épouse, sur le point d’accoucher, se plaint de l’inconfort de la banquette du vieux pickup Toyota qui ne veut plus bouger. Lamia recherche un petit espace dans le sable, à l’ombre du véhicule.

Toute neuve, la route traverse cinq cents kilomètres de désert entre Nouadhibou et Nouakchott, à l’Ouest de la Mauritanie. Sa fréquentation, encore très discrète, laisse peu d’espoir au jeune couple d’obtenir de l’aide, surtout quand le soleil brûle depuis le zénith. Bien sûr, sur le plateau du Toy, parmi les quelques affaires prévues pour la naissance à la maternité de Nouakchott, Moussa n’avait pas oublié de placer des bidons d’eau comme le font tous les voyageurs du désert.

Lamia sent de plus en plus de contractions et l’inquiétude s’ajoute à ses douleurs. Cachés tous les deux dans la petite bande ombragée qui glisse sous la voiture, ils attendent, buvant de temps en temps quelques goutes d’eau pour éviter la déshydratation. La solitude et l’impuissance n’entament pas leur patience et Moussa déplie lentement une couverture sur les nattes qui sont de tous les voyages.

 

Une très vieille Mercédès passe en trombe malgré les signes désespérés que Moussa s’applique à exécuter le long du bitume. « Encore un toubab, se dit-il, qui ne connaît pas les règles du désert ! Pourtant, les toubabs roulent plus souvent dans de rutilants 4X4 »

Perdu dans ses pensées, Moussa ne remarque pas qu’un homme vient à sa rencontre. Un homme qui vient de nulle part, ou peut-être, débarqué plus loin de la Mercédès.

L’homme au pas calme inspire la sérénité, sa grande taille et sa barbe joliment taillée ajoute à sa prestance. Son beau visage inspire la confiance sous un turban bien serré. Moussa connaît certains nomades du désert. Leur cheich bleu ne permet pas de distinguer plus que leurs yeux et l’ample darra’a qui s’agite dans le vent contraste avec la quiétude de leur progression mesurée. Celui-ci n’est pas un homme du désert. Le blanc de son coton irradie plus que d’ordinaire au point qu’il est difficile de distinguer le bleu de son vêtement. Plus il approche, plus on remarque son pas léger, souple et aérien, comme exonéré des difficultés de la pesanteur. A y bien regarder, l’homme ne laisse aucune trace dans le sable. Moussa reste stupéfait. Serait-ce un mirage ? Lamia le regarde aussi, mais elle ne paraît pas se questionner. Serait-ce un esprit, ou encore un de ces djins que hantent l’Adrar à l’Est de Chinguetti ?

Mais l’homme parle.

Moussa ! Je sais ton embarras ! Ne t’inquiète pas, on va faire ce qu’il faut.

Mais ! Nous n’avons rien d’autre que de l’eau !

Permet que je m’adresse à ton épouse !

Je vous en prie ! Elle est fatiguée ! C’est pourquoi elle est restée assise !

Lamia ! Tu vas donner la vie à des jumeaux. Ils vous procureront beaucoup de bonheur ! Bois maintenant un peu plus d’eau que ce qu’il te faut car tu ne pourras boire pendant le travail. Une ambulance toute neuve arrive, avec un tel équipement que tu t’y sentiras en sécurité. Sa climatisation évitera que tu n’aies trop chaud.

 

Moussa reste bouche bée. Il voudrait bien y croire mais son cœur ne s’ouvre pas.  Dans le regard de Lamia, il perçoit pourtant une lueur de joie qui remplace l’inquiétude précédente. Il se demande si l’homme est médecin, devin, marabout, ou encore un de ces disciples de Jésus dont on raconte encore les histoires, surtout dans le désert, quand la solitude pèse trop sur les âmes.

Monsieur ! Qui vous envoie ?

Moussa n’ose pas demander qui il est !

Je suis là ! Pour vous ! Je sais que vous n’osez pas me demander qui je suis. Je suis ! Est-ce si important d’avoir un nom ?

Vous venez, Monsieur, me tirer d’embarras. Et si vous le faites, je vous en serai d’autant plus reconnaissant que je connaitrais votre nom. C’est ce qui donne corps aux liens que tissent les hommes entre eux !

Ta pensée est droite, mais ton cœur ne croit pas encore à ce qui va se passer. Regarde par là, et vois ! Cette ambulance arrive par-dessus les dunes. Elle n’a pas besoin du goudron de vos nouvelles routes. Vous, les hommes, croyez que la technologie va vous sauver. Mais la situation dans laquelle tu te trouves te montre vos limites. Jésus est mon nom. Je suis là mais aussi ailleurs, tout en même temps. Je suis mort et ressuscité. Aussi, ce corps, tu le vois, tu pourrais le toucher, mais il peut disparaître aussi vite qu’il est venu. Dans le Mercédès, il n’y avait pas de place pour ton épouse. Maintenant, Lamia, entre dans l’ambulance, tes enfants sont à la porte de la vie.

 

Moussa accompagne sa femme et lui tient la main pendant l’accouchement. Deux garçons identiques naissent sans encombre. Dans sa joie, et pour remercier l’homme qui les a sauvé, Moussa se précipite hors de la voiture, mais Jésus a disparu.

Sur une plaque de sable dur, ces mots lui sont adressés, écrits d’un doigt ferme et précis.

« Ne me remerciez pas ! J’ai déjà accompli l’œuvre de mon Père en donnant ma vie pour que vous soyez sauvés. Crois seulement et tu partageras ma joie quand il sera temps. Si tu le souhaites, nomme tes fils Samir et Nouredine. Ils découvriront plus tard les raisons de ce choix. »

 

Moussa retourne vers Lamia qui déjà allaite le premier.

Moussa, je souhaite le nommer Nouredine parce qu’il est déjà très éveillé. Et le second, si tu veux bien, nous l’appellerons Samir, parce qu’il sera sage et de bonne compagnie.

Lamia, je vois que, dans ton cœur, tu as beaucoup de reconnaissance pour cet homme qui s’est présenté à nous. Peux-tu me dire si mon cœur est aussi ouvert que le tien, parce que je suis un homme prudent et je doute de tout.

Oui, Lamia, c’est mon nom ! Et ma mère a toujours béni ce nom en promettant que je ferais un jour une belle rencontre, dans le désert. Je n’y pensais pas jusqu’à ce que tu me poses cette question. Et cette rencontre, grâce à cet homme, c’est ma rencontre avec le père de mes enfants, Samir et Nouredine. Leur père, c’est toi, Moussa, et ton cœur est aujourd’hui beau comme le mien. Nous croyons qu’il est venu aujourd’hui pour nous permettre, outre les naissances, la vraie naissance de notre amour. 

Lamia, je me sens tout drôle. J’aime cette multiple naissance, au milieu du désert, mais en même temps, j’ai honte d’être si faible et si... humain. La solitude me faisait peur au point de me replier sur moi-même. Désormais, et tout d’un coup, nous sommes quatre. Je chercherai toujours à préserver ces liens qui nous rassemblent aujourd’hui.

 

Quand ils descendent de l’ambulance, les médecins viennent les accueillir. Ils sont à Nouakchott et toute la maternité se réjouit de voir les jumeaux annoncés.

Inch’Allah.

Par topotore - Publié dans : nouvelle fantastique - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Mardi 13 octobre 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

« Nous fermons les robinets. Nous détournons les canaux. Nous persuadons le soleil de ne plus éclairer les rebelles. La mémoire des peuples doit être détruite car son entretien empêche l’évolution. Tout doit disparaître pour le nouvel ordre. Qu’importe les bruits de la rue ! Qu’importe la foule des ignorés ! C’en est assez de la démocratie qui mène à la crise ! Que règnent enfin notre liberté ! Nous avons besoin d’investir, de moderniser, de créer de la richesse, et les lois nous réduisent à l’inaction, freinent notre innovation, brident notre esprit d’initiative, ralentissent nos révolutions monétaires. »

 

L’orateur se lamente et montre les menottes qui entourent ses poignets, en levant les poings à l’horizontale.

 

« L’histoire, la culture, les grands auteurs, la philosophie, les sciences humaines, les lumières, la renaissance, tout votre arsenal subversif nous entrave et ne cherche qu’à nuire au progrès. La planète entière souffre de votre contestation permanente. »

 

Un porte parole, fier de son action qui ne le fatigue pas, enrichi de ses actions qui ne le contraignent à aucun sacrifice, brandit son porte voix :

« Monsieur, arrêtez-vous, vous allez vous fatiguer ! Trop de convictions vous entraînent dans des efforts inconsidérés. Faites confiance à notre force pédagogique. Avec le temps, avec nos experts en communication et les spécialistes des sciences cognitives, nos arguments finissent toujours par l’emporter. A ne pas se presser, l’évolution marche d’un pas mieux assuré. Prenez du repos, et consultez le chiffre de vos résultats. Cela vous redonnera de l’énergie. Ne vous inquiétez pas, nous avons les moyens de les faire taire. »  

 

Dans l’assemblée, quelques anciens gardent encore le souvenir de ce genre de parole, sans bien savoir en quelle occasion ils ont déjà entendu ce qui lui ressemble. L’un d’eux se lève et crie cette phrase horrible dont le souvenir lui torture encore les tripes. C’était sous l’occupation. Il était un jeune résistant. Il l’a entendue prononcer dans un français impeccable : « nous avons les moyens de vous faire parler ! Nous avons les moyens de vous faire parler ! »

L’ancien s’évanouit.

 

Le porte parole la laisse tomber : « vous voyez bien que l’histoire ne peut que nuire ! Nous empêcherons que la bande de Paca ne devienne une zone de non droit. Nous dresserons les murs qu’il faut pour que nul ne puisse encore parler. Marseille sera bientôt la Capitale de notre culture, oui, de la nôtre. S’il le faut, nous coloniserons tout le territoire, sans laisser la moindre trace du passé. Quant au théâtre TOURSKY ! N’en parlons plus. L’affaire est close.

Je vous remercie de votre attention ! Les affaires m’attendent !»

 

 

 

Par topotore - Publié dans : nouvelle noire - Communauté : Ecrivains et vains écrits !
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